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Au sujet de la composition du « Cours d’économie nationale »( 0 ) .........> retour au menu de la série

Stephan Eisenhut

Le processus de l’argent dans le champ de tension
entre les forces d’édification et de déclin


La science économique en usage considère l’argent purement et simplement dans le champ de tension de l’État et de l’économie. Dans la première partie du Cours d’économie nationale1 , (conférences 1 à 7), Rudolf Steiner a développé le circuit qualificatif de l’argent, de payer, prêter et donner.2 Celui-ci obtient sa valeur par l’activité de la vie de l’esprit. Dans la seconde partie (conférences 8 à 14) il met ce circuit qualitatif de l’argent en relation avec celui quantitatif, qui reçoit sa valeur par l'efficacité de la vie de l'économie. Stephan Eisenhut montre dans cette contribution, qui prend la 11ème conférence comme point de départ, comment par le regard unilatéral sur le circuit quantitatif de l’argent, on peut seulement se rattacher aux forces de déclin de la vie sociale. Pour le rattachement aux forces d’édification par contre, une transformation du penser est requise, comme elle peut être atteinte par une élaboration des concepts-images du Cours d'économie nationale.

 

L’argent prend naissance originellement de la marchandise. Un bien particulièrement approprié s’établit comme une marchandise d’échange généralement reconnue, dans laquelle la valeur des autres produits est exprimée. Sur les marchés noirs, après la seconde Guerre mondiale, c'était par exemple les cigarettes. En général les métaux précieux, tels que l’or et l’argent, se sont imposés en tant que marchandise d’échange. Avec les pièces de monnaie courante, la valeur du métal correspondait (au contraire de la monnaie de fourreau) à la valeur nominale gravée. Ce sont des processus qui se sont formés au sein de la vie économique. Aussi la valeur des pièces courantes fut déterminée à partir de la connaissance des rapports économiques et non pas fixée par des instances étatiques.
Pourtant l’argent était déjà toujours un aimant pour des intérêts moins honnêtes. Des manipulations de toutes sortes, permettent avant tout aux groupes bien organisés, forts de capitaux, de s’approprier des prestations d’autres êtres humains, sans devoir produire de contre-prestations correspondantes en échange. Une raison suffisante pour l’État de créer un cadre constitutionnel et d’ordonnance pour l’argent et de lui imprimer son sceau. C'est en premier ainsi que l’argent en devient une monnaie d’État. Cependant l’État ne peut pas en faire naître la valeur de l'argent comme par enchantement — celle-là produit bel et bien la vie économique, en collaboration avec la vie de l’esprit. Il peut néanmoins veiller à ce que l’argent qui se trouve sous son pouvoir régalien, soit protégé des tentatives de manipulations. Car c’est une question de droit.
Pourtant l’État lui-même n’est pas exempt de la tentation de manipuler l’argent pour ses intérêts. L’histoire en regorge de nombreux exemples, par la manière dont des rois, par ces moyens tentèrent de financer leur style de vie dépensier ou bien leurs escapades militaires. Mais aussi les plus récentes décisions de la BCE, à partir de mars 2015 d’acheter3 des titres pour un montant global d’un bon 1,2 trillions d’Euros, renvoient au fait sur ce qu’une banque centrale indépendante n’est pas non plus immunisée contre la tentation de servir les intérêts de gouvernements et d’institutions privées de l'économie financière, quand bien même la BCE présente cette décision comme purement fondée sur la politique monétaire. Car de fait, l’argent créé par la BCE profite indirectement aux budgets des États des pays en crise de l’UE4 , et cela permet à l’économie financière de liquider des titres problématiques.5
Le processus de l’argent est une chose très compliquée que peu d’êtres humains seulement percent correctement à jour. Aux élites de pouvoir bien organisées, même dans les états démocratiques, il est facile de parvenir à instrumentaliser les dispositions régaliennes de l’État en rapport à la monnaie pour des intérêts propres. Elles sont même en situation d’influencer la science [Voir en particulier un exemple patent dans le dossier actuel, (n°135, 6€) du Canard Enchaîné « Ces très chers banquiers » un article consacré à Jean Tirol, notre Nobel d’économie, intitulé « Nobel banques sont contentes dans lequel il apparaît nettement que ce monsieur est plongé jusqu’au cou dans la dépendance des banques pour ses recherches comme les agriculteurs le sont dans leur remboursement des crédits agricoles. ndt]et les médias ainsi que leurs ambitions apparaissent comme reposant encore en l’intérêt de la collectivité.
Plus compliquée devient encore la chose du fait qu’entre temps tous les domaines économiques du monde ont crû au point de ne plus faire qu’une vaste une économie mondiale. Les divers espaces monétaires sont reliés entre eux par la circulation internationale des paiements. Étant donné que la valeur en argent d’une monnaie n’est pas seulement déterminée par les processus économiques qui sont intérieurs à un domaine monétaire, mais au contraire aussi par ces relations internationales extra-économiques, ils deviennent des facteurs agissant sur la valeur de l’argent qui deviennent de plus en plus impénétrables aux regards. Par conséquent, les politiciens ignorent bien volontiers ce fait concret qu’il y a un fondement réel de conformité à des lois à la base du processus de l’argent et inclinent de plus à consentir aux manipulations sur la monnaie qui procurent de soi-disant avantages à leur propre pays. Ce comportement débouche le plus souvent dans une guerre monétaire internationale. Il s’agit finalement de savoir quel État parviendra au mieux à faire prévaloir ses intérêts aux détriments de ceux des autres.

Argent et pouvoir
Après la seconde Guerre mondiale, on parvint aux USA, au moyen des accords de Bretton Wood, à établir le dollar comme monnaie de réserve mondiale. Comme les USA disposaient à l’époque de la plus grosse réserve d’or du monde, ils garantissaient (ou selon le cas la Banque centrale américaine, la FED [Federal Reserv Bank]) la conversion du dollar en or à un prix fixé. Les banques centrales des autres domaines monétaires tentèrent dès lors, au sein de ce « Standard de devises-or », de constituer des réserves monétaires en dollars. Car la quantité d’argent d’un domaine monétaire était toujours censée être couverte jusqu’à un certain niveau par l’or ou bien par des réserves en dollars — ces derniers valant en effet comme convertibles en or. Si les banques centrales, pour des raisons de politique monétaire, voulaient relever la quantité d’argent, alors elles devaient augmenter leur stock de réserves en dollars. Mais ceci n’était possible que si les économies politiques individuelles exportaient plus de marchandises et de services à l’étranger qu’elles n’en importaient elles-mêmes. Dans les années 1950, cela ne fut plus possible pour les pays européens, en conséquence de la seconde Guerre mondiale. Les firmes américaines US relevèrent cependant leurs investissements directs dans le monde entier. En plus les USA construisirent leurs bases militaires dans le monde entier. Cela provoqua un dégorgement de capitaux net des USA. À partir du milieu des années 1960, les USA financèrent la guerre au Vietnam par la planche à billets. L’obligation donnée de convertir le dollar à un prix fixe en or, fut intentionnellement ignorée par eux. Cela mena en 1971 à une crise et, en 1973, à un complet effondrement du système de Bretton Wood. Pourtant après 1973, les USA parvinrent à maintenir le rôle du dollar en tant que monnaie mondiale de réserve et à faire participer largement le monde à leurs dépenses militaires. Dès lors ils absorbaient, jusqu’à quelques rares exceptions, et réclamaient aussi plus de marchandises et de prestations de services du monde, qu’ils ne fournissaient eux-mêmes dans le monde. Ceci est justifié jusqu’à aujourd’hui avec cela que les USA seraient les garants pour « l’ordre libre, paisible, et ouvert du monde occidental ». Cet ordre devait être défendu contre les autres, des États, moins libres et de valeurs moins ouvertes6 .
La question de l’argent mène donc directement à la question de pouvoir. Et les structures de pouvoir sont si solidifiées qu’elles ne peuvent être détruites que par des événements catastrophiques. Les États BRICS, comme on les appelle (Brésil, Russie, Inde, Chine et depuis fin 2010 aussi l’Afrique du sud) ne veulent plus longtemps accepter l’ordre monétaire établi avec la suprématie du dollar et travaillent depuis quelques années à une nouvelle solution7 . L’agressivité, avec laquelle, avant tout les USA procèdent à l’encontre de la Russie, dans le problème ukrainien — et la réaction de la Russie qui n’est pas moins agressive — est aussi à considérer sur cet arrière-plan. C’est en cela un étonnant hasard, qui précisément, au moment où Vladimir Poutine, le 17 juillet 2014, se trouvant sur le retour, par avion, d’une conférence des états BRICS tenue au Brésil —lors de laquelle furent décidées les premières alternatives, toutefois peu fantastiques au FMI et à la Banque mondiale—un avion commercial de la Malaysian Airlines fut abattu à l’est de l’Ukraine, dont les couleurs ressemblaient beaucoup à celles de l’avion du président russe8 . Les arrières-plans de ce tir restent complètement inexpliqués jusqu’à aujourd’hui. Il se peut que ce tir ait été effectué par erreur au moyen d’un système de défense aérienne mis par la Russie à la disposition des séparatistes. Les USA n’ont pas été jusqu’à présent dans la situation de consolider cette théorie au moyen de preuves solides. Pourtant cette seule incrimination suffit à ce que l’UE aussi introduisît de vastes sanctions contre la Russie9 . Le vice-président américain, Joe Biden déclara dans un discours au Forum John F. Kennedy, le 3 octobre que les USA durent obliger l’UE à prendre des sanctions10 . La traitement de la question de l’argent et de la monnaie, comme le montre cet exemple, mène à de profonds abîmes, lesquels sont en même temps le terrain nourricier d’abstruses théories de conspiration. Mais tout de suite la peur de devenir soi-même théoricien de la conspiration entrave de nombreuses personnes à remettre en cause, sans idées préconçues, de tels événements, plus encore cette peur va de pair avec le sentiment d’être complètement livrés finalement aux forces obscures et ne rien pouvoir entreprendre contre elles.

Forces de déclin et forces d’édification dans la vie sociale.
Dans la seconde partie du Cours d'économie nationale, la question de l’argent et de la monnaie joue un rôle entièrement décisif. Elle s’infiltre sous les plus divers aspects des conférences 8 à 14. Dans la composition d’ensemble du cours, la 11ème conférence occupe une position particulière. Tout comme la 4ème conférence forme le centre de la totalité du cours, qui, comme il a été montré dans la première série de ces articles, renvoie aux forces édificatrices de la vie sociale, ainsi la 11ème conférence renvoie à une sorte de contre-centre11 , duquel ce sont cette fois les forces de déclin qui deviennent agissantes. Ces forces de déclin peuvent devenir actives dans l’être humain, parce que le penser, qui repose au fondement de la nouvelle doctrine d’économie politique, n’est pas du tout en situation de distinguer correctement qualitativement et atteindre sur base de ces distinctions à une conception conforme à la nature du processus d’économie politique. Qui veut former seulement ses concepts qu’à l’appui des observations extérieures, arrivera à des définitions figées. Ce penser rend le monde techniquement maîtrisable. Dans le moment où des processus de vie devraient être appréhendés conformément à leur nature, les concepts doivent déjà être amenés dans un mouvement intérieur. Cela requiert dans une mesure beaucoup plus élevée un effort de volonté ; un effort du penser qui est en général parfaitement inhabituel à l’être humain pensant scientifiquement. Le penser peut encore se tourner entièrement vers l'intérieur et là observer des processus d’âme. Et il peut présenter ces observations de l’âme au sens des méthodes relevant des sciences de la nature. Toutefois, ces résultats ne se laissent pas simplement saisir en un système abstrait, qui n’a besoin que d'être appliqué extérieurement, pour révéler son opportunité et sa vérité. Cela requiert bien plus un art d’exposer les concepts. Celui qui veut suivre ces résultats d’observation, doit lui-même devenir actif. Par cela le regard pensant est conduit au lieu intérieur auquel se confirment ces résultats d’observation de l’âme. L’être humain pensant activement éprouve par cela qu’il n’est pas simplement un penseur suivant des contenus de pensée, mais au contraire il est s’active lui-même dans cette activité intérieure en formant des pensées. Au centre de la vie personnelle de l’âme, sera découverte l’activité libre du Je en tant que puissance organisatrice. Seul de cette activité-Je pourrons être produites les énergies édificatrices de la vie sociale.

La quatrième conférence fait allusion à cette région au sein de la composition du Cours d'économie nationale. Il y est montré comment l’impulsion à la formation du capital en argent prend naissance dans l’esprit tout d’abord organisateur de l’être humain. À la fin de la 9ème conférence, Rudolf Steiner fait allusion à ce qui se passe lorsque cette impulsion se détache du Je humain et continue d’agir pour ainsi dire sans Je :

« Avec cela j’en arrive à une apparition [Erscheinung] curieuse du 19ème siècle, nommément son terme, à une apparition qui tout d’abord fait exception et ensuite joue cependant un grand rôle en économie de peuple : que des phénomènes de la vie, qui s’inaugurent à partir de forces qui sont foncièrement des forces réelles dans le contexte de la vie, que ces phénomènes de la vie, ensuite, par une sorte d’indolence sociale, continuent de se dérouler comme une boule continue de rouler lorsque je lui ai donné un élan, de sorte que son roulement se poursuit sans que l’impulsion originelle y soit encore agissante. Ainsi avons-vous absolument là-dedans des impulsions d’économie de peuple dans le système de prêt déjà dès le premier tiers du 19ème siècle. Alors ces impulsions d’économie politique commencent à devenir de pures impulsions d’économie financière au moyen du système bancaire. Avec cela, non seulement le tout devient impersonnel, mais même non-naturel ; cela fait tout entrer dans le courant d’argent qui se meut de lui-même.12  »

La onzième conférence esquisse d’abord le développement de la vie de l'économie et parallèlement à cela, l’émergence du penser économique purement extérieur. La description mène jusqu’au point où il devient évident que cette doctrine d’économie de peuple des personnalités dirigeantes, qui négocièrent jadis après la première Guerre mondiale, le sort des peuples européens, ne délivre plus aucun concept avec lesquels on peut surmonter les forces de déclin. C’est pourquoi tout ce que ces gens firent sur la base de ce penser devait « entrer en décadence ».13 Rudolf Steiner poursuit donc avec l’idée de la fin de la 9ème conférence, qui montre la façon dont un penser non métamorphosé conduit inexorablement l’être humain agissant dans un domaine de plus en plus anti-naturel. Concrètement, il fait allusion à la Conférence de Gênes qui avait eu lieu du 10 avril au 19 mai 1922.

Le système monétaire mondial de l’entre-deux guerres
Avant la première Guerre mondiale, l’Angleterre était la puissance économique qui donnait le ton. Au 19ème siècle, elle avait imposé la monnaie or et était de ce fait parvenue à devenir la puissance dirigeante dans le domaine de la circulation financière mondiale. Pendant la guerre mondiale, les divers pays durent suspendre le standard-or, c’est-à-dire que les gouvernements en Europe firent cesser l’obligation de la conversion en or de leurs monnaies et financèrent la production de guerre avec des billets non couverts [par la planche à billets, ndt]. Avec la fin de la première Guerre mondiale, l’ensemble des papiers-monnaies étaient de ce fait fortement dévalués et le commerce international interrompu. Les conditions de l’économie et de la monnaie devaient être remises en ordre. L’Angleterre serait volontiers retournée au standard-or, mais les réserves en or des nombreuses banques centrales européennes étaient trop maigres pour qu’elles pussent passer par cette voie. C’est pourquoi, à la conférence de Gêne, un nouveau système monétaire fut proposé : le standard en devises-or.

La manière pénétrante par laquelle Steiner reconnut ici l’effet des forces qui devaient conduire à l'effondrement, devient claire lorsqu’on suit l’évolution du système monétaire mondial mis en place à la conférence de Gêne, jusqu’au système déjà évoqué plus haut, qui fut discuté pour le temps d’après guerre en 1944, à Bretton Woods. Thorsten Polleit, président de l’Institut Ludwig-von-Mises d’Allemagne et sévère opposant d’une monnaie de papier, a esquissé ce développement dans son essai Il était une fois : le standard-devises-or d’une manière succincte mais très sagace14  :

D’une manière analogue à celle avec laquelle le dollar, après Bretton Woods put s'établir comme réserve monétaire mondiale, trois ans après Gêne, la livre anglaise devint réserve monétaire. À l’exception de la livre, toutes les autres monnaies européennes n’étaient pas convertibles en or auprès de leurs banques centrales. Si les possesseurs d’argent se méfiaient de ces monnaies, ils pouvaient au lieu de cela les convertir en livres. La livre sterlings pouvaient ensuite être échangée en or auprès de la banque d’Angleterre. Seulement, Winston Churchill fit une erreur décisive en 1925 — il était alors chancelier de l’Échiquier britannique — lors de l’introduction du standard-or. Il imposa que la parité de la livre à l’or fût fixée à la valeur qu’elle avait avant guerre. Mais celle-ci était loin au dessus de la parité du dollar à l'or. Avec cela, la livre fut donc largement surévaluée par rapport au dollar. Pour atteindre une dévaluation de la livre, la banque d’Angleterre commença alors une politique d’inflation de sa quantité monétaire. Mais cela eût mené sans résistance à une « évasion hors du sterling », si les autres banques centrales européennes n’eussent pas fait augmenter de même leur masse monétaire. L’Angleterre put imposer cela sur la base de sa position de puissance dominante en Europe. Mais les USA soutinrent aussi la surévaluation de la livre britannique avec une politique monétaire « plus relachée ». L’extension de la masse monétaire devait empêcher un écoulement de l’or de la Grande-Bretagne aux USA. Mais cela déclencha, avant tout aux USA, un boom du crédit, lequel à son tour fit monter artificiellement au niveau mondial, les valeurs patrimoniales, en particulier en actions. Ce vilain jeu s’acheva par le crac boursier de 1929 qui déclencha la crise mondiale. Celle-ci à son tour, sur la base de la déstabilisation des circonstances politiques en Allemagne, encouragea la diffusion du national-socialisme [À cela se rajoute un financement direct du nazisme par Henry Ford, par exemple (pour des raisons antisémites notamment), une question sur laquelle on revient très peu en Europe. Ndt].

Le circuit monétaire qualitatif et celui quantitatif
En opposition à Thorsten Polleit qui, en tant que partisan de « l’école autrichienne » est un défenseur d’une monnaie garantie par l’or, Rudolf Steiner poursuit un tout autre but : la création d’une monnaie en papier, qui est essentiellement plus « dure » qu’une monnaie-or, puisqu’elle reflète correctement le processus de formation de valeur de l’économie de peuple. Ce but devient évident lorsqu’on jette un coup d'oeil sur le contenu de pensées de la 14ème conférence. Rudolf Steiner y développe d’idée d’une monnaie, dont la valeur pourra être déterminée par le travail qui peut être fourni à la nature. A la place de la monnaie-or, devrait se présenter une monnaie-nature 15 . Rudolf Steiner pose la base pour cette monnaie-nature dans la seconde partie de la 11ème conférence qui se tourne de nouveau sur les forces édificatrices de la vie sociale. l’argent, peut être résolue de manière juste. Cette question est le thème central de la 8ème conférence.

La seconde partie du CEP : La première partie — conférences 1 à 7 — se meut dans la polarité centre – périphérie. Ici c’est la circulation qualitative de l’argent qui est décrite. La seconde partie — les conférences 8 à 14 — se meut dans la polarité des énergies d’édification-déclin. La circulation de l’argent quantitative gouvernée, ou selon le cas manipulée, par les banques centrales est mise en relation avec le circuit qualitatif dans cette partie par Rudolf Steiner.

Il se révèle ici de nouveau qu’une compréhension plus profonde du Cours d’économie nationale est seulement possible si l’on tient compte de sa composition. Les sept premières conférences suivaient dans leur composition le point de vue allant du centre à la périphérie. Les sept suivantes sont développées dans le champ de tension des énergies d’édification et de déclin. La périphérie, donc le domaine des circonstances de vie purement terrestre, est remise à présent pour ainsi dire au centre. Le résultat des sept premières conférences était un cycle qualitatif du payer [Zahlen], prêter [Leihen] et donner [Schenken], comme il repose à la base du processus économique. Ce cycle fait saillie pour ainsi dire vers le haut dans le domaine des forces d’édification. L’argent reçoit ici une valeur d’avenir, en étant appréhendé et chargé de sens, par l’esprit humain. Il se révélera que Rudolf Steiner a en vue, dans la seconde partie du Cours d'économie nationale, un cycle supplémentaire de l'argent lequel fait saillie pour ainsi dire dans le domaine des forces de déclin. Dans le circuit supérieur, la valeur monétaire prend naissance de l’esprit, dans l’inférieur à partir de la marchandise. Les marchandises qui sont produites par la collaboration du « travail sur la nature » et « de l’esprit sur le travail », rencontrent sur le marché les besoins humains et sont amenées à leur consommation. La marchandise qui a été élevée au rang de moyen d’échange, ne doit pas être consommée, par contre, au contraire elle doit circuler. Et c’est une question importante de savoir combien de cet argent entre dans la circulation et est actif en satisfaisant la demande sur les marchés de marchandises. Car exactement comme toutes les autres marchandises, la valeur de marché de la marchandise d’échange, donc de l’argent, est déterminée par la masse de son offre.
Les défenseurs d’un argent-papier non-couvert — ils sont caractérisés dans la science économique comme nominalistes —, croient pouvoir octroyer une valeur à l’argent, à partir du domaine juridique par l’intervention d’un moyen de pouvoir étatique. Mais cela s’avère sans cesse de nouveau comme une illusion et conduit aux pires rejets d'économie de peuple. Les représentants d’une monnaie-or, — les ainsi nommés métallistes — combattent le plus vivement la politique monétaire des nominalistes avec de bonnes raisons. Ils ont en vue, la conformité aux lois économiques de la circulation inférieure, dans laquelle la valeur de marchandise de l’argent joue absolument un rôle. Ils veulent nonobstant en revenir à un ancien état de l’argent qui est pareillement non approprié aux rapports modernes d’une économie mondiale.

Rudolf Steiner relie la partie supérieure du cycle de l’argent, découvert par lui et totalement inconnu jusqu’à aujourd’hui dans la science économique dans la seconde partie de ses exposés, avec le cycle inférieur. En cela il développe, dans la 12ème conférence, une idée étonnante au sujet de l’organisation extérieure du processus de l’argent : ce qui prend qualitativement le pas dans la partie supérieure du cycle, devrait être reflété sur les billets de banque en circulation dans la partie inférieure. À l’argent devra donc être octroyé un âge, au moyen de l’impression d’une date. Mais ce vieillissement n’a aucune signification pour l’argent d’achat en circulation. Il doit conserver sa valeur jusqu'au moment où il est retiré de la circulation. Cet âge devient important par contre pour l’organisation des processus de prêt. Car des moyens et des chemins doivent être trouvés sur lesquels l’argent de prêt peur se transformer correctement en argent de don, si le processus économique ne doit pas être amené dans un désordre incurable. Cela est toutefois le problème probablement le plus difficile à résoudre du Cours d'économie nationale.

Penser de vie pratique et penser étranger à la vie
La question d’économie de peuple importante c’est la question du prix. Pourtant un jugement si pour les plus différentes prestations dans le processus d’économie de peuple se forment des prix corrects, n’est alors possible quand l'argent ne développe pas une dynamique propre, qui rend impossible le jugement des prix. Dans l’évolution plus récente, l’argent est devenu de plus en plus sauvage et il doit être dompté [Plus d’informations à ce sujet dans Sozialimpulse 1/2015, traduction en cours, ndt]. Seulement, cette sauvagerie est aussi une conséquence de ce que le système monétaire est dirigé par des êtres humains qui suivent des motivations très égoïstes. Ce serait par conséquent une illusion de croire que l’on puisse encore seulement attendre que suffisamment d’être humains se réunissent avec lesquels on puisse transposer ce système monétaire. C’est pourquoi cela n’a pas été non plus pour Rudolf Steiner avec ses exposés.
Déjà dans Les questions essentielles de la question sociale il expose clairement dans le préface qu’il ne peut y avoir de moyen de bien concevoir de « solutions théoriques », pour agir avec celles-ci dans la vie pratique : « La disposition d’âme de l’être humain n’est pas telle qu’elle puisse dire un jour pour la vie publique : en voilà un qui voit et comprend quelles institutions sociales sont nécessaires ; comme il les pense, lui, c’est ce que nous, nous voulons faire.16  » Steiner voyait nonobstant chez de nombreux contemporains — et avant tout aussi chez de nombreux anthroposophes, ses compagnons de lutte, — la tendance, à approcher leurs semblables sur les domaines économiques avec de telles solutions théoriques. À ces gens, Rudolf Steiner conseillait de se convaincre eux-mêmes qu’ils ne parlaient qu’inutilement : « Vos semblables ne peuvent rien commencer avec ce que vous leur apportez.17  »
C’est une grande tradégie que « l’idée de la Dreigliederung sociale », aussi chez la plupart de ceux qu’on appelle « Dreigliederer » ait été pensée comme un modèle de solution théorique pour la question sociale. Rudolf Steiner caractérise cela comme « un fait important de la vie publique actuelle. C’est le fait de l’étrangeté à la vie sur ce qu’on pense quant à ce qu’exige par exemple la réalité économique. « Celui qui s’efforce d’élaborer des modèles de solution théorique à partir des idées de Rudolf Steiner pour la question sociale, devrait se faire l’aveu qu’il pense d’une manière étrangère à la vie. Le minimum d’êtres humains seront prêts pour cela. Pourtant, ainsi demande Rudolf Steiner dès 1919 : « Peut-on vraiment espérer maîtriser les situations inextricables de la vie publique, si l’on s’approche d’elles avec un penser étranger à la vie ?18  ». On devrait traiter cette question « comme une affaire sérieuse de la totalité de la civilisation actuelle. » Seulement après on acquerra de la clarté sur ce qui est nécessaire à la vie sociale. Les participants aux Cours d'économie nationale attirèrent l’attention de Rudolf Steiner à la fin du cycle que « le plus important c’est peut-être alors quand vous en arrivez à ce que, comment les concepts images qui ont été développés ici — représentenent quelque chose de vivant en rapport avec ce qui est sinon développé ailleurs.19  » Car a cela se montre que le penser personnel commence à se libérer de son étrangeté à la vie. Mais Rudolf Steiner est en même temps au clair, quant à lui, que s’opposent à cela des obstacles vraiment nombreux. De sorte que presque résigné il ajoute déjà : « Et c’est en effet ce qui pèse si lourdement sur l’âme de chacun, que quelque chose d’énorme s’oppose, lorsqu’il s’agit que les êtres humains soient sensés acquérir une libre perspective sur ce qui est nécessaire à l’assainissement de maintes nuisances civilisationnelles. Il est parler terriblement beaucoup autour de soi de ce qui devrait survenir. Mais il existe peu de volonté de s’immerger dans la réalité et d’aller y retirer, aussi à partir de la réalité, la parole [vraie, ndt] sur ce qui devrait se produire.20  »
Le penser étranger à la vie de l’époque moderne isole l’être humain du monde spirituel. Le penser devient pratique dans la vie lorsqu’il peut surmonter cet isolement de sa propre force. C’est justement ainsi qu’il se met en relation avec les énergies formatrices de communautés de la vie sociale. À partir de cette réalité — ainsi je comprends Rudolf Steiner ici— le penser doit aller retirer la parole [vraie, ndt] sur ce qui doit se produire ».
Rudolf Steiner développe lui-même dans la seconde partie du Cours d'économie nationale, des propositions de solution très concrètes pour la formation du système monétaire. Cela semble en contradiction avec les pensées tout de suite exposées. Mais avec ces propositions de solutions, il ne s’agit pas tant cependant de développer un concept, avec lequel on puisse s’avancer et se présenter devant le monde, au contraire, il s’agit de différencier à fond une pensée dans une tentative exemplaire, de sorte que dans la vie extérieure elle apparaisse transposable de manière plausible. Il s’agit de démontrer la plasticité foncière de ces pensées sur les circonstances extérieures. Celui qui observe avec exactitude, remarquera aussi que là où il développe des propositions très concrètes, Steiner se met aussitôt à les repenser de nouveau et à les dissoudre21 . Un penser étranger à la vie s’appuiera sur ces propositions, pour en élaborer des concepts définitifs. Un penser de vie pratique considérera ces propositions comme un matériau d’exercices. Et il tentera de développer le plus de variantes possibles de l’essence de la cause. Cette série au sujet du CEP poursuit l’objectif de prendre très au sérieux les idées de Rudolf Steiner dans cette acception. L’espoir c’est d’inciter le plus possible de nombreux êtres humains à se rendre sur ce « champ ». Car quant à savoir si ces idées peuvent aussi trouver une voie d’entrée dans la configuration de la vie extérieure, c’est aussi une question de nombre des humains qui sont prêts à travailler ce « champ ».
Die Drei 4/2015.
(Traduction Daniel Kmiecik, revue FG)

 

Stephan Eisenhut, né en 1964 à Coblence, études en économie politique à Fribourg en Brisgau, thème de recherche sur Les fondements de science spirituelle en science social chez Rudolf Steiner, formation d’instituteur à Mannheim, 1997-2000 enseignant à l’école Rudolf Steiner Mittelrhein, depuis 2001 gérant de la société de publications Mercurial (GmbH) — Adresse c/0 mercurial-Publikationsgesellschaft mbH, Alt-Niederursel 45, 60439 FRANKFURT, Courriel : gf@mercurial.de.

( 0 ) - Original allemand : http://diedrei.org/tl_files/hefte/2015/Heft4_2015/Eisenhut-NOeK12-DD1504.pdf
version française en ligne : www.triarticulation.fr/Institut/FG/Articles/SE12.html

1 Rudolf Steiner : Cours d’économie nationale (1922 ; GA 340) ; Dornach 2002.
2 Voir à ce sujet ma série d’articles dans Die Drei 10/2011 à 10/2014. On peut se procurer la série des huit articles sous la forme d’un numéro spécial : http://diedrei.org/details/inhalt/artikelserie-zur-komposition-des-nationaloekonomieschen-kurses.html.
3 http://www.faz.net/aktuell/wirtschaft/eurocrise/ezb.hauft-anleihen-fuer-60-milliarden-euro-jeden-monat-13384918.html
4 La BCE achète certes les emprunts d’États sur les marchés secondaires. De ce fait elle permet pourtant aux pays en crise, d’émettre de nouveaux emprunts d’état sur les marchés primaires à des taux d’intérêts favorables.
5 Les programmes d’achat que la BCE a réalisé ces dernières années, ont mené au fait que les banques purent liquider leurs titres problématiques. C’est pourquoi une sortie de la Grèce de l’Euro ne serait même plus un problème à présent pour les banques d’affaires. En effet, les risques ne se trouvent plus chez elles, mais au contraire dans la BCE. Avec le nouveau programme d’achat, on met en doute que les banques vendent en masse leurs emprunts à la BCE. Bien entendu la BCE achète aussi ce qu’on appelle « d’autres titres », comme des reconnaissances de crédit (ABS) et des Covered Bonds [contrats couverts, ndt]. Dans cette mesure quelques instituts financiers profiteront de l’occasion pour liquider leurs titres critiques sans grande perte.
6 Voir à ce propos l’étude Nouvelle puissance — Nouvelles responsabilités. Éléments d’une politique allemande de sécurité pour un monde en révolution, www.swp-berlin.org/fileadmin/contents/products/project_papiere/DeutAussenSicherhpol_SWP_GMF_2013.pdf
7 http://deutsche-wirtsachafts-nachrichten.de/2014/07/04/kampf-gegen-den-dollar-russlands-centralbank-plant-neues-waehrungs-system/
8 Des partisans de la théorie contestée que l’appareil ne fut pas abattu par une missile sol-air de fabrication russe, mais au contraire par un appareil militaire ukrainien, présupposent pour cette raison qu’on eût dû dire au pilote de guerre qu’il avait la chance d’abattre le président russe dans son appareil bleu-rouge-blanc. Vladimir Poutine aurait alors été en train de survoler l’Ukraine, sur son vol de retour du Brésil (bien sûr il survolait la Pologne). Car un pilote de combat normal n’ouvrirait jamais le feu consciemment sur un appareil de transport civil avec des êtres humains innocents.
9 Gabriel Krone-Schmalz présente très clairement l’un à côté de l’autre, dans son ouvrage Comprendre la Russie (Munich 2015), ce que sont les faits connus sur l’abattage du MH17, ce qu’en ont rapporté les médias occidentaux et surtout ceux les faits que ceux-ci firent disparaître. Par exemple, ce ne seraient pas les séparatistes qui eussent empêché l’inspection des lieux de la catastrophe malheureuses, mais au contraire l’accès en eût été rendu impossible relativement tôt, parce que les militaires ukrainiens avaient repris les opérations de combat — malgré l’engagement de Kiev de ne pas autoriser d’opérations militaires dans un rayon de 40 km autour du lieu de la catastrophe, jusqu’à ce que la récupération des corps et l’inspection des débris fussent achevées. Ces détails chronologiques ne furent point rapportés dans les médias occidentaux. De même, les impacts de balles constatés sur la base de leur répartition posent plus de questions qu’ils n’en résolvent. Une expertise technique des débris de l’avion n’est désormais plus un sujet dans nos médias de masses. Au lieu de cela, on ajoute foi aux affirmations orales des politiciens occidentaux, sans qu’aune espèce de preuve ne soit présentée. (voir pp.135 et suiv.).
10 « It is true they did not want to do that. But again, it was America’s leadership and the President of the United States insisting, oft times almost having to embarrass Europe to stand up and take economic hits to impose costs. And the results have been massive capital flight from Russia, a virtual freeze on foreign direct investment, a ruble at an all-time low against the dollar, and the Russian economy teetering on the brink of recession.” [Il est vrai qu’ils ne voulaient pas le faire. Mais de nouveau ce fut la direction américaine et le président des USA, en insistant presque jusqu’à embarrasser l’Europe, qui résistèrent et imposèrent des sanctions économiques à tous prix. Et les résultats ont été une fuite massive de capitaux hors de la Russie, un gel virtuel de l’investissement étranger, une baisse record du rouble par rapport au dollar et l’économie russe chancelante au bord de la récession. Traduction de l’anglais D.K].» En tant que raison il exposa entre autre que « Putin sought to keep secret Russian support for separatists who shot doxn a civilian airliner » [Poutine cherchait à garder secret l’appui russe aux séparatistes qui tirèrent sur un avion civil et l‘abattirent] », voir www.whitehouse.gov/ the press-office/2014/10/03/remarks-vice-president-john-f-kennedy-forum
11La 11ème conférence se trouve au centre des conférences 8 à 14. Pourtant, en opposition à la 4ème, il ne s’agit pas ici du centre principal de l’ensemble du cycle, mais au contraire d’une position qui marque le lieu qui en est le plus éloigné et duquel des énergies polaires s’activent. C’est pourquoi on le caractérise ici comme un contre-centre.
12 CEN, p.138
13 CEN, p.162.
14 L’aperçu suivant est une récapitulation — jusqu’aux plus petits compléments — de l’essai de Thorsten Polleit qui fut publié en 2013 sur Internet : http://www.rottmeyer.de/es-war-einmal-der-glod-devisen-standard/.
15 CEN, p.211.
16 Rudolf Steiner : Les points essentiels de la question sociale (1919 ; GA 23), Dornach 1976, pp.7 et suiv.
17 À l’endroit cité précédemment, p.8.
18 Ebenda.
19 CEN, p.213.
20 Ebenda.
21 Ulrich Kaiser distingue — dans son très bel essai : « Quand est-ce que tombera la vêtement symbolique ? — Dogme et méthode. Pour une herméneutique de l’œuvre steinérienne (dans : Die Drei, 8-9/2011, p.44) — le dogme du dogmatisme. Quelque chose qui nous est dit ou donné de l’extérieur, comme les exemples mentionnés plus haut donnés par Rudolf Steiner, sont des dogmes. Le penser est renvoyé à de tels dogmes. Le dogmatisme surgit d’abord à partir de l’absoluité de ce donné. Le dogme renvoie « comme quelque chose d’existant toujours ou selon le cas plus loin à une processualité du devenir et de la provenance, mais qui est à découvrir à « l’intérieur » et cela veut dire aussi en auto-responsabilité. »