triarticulation

Institut pour une triarticulation sociale
(contenu spécifique au site français)
Conditions d'utilisation.

Accueil

 

Deutsch English Dutch Skandinavisk Français Italiano Español Português (Brasileiro) Russisch
Recherche
 contact   BLOG  impressum 
Collection: F001 Jean Jaurès



Sujet: Mort de Jaurès et déclenchement de la première guerre mondiale

 

Les références : 18 décembre 1916, Dornach (Rudolf Steiner Oeuvres complètes 173-07)
La plupart des traductions des collections de citation en pages ".html" sont aujourd'hui désuètes. Se rapporter aux ".pdf" de collection complètes ou volumes lorsqu'ils existent.





Traducteur: FG v.01 -2012 Editeur: SITE

 (français seul - essai d'amélioration par I.A.)

Vous devez quand même prendre quelque chose en considération, les évènements historiques proviennent les uns des autres, se forment lentement. Ce qui finalement a conduit aux évènements de 1914 s’était déjà préparé depuis longtemps, vraiment préparé longtemps. Seulement toute sorte de choses ont été dites sur cette préparation, par exemple a été dit, qu’il n’y a jamais eu une sorte d’accord entre l’ainsi nommé groupe des trois, de l’« entente cordiale », contre l’Europe du centre ; il se serait agi toujours en cette entente cordiale de veiller à ce que l’Europe ait la paix. Toute sorte de faits ont été mentionnés, qui ont été fait sophismes pour une telle supposition (NDT : supposition en français dans le texte).
Maintenant je devrais vous raconter de longues histoires, si je voulais ériger ce que j’ai à dire en preuve. Ce n’est pas possible, mais je voudrais malgré tout quand même vous donner quelques indices isolés. Je voudrais par exemple, parce que cela jouera une fois dans l’histoire un certain rôle, vous lire quelque chose, d’une allocution qui a été faite en France en octobre 1905. Certainement de telles allocutions sont toujours unilatérales, mais lorsque l’on met tout ensemble – et ici c’est important que l’on mette tout ensemble -, alors se présente déjà un jugement, et de cette allocution de Jaurès de l’année 1905 se laisse déduire toute sorte de choses importantes.
Je peux tout de suite choisir cet exemple, parce que j’ai parlé dans les derniers temps de Jaurès d’un tout autre côté. Jaurès fût, comme vous le savez, démocrate, même social-démocrate, et, comme on peut juger de lui autrement, il fût un homme qui, sincèrement, n’était pas seulement pour faire la paix de l’Europe, au moins de l’Europe de l’Ouest, ce qui considérant d’autres rapports aurait été si nécessaire, mais était aussi pour rassembler les humains du monde qui voulaient vraiment sincèrement maintenir la paix.
Jaurès avait donc d’une certaine manière un droit à parler comme il l’a fait. En octobre 1905, peu après que le gouvernement démocrate français Delcassé – excusez l’expression triviale – ai débarqué, parce qu’avait éclaté lors d’une session du gouvernement, qu’il était en train, sitôt que possible, de mettre en danger la paix européenne, Jaurès dit en rapport à cela :
« L’Angleterre a pressenti le rêve de Delcassé et se prépare en silence, à l’utiliser. L’industrie allemande et le commerce allemand menacent quotidiennement dans une mesure se renforçant sur tous les marchés mondiaux du commerce anglais et des gains anglais.
Ce serait cynique, ce serait scandaleux, si l’Angleterre déclarait la guerre à l’Allemagne, seulement pour détruire sa puissance militaire, ruiner sa flotte et de couler son commerce sur le sol des océans.
Mais si un jour une querelle devait se déclarer entre la France et l’Allemagne, où la France mettrait en avant son droit et son exigence à la restauration de son intégrité nationale, ainsi pourraient se faufiler volontiers derrière ce génial prétexte les calculs des capitalistes anglais, lesquels souhaitent mettre de côté par la force la concurrence allemande, et atteindre de cette manière leur but.
Ainsi vint-il, que des difficultés apparurent dans les opportunités marocaines entre la France et l’Allemagne et finalement, soupçonnant une coalition franco-anglaise, intervenant brusquement, pour amener les deux peuples à des explications, l’Angleterre, je dois malheureusement le dire, montra seulement comme approprié, d’attiser le conflit.
C’est un fait, que l’Angleterre dans l’instant, où les évènements atteignirent leur point culminant, a proposé à la France un pacte défensif et offensif, dans lequel elle nous accorda le plus plein soutien et ne s’obligea pas seulement à couler la flotte allemande, mais aussi à occuper le canal de l’empereur Wilhelm et à stationner 100 000 hommes en Schleswig-Holstein.
Le contrat aurait-il été signé – et cela Monsieur Delcassé le voulait -, alors cela aurait signifié la guerre immédiate. Pour ces raisons, nous, socialistes, avons exigés le départ de Monsieur Delcassé, et avons par cela rendu un service à la France, à l’Europe et à l’humanité… »
Avant tout, Jaurès savait des choses, que beaucoup de gens ne savent pas aujourd’hui, les jugements tombent, et d’ailleurs des choses tout à fait essentielles et importantes. C’était aussi sans faire assez attention, de dire ces choses essentielles et importantes afin que l’on puisse en tirer, qu’il serait possible à l’avenir peut-être possible d’en dire encore plus. Aux occultistes est bien connu, comment dans le dernier tiers du dix neuvième siècle un membre d’une certaine confrérie a donner à connaître au monde certaines choses qui de l’opinion de cette confrérie n’avaient pas le droit d’être cancanées à l’extérieur. Après que l'intéressé ai dit ces choses, il disparut un jour : il fût assassiné. Jaurès n’était pas un occultiste, mais on a donc le droit d’être avide de ce que le monde apprenne une fois les conditions, qui à la veille de la guerre, ont conduit à sa mort.
De telles choses, comme Jaurès les a dites là, reviennent justement sur le conseil des ministres, dans lequel Delcassé, la créature d’Édouard VII, et d’autres créatures, qui se tenaient derrière, ont été débarqués du gouvernement français d’alors, peut être pas tant pour la raison, qu’il voulait aplanir les chemins vers la guerre, que pour une tout autre raison.

s.193
Etwas müssen Sie doch ins Auge fassen, daß historische Ereignisse auseinander hervorgehen, sich langsam herausbilden. Dasjenige, was zuletzt zu den Ereignissen von 1914 geführt hat, hatte sich schon lange vorbereitet, richtig lange vorbereitet. Nun ist allerlei gesagt worden über diese Vorbereitung, so zum Beispiel gesagt worden, daß es eine Art Einverständnis des sogenannten Dreiverbandes, der «Entente cordiale», gegen Mitteleuropa gar nicht gegeben habe; es habe sich bei dieser Entente cordiale immer nur darum gehandelt, dafür zu sorgen, daß Europa den Frieden habe. Es sind auch mancherlei Tatsachen angeführt worden, welche zum Scheinbeweise für eine solche Supposition gemacht worden sind. Nun müßte ich Ihnen lange Geschichten erzählen, wenn ich das zum vollen Beweis erheben wollte, was ich zu sagen habe. Das ist nicht möglich, aber ich möchte Ihnen immerhin doch einzelne Anhaltspunkte geben. Ich möchte Ihnen zum Beispiel, weil das einmal in der Geschichte eine gewisse Rolle spielen wird, einiges vorlesen aus einer Rede, die in Frankreich im Oktober 1905 gehalten worden ist. Gewiß sind solche Reden immer einseitig, aber wenn man alles zusammenhält — und hier ist mancherlei Wichtiges zusammenzuhalten —, so ergibt sich schon ein Urteil, und aus dieser Rede von Jaurès aus dem Jahre 1905 läßt sich schon mancherlei Wichtiges entnehmen. Ich kann gerade dieses Beispiel wählen, weil ich über Jaurès in der letzten Zeit einiges von einer ganz andern Seite her gesagt habe. Jaurès war, wie Sie wissen, Demokrat, sogar Sozialdemokrat, und, wie man auch sonst über ihn urteilen mag, er war ein Mensch, dem es ernsthaft nicht nur um den Frieden zu tun war, der Europa, wenigstens Westeuropa, angesichts mancher anderer Verhältnisse so notwendig gewesen wäre, sondern dem es auch darum zu tun war, die Menschen in der Welt zusammenzurufen, die wirklich ernsthaftig Frieden halten wollten. Jaurès hatte also in einer gewissen Weise schon ein Recht, so zu sprechen, wie er es getan hat. Im Oktober 1905, kurz nachdem das französische demokratische Ministerium den Delcassé — verzeihen Sie den trivialen Ausdruck — ausgeschifft hatte, weil sich bei einer Ministersitzung herausgestellt hatte, daß er imstande war, sobald als möglich den europäischen Frieden zu gefährden, sagte Jaurès mit Bezug hierauf folgendes:
«England hat den Traum Delcassés geahnt und bereitet sich im Stillen darauf vor, ihn auszunutzen. Die deutsche Industrie und der deutsche Handel bedrohen in täglich sich verstärkendem Maße auf allen Weltmärkten den englischen Handel und die englischen Gewinne.
Es wäre zynisch, es wäre skandalös, wenn England Deutschland den Krieg erklären würde, nur um seine militärische Stärke zu vernichten, seine Flotte zu zerstören und seinen Handel auf den Boden der Ozeane zu versenken.
Aber wenn eines Tages ein Streit ausbrechen würde zwischen Frankreich und Deutschland, wobei Frankreich Rechtsgründe und die Forderung auf die Wiederherstellung seiner nationalen Integrität vorbringen würde, so könnten sich hinter diesen großartigen Vorwänden die Berechnungen der englischen Kapitalisten, welche gewaltsam die deutsche Konkurrenz zu beseitigen wünschen, wohl einschleichen, um auf diese Weise zu ihrem Ziel zu gelangen.
So kam es, daß als in der Marokkoangelegenheit Schwierigkeiten entstanden zwischen Frankreich und Deutschland und letzteres, eine französisch-englische Koalition argwöhnend, brüsk intervenierte, um die beiden Völker zu Erklärungen zu veranlassen, sich England, ich muß es leider sagen, nur zu geneigt zeigte, den Konflikt zu schüren. Es ist Tatsache, daß England in dem Augenblicke, wo die Ereignisse ihren Höhepunkt erreichten, Frankreich einen Defensiv-und Offensivpakt angeboten hat, in dem es uns die vollste Unterstützung zusagte und sich nicht nur dazu verpflichtete, die deutsche Flotte zu versenken, sondern auch den Kaiser-Wilhelm-Kanal zu besetzen und in Schleswig-Holstein 100 000 Mann englische Truppen zu landen. Wäre der Vertrag unterschrieben worden — und dies wollte Herr Delcassé —, so hätte das den sofortigen Krieg bedeutet. Aus diesem Grunde haben wir Sozialisten den Abgang von Herrn Delcassé gefordert, und wir haben dadurch Frankreich, Europa und der Menschheit einen Dienst erwiesen ... »
Vor allem wußte Jaurès die Dinge, welche viele Leute heute nicht wissen, die Urteile fällen, und zwar ganz wesentliche und wichtige Dinge. Er war auch achtlos genug, diese wichtigen und wesentlichen Dinge so zu sagen, daß man daraus entnehmen konnte, er würde in der Zukunft vielleicht noch mehr sagen. Den Okkultisten ist gut bekannt, wie im letzten Drittel des 19. Jahrhunderts ein Mitglied einer gewissen Brüderschaft gewisse Dinge der Welt bekanntgegeben hat, die nach Meinung dieser Brüderschaft nicht ausgetratscht werden durften. Nachdem der Betreffende diese Dinge gesagt hatte, verschwand er eines Tages: er wurde ermordet. Jaurès war zwar kein Okkultist, aber man wird ja begierig sein dürfen, ob die Welt jemals die Zusammenhänge erfahren wird, welche am Vorabend des Krieges zu seinem Tode geführt haben.
Solche Dinge, wie sie Jaurès da gesagt hat, gehen eben zurück auf die Ministerratssitzung, in welcher Delcassé, die Kreatur Eduards VII., und andere Kreaturen, die dahinterstanden, aus dem damaligen französischen Ministerium ausgeschifft worden ist, vielleicht nicht einmal so sehr aus dem Grunde, weil er zum Kriege die Wege ebnen wollte, als aus einem ganz andern Grunde.
p. 383 - Jadis deux hommes parlèrent ensemble : un entretient entre le ministre russe des affaires étrangères Iswolskij et le ministre autrichien de l’extérieur, baron Aehrenthal, à Buchlau. Paul Herre, « Politique mondiale et catastrophe mondiale », Berlin 1916, prétend que Iswolskij avait obtenu l’accord autrichien pour l’ouverture des Dardanelles (p. 91).Le Prince Bülow, «Importances » 2e séries, mentionne avoir reçu tant de Iswolskij que de Aehrenthal une information sur les négociations de Buchlau. Iswolskij se serait senti berné par Aehrenthal, d’où sa haine contre lui. Est à remarquer que Jaurès exprima dans l’allocution tenue quelques jours avant sa mort ce qui suit : « Monsieur de Aehrenthal a fait un signe, lequel Iswolskij a pris pour un <oui>, sur lequel il permit l’annexion de la Bosnie et de l’Herzegovine. Lorsque la Russie voulut exiger la contrepartie (accord pour l’ouverture des Dardanelles), Aehrenthal avait répondu :<Comment venez-vous à cela, je n’ai donc rien dit !> » (cf. « Demain », Genève 1re année, 1916 Nº 4). Avec cela serait encore à mettre ensemble que d’après un livre paru à Paris pendant la guerre (Jacques Prolo, « Une politique…Un crime ! Le meurtre de Jean Jaurès ») Jaurès immédiatement avant que la guerre n’éclate aurait prétendu dans la salle des pas perdus de la Chambre que la France chancelait dans la guerre, parce que l’ambassadeur de Russie à Paris, Monsieur Iswolskij, n’aurait pas reçu les 40 millions qui lui avaient été promis alors qu’il était encore ministre de l’Extérieur par le Baron de Aehrenthal pour l’accord russe pour l’annexion de la Bosnie par l’Autriche. (Daniels, « Livres prussiens de l’année », Berlin, série164, p.123) s. 383 - Damals sprachen zwei Menschen miteinander : Unterredung zwischen dem russischen Außenminister Iswolskij und dem österreichischen Minister des Auswärtigen, Baron Aehrenthal, in Buchlau. Paul Herre, «Weltpolitik und Weltkatastrophe», Berlin 1916, behauptet, daß Iswolskij die österreichische Zustimmung zur Öffnung der Dardanellen erhalten habe (S. 91). Fürst Bülow, «Denkwürdigkeiten» 2. Bd. gibt an, sowohl von Iswolskij wie von Aehrenthal einen Bericht über die Buchlauer Verhandlungen erhalten zu haben. Iswolskij habe sich von Aehrenthal überlistet gefühlt, daher sein Haß gegen ihn. Bemerkenswert ist, daß Jaurès in einer wenige Tage vor seinem Tode gehaltenen Rede folgendes äußerte: «Herr von Aehrenthal hat ein Zeichen gemacht, welches Iswolskij für ein <Ja> genommen hat, woraufhin er Osterreich die Annexion von Bosnien und der Herzegowina gestattete. Als dann Rußland die österreichische Gegenleistung (Zustimmung zur Offnung der Dardanellen) einfordern wollte, habe Aehrenthal geantwortet: <Wie kommen Sie dazu, ich habe ja nichts gesagt!>» (Vgl. «Demain», Genf 1. Jahrg., 1916 Nr. 4). Hiermit wäre noch zusammenzuhalten, daß nach einem während des ersten Weltkrieges in Paris erschienenen Buch (Jacques Prolo, «Une politique ... Un crime! Le meurtre de Jean Jaurès») Jaurès unmittelbar vor Kriegsausbruch in den Wandelgängen der Kammer behauptet haben soll, Frankreich taumele in den Krieg, weil der Botschafter Rußlands in Paris, Herr Iswolskij, die 40 Millionen nicht bekommen habe, die ihm, als er noch Minister des Auswärtigen war, von Freih. von Aehrenthal für die russische Zustimmung zur Annexion Bosniens durch Osterreich versprochen worden seien. (Daniels, «Preußische Jahrbücher», Berlin, Bd. 164 S. 123.)

***

Essai d'amélioration de la formulation française ci-dessus " en conservant le sens original mais avec une formulation plus fluide et naturelle en français" par Intelligence Artificielle (mistral.ai)  le 08/03/2026, non revue au regard de  l'original allemand  :

"Vous devez tout de même prendre en considération que les événements historiques ne surgissent pas ex nihilo : ils découlent les uns des autres, se forment lentement. Ce qui a finalement conduit aux événements de 1914 s’était préparé depuis longtemps, vraiment depuis très longtemps. Or, on a dit toute sorte de choses sur cette préparation. Par exemple, on a affirmé qu’il n’y avait jamais eu d’accord entre le soi-disant « groupe des trois », cette « entente cordiale », contre l’Europe centrale ; on a prétendu que cette entente n’avait d’autre but que de veiller à la paix en Europe. On a invoqué toute sorte de faits, transformés en sophismes pour étayer cette supposition.

Si je voulais démontrer ce que j’ai à dire, il me faudrait vous raconter de longues histoires. Ce n’est pas possible ici, mais je voudrais malgré tout vous donner quelques indices isolés. Je voudrais par exemple – car cela jouera un jour un certain rôle dans l’histoire – vous lire un extrait d’une allocution prononcée en France en octobre 1905. Certes, de telles allocutions sont toujours partielles, mais si l’on rassemble tous les éléments – et c’est ici l’essentiel –, alors un jugement se dessine. Et de cette allocution de Jaurès, en 1905, on peut déduire toute sorte de choses importantes.

Je peux choisir cet exemple d’autant plus volontiers que j’ai récemment évoqué Jaurès sous un tout autre angle. Jaurès, comme vous le savez, était démocrate, voire social-démocrate, et, qu’on le juge autrement ou non, il fut un homme qui, sincèrement, ne se contentait pas de vouloir la paix en Europe – du moins en Europe de l’Ouest, ce qui, compte tenu d’autres rapports, aurait déjà été si nécessaire –, mais qui cherchait aussi à rassembler tous les humains de bonne volonté pour préserver la paix dans le monde. Jaurès avait donc, d’une certaine manière, le droit de parler comme il l’a fait.

En octobre 1905, peu après que le gouvernement démocrate français de Delcassé – excusez l’expression triviale – eut été renversé, parce qu’il était apparu, lors d’une session gouvernementale, qu’il s’apprêtait à mettre en danger la paix européenne, Jaurès déclara à ce sujet :

*« L’Angleterre a pressenti le rêve de Delcassé et se prépare en silence à l’utiliser. L’industrie allemande et le commerce allemand menacent, de manière croissante, les marchés mondiaux du commerce anglais et les profits anglais. Ce serait cynique, ce serait scandaleux, si l’Angleterre déclarait la guerre à l’Allemagne uniquement pour détruire sa puissance militaire, ruiner sa flotte et couler son commerce sur les océans. Mais si un jour une querelle devait éclater entre la France et l’Allemagne, où la France avancerait son droit et son exigence de restauration de son intégrité nationale, alors les calculs des capitalistes anglais pourraient bien se faufiler derrière ce génial prétexte : ils souhaiteraient écarter par la force la concurrence allemande et atteindre ainsi leur but.

C’est ainsi qu’il advint que des difficultés apparurent dans les opportunités marocaines entre la France et l’Allemagne. Finalement, soupçonnant une coalition franco-anglaise, l’Angleterre intervint brusquement pour amener les deux peuples à s’expliquer. Je dois malheureusement le dire : l’Angleterre ne fit que montrer comme approprié d’attiser le conflit.

Il est un fait que, au moment où les événements atteignirent leur point culminant, l’Angleterre proposa à la France un pacte défensif et offensif, dans lequel elle nous accordait son plein soutien et ne s’engageait pas seulement à couler la flotte allemande, mais aussi à occuper le canal de l’empereur Guillaume et à stationner 100 000 hommes en Schleswig-Holstein. Si ce contrat avait été signé – et M. Delcassé le voulait –, cela aurait signifié la guerre immédiate. Pour ces raisons, nous, socialistes, avons exigé le départ de M. Delcassé, et avons ainsi rendu service à la France, à l’Europe et à l’humanité… »*

Avant tout, Jaurès savait des choses que beaucoup ignorent aujourd’hui. Ses jugements tombent, et ce sont d’ailleurs des choses tout à fait essentielles et importantes. Il les a dites sans assez faire attention, de sorte qu’on pourrait en déduire qu’il serait peut-être possible d’en dire encore plus à l’avenir. Les occultistes savent bien comment, dans le dernier tiers du XIXe siècle, un membre d’une certaine confrérie a révélé au monde des choses que, selon cette confrérie, on n’avait pas le droit de divulguer. Après que l’intéressé eut parlé, il disparut un jour : il fut assassiné. Jaurès n’était pas un occultiste, mais on a le droit d’espérer que le monde apprenne un jour les conditions qui, à la veille de la guerre, ont conduit à sa mort.

Des choses comme celles que Jaurès a dites là reviennent précisément sur le conseil des ministres où Delcassé, créature d’Édouard VII, et d’autres créatures qui se tenaient derrière lui, furent écartés du gouvernement français – peut-être moins parce qu’il voulait préparer la guerre que pour une tout autre raison.


p. 383 – Jadis, deux hommes s’entretinrent : un entretien entre le ministre russe des Affaires étrangères, Iswolskij, et le ministre autrichien des Affaires extérieures, le baron Aehrenthal, à Buchlau. Paul Herre, dans « Politique mondiale et catastrophe mondiale » (Berlin, 1916), prétend qu’Iswolskij avait obtenu l’accord autrichien pour l’ouverture des Dardanelles (p. 91). Le prince Bülow, dans « Importances » (2e série), mentionne avoir reçu tant d’Iswolskij que d’Aehrenthal des informations sur les négociations de Buchlau. Iswolskij se serait senti berné par Aehrenthal, d’où sa haine à son égard.

Il est à remarquer que Jaurès, dans une allocution tenue quelques jours avant sa mort, déclara ceci : « M. de Aehrenthal a fait un signe qu’Iswolskij a pris pour un <oui>, sur lequel il a permis l’annexion de la Bosnie et de l’Herzégovine. Lorsque la Russie a voulu exiger la contrepartie (l’accord pour l’ouverture des Dardanelles), Aehrenthal a répondu : <Comment en venez-vous là ? Je n’ai donc rien dit !> » (cf. « Demain », Genève, 1re année, 1916, n° 4).

Il faudrait encore ajouter que, selon un livre paru à Paris pendant la guerre (Jacques Prolo, « Une politique… Un crime ! Le meurtre de Jean Jaurès »), Jaurès aurait affirmé, peu avant l’éclatement de la guerre, dans la salle des pas perdus de la Chambre, que la France chancelait vers la guerre parce que l’ambassadeur de Russie à Paris, M. Iswolskij, n’avait pas reçu les 40 millions qui lui avaient été promis, alors qu’il était encore ministre des Affaires extérieures, par le baron de Aehrenthal, en échange de l’accord russe pour l’annexion de la Bosnie par l’Autriche (Daniels, « Livres prussiens de l’année », Berlin, série 164, p. 123)."