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Au sujet de la composition du « Cours d’économie nationale »( 1 ) .........> retour au menu de la série

Stephan Eisenhut

La position à part de l’agriculture dans le processus d’économie politique.

 

L’agriculture a qualitativement une position à part dans la vie économique. Elle conserve, en tant que « production primaire », même sous les conditions de la division du travail, la qualité d’une économie naturelle. Lorsque cette réalité n’est pas prise en compte dans la formation du prix, on en vient à des distorsions avec des répercussions massives sur les fondements de la vie naturelle de l’être humain. — Stephan Eisenhut travaille cette position à part, sur la base du Cours d’économie nationale de Rudolf Steiner en la différenciant. Il montre en outre comment l’agriculteur, lorsqu’il travaille à partir de la nature sur la base de ses capacités individuelles de perception, se meut fonctionnellement dans le domaine de la « vie de l’esprit » au sens de l’idée de la Dreigliederung, mais se positionne en même temps aussi dans la vie de l'économie, en tant que producteur de denrées et doit générer son revenu par les prix. En conclusion, l’auteur développe à l’appui d’une image de cyclique la manière dont l’agriculture et l’industrie à partir de leur nature respective, suivent des tendances opposées lors de la formation du prix.

Un cas posant problème : le lisier
« L’eau devient mauvaise », tel est la teneur d’un titre, qui en dit long, de Fritz Vorholz dans « Die Zeit ». Il y décrit les répercussions de l’élevage intensif du bétail sur l’eau des nappes phréatiques en Allemagne. Ce n’est pas seulement qu’en Allemagne, énormément de viande à bon marché est produite pour le marché intérieur : avec la viande de porc et de volaille, l’Allemagne exhibe un excédent d’exportation. Cette viande est produite dans des exploitations d’engraissement de masse, qui n’ont plus rien à faire avec l’agriculture, au sens véritable du terme. Bien au contraire : Il s’avère que de telles pratiques font de plus en plus fortement peser une menace sur l’ensemble de la production primordiale. Les pourvoyeurs d’eau le remarquent le plus nettement. Cent soixante millions de mètres-cubes de lisier sont ainsi annuellement répandus sur les champs. S’ils étaient transportées dans des wagons-citernes, on en formerait un train d’au moins 45 mille kilomètres de long. ( 2 ) Quand de telles quantités sont répandues sur les champs, alors le nitrate contenu dans ces lisiers ne peut plus être absorbé par les plantes ; il s’infiltre et pénètre progressivement de plus en plus profondément au travers des couches de terrains et atteint les nappes phréatiques de plus en plus profondes.

En vérité, à partir des excrétions animales se laisse préparer une fumure hors de pair. Les plantes sont renvoyées à une ravitaillement en azote. Or celui-ci existe en suffisance dans le nitrate. C’est pourquoi la culture des champs et l’élevage du bétail furent primitivement complémentaires. Ce n’est qu’avec le développement des engrais artificiels qu’il est devenu possible de les séparer tous deux dans l’espace. Dans des régions déterminées, se concentrent donc des exploitations spécialisées dans l’élevage animal, tandis que l’industrie fournit des engrais pour les cultures de l’asperge et du seigle. Que faire alors à présent du lisier brut qui, dans des quantités énormes s’accumulent dans les élevages de masse ? ( 3 ) Vorholz décrit des pratiques de traitement des déchets qui peuvent encore être caractérisées comme des formes criminelles de l’empoisonnement des puits, mais qui ont été couvertes par l’actuel ministre de l’agriculture Christian Schmidt (CSU).( 4 ) Entre temps, les exploitants de ces élevages payent des agriculteurs afin qu’ils acceptent de répandre ces lisiers dans leurs champs. Ceux-ci sont transportés par des camions citernes et évacués en dehors des centres d’élevages intensifs dans les régions de culture en pleins champs très éloignées des sites d’implantation de ces « élevages ».
L’élimination des déchets de lisier sur les surfaces cultivées engendre de tels problèmes avec l’approvisionnement en eau potable, que quelques-uns sont déjà allés au-delà, « à savoir ils payent les agriculteurs afin qu’ils fument moins leurs sols et acceptent moins de lisier. » Ceci revient moins cher, en effet, que de purifier ultérieurement le nitrate en l’enlevant de l’eau brute. L’administration de la ville de Munich, par contre, a acheté de vaste surfaces agricoles de la région du Mangfalltal et les a affermées aux agriculteurs avec l’obligation de les travailler en veillant à protéger la pureté des nappes phréatiques. Il en est né le plus grand domaine géré écologiquement d’Allemagne. ( 5 )

Ces entrepreneurs d’engraissement, qui mènent leurs affaires aux détriments de la nature, apparaissent comme une sorte de nomades modernes : certes, ils sont eux-mêmes sédentaires, mais pas le lisier qui s’accumule dans leurs exploitations. Lequel doit être éloigné le plus loin possible de son lieu de production afin de s’en débarrasser sous le faux-fuyant de la fumure. Avec cela, on ne fait pas que causer de graves nuisances à la communauté, mais bien plus aussi, on néglige aussi les réglementations légales d’une manière grossière, sans devoir en redouter jusqu’à présent une punition. Les représentants des intérêts des engraisseurs [Mastbetreiber] sont si bien organisés qu’ils s’entendent pour ce protéger des « abus de pouvoir » de l’État. Une production de viande à bon marché de cette sorte est seulement possible parce que les engraisseurs mettent à profit la moindre possibilité existante de se décharger sur la communauté des coûts effectifs de leurs agissements. De nombreux consommateurs en viennent certes à profiter de cette viande bon marché (quand bien même d’une qualité douteuse), néanmoins ceux qui ne sont pas d’accord avec cette manière de produire en payent la note aussi et renoncent en général à la consommation de cette viande ( bon marché ). Au moyen de cette concurrence douteuse, les engraisseurs peuvent accumuler des gains (rentes) qui, comme pour les biens-fonds, proviennent des circonstances de leur pouvoir.

Formation de rentes à partir des circonstances de pouvoir
Dans ma première contribution au sujet de la septième conférence du Cours d’économie nationale qu’a tenu Rudolf Steiner en 1922, j’ai éclairé la relation mutuelle entre les trois facteurs de sérénité, travail, capital et sol. ( 6 ) Dans la contribution qui suit doit être considérée la position particulière de l’agriculture dans le processus d’économie du peuple, dans laquelle le travail sur la nature se tient au premier plan. Ce domaine de la vie de l'économie est d’une manière toute particulière dépendant des conditions de la nature. Cela s’exprime rien que dans le fait réel qu’un tiers des surfaces terrestres dans le monde — et en Allemagne c’est même la moitié de l’ensemble des surfaces disponibles — est utilisé par l’agriculture. Le sol est donc un facteur de production qui possède une qualité propre— ce qui est volontiers estompé dans les doctrines économiques les plus récentes( 7 ) . Un double aspect est à y prendre en compte : avec le sol se font valoir, d’un côté, les conditions de la nature, de l’autre, y agissent  les circonstances données du droit et du pouvoir. Or ces dernières conduisent toujours à une falsification du prix.

Rudolf Steiner développe ceci, à l’appui de divers exemples historiques. Ainsi dans la 7ème conférence, il examine la transition des peuples nomades à l’agriculture sédentaire. Les nomades — Steiner les caractérise comme des gens des forêts( 8 ) [Forstmenschen] dont il caractérise la façon de vivre économiquement (ce qui mène facilement à des malentendus) comme de « l’économie forestière » — vivaient dans les forêts et steppes de la chasse et de l’élevage du bétail. Ce sont d’abord les agriculteurs devenus sédentaires qui, au sens véritablement du terme, exploitèrent la nature. Ils ne cueillirent plus, simplement, ce que la nature leur offrait d’elle-même, mais au contraire, la cultivèrent de manière telle qu’elle produisît des excédents. Ces excédents plus au moins importants pouvaient dès lors être échangés sur les marchés. On en vint toujours plus à des conflits entre les cultures des forêts et steppes et celles des agriculteurs ( a ). Étant donné que les agriculteurs élevaient eux-mêmes du bétail, ils n’étaient pas obligés de se procurer les produits des nomades, mais ceux-ci, par contre, désiraient beaucoup les produits des agriculteurs ( b ), on en arrivait donc à des augmentations des prix que les chasseurs, très bien armés, ne voulaient pas acceptées. Ils s’appropriaient donc leurs produits par la violence. ( 9 ) Pour cette raison, les fermiers vivaient dangereusement parmi les peuples chasseurs et avec cela plus chèrement, alors que les artisans parmi les fermiers n’avaient pas, quant à eux, la possibilité de réagir à la montée des prix agricoles par la violence. C’est pourquoi, selon Rudolf Steiner, leur situation économique empira.

Les rapports de droit et de pouvoir jouent donc en faussant la formation du prix. Pourtant cela n’est pas toujours injustifié. Il est vrai que ce qui est justifié dans ce domaine s’inverse souvent très rapidement. Ainsi en est-on arrivés, lors de la configuration du droit de propriété dans les temps modernes, à des développements erronés qui aggravèrent la situation. Rudolf Steiner décrit ceux-ci conformément au sens, dans un cours de formation pour les orateurs, de la manière suivante : dans les époques primitives, les seigneurs féodaux pouvaient s’approprier des terrains par le pouvoir des armes et les partager entre leurs vassaux. Ceux-ci les faisaient fructifier et produisaient des denrées en redevance. Cela avait un sens, car le suzerain en entretenait ainsi une force combattante, à l’aide de laquelle il protégeait ses vassaux des autres suzerains. L’origine justifiée de la rente foncière repose donc dans le financement d’une prestation de protection. Cela étant, au cours de l’évolution, cette fonction de protection passa des suzerains locaux aux souverains territoriaux. Ces princes ont pareillement exigé des redevances en denrées et édifié un système d’imposition. Le suzerain devint alors un grand propriétaire terrien auquel n’incombait plus aucunes obligations de protection. D’une manière curieuse, la pratique de lever des redevance perdura malgré cela : « Celle-ci perdit son sens car celui qui était à présent le grand propriétaire terrien n’avait plus besoin de dépenser pour la protection des biens-fonds, car le prince territorial ou bien l’État veillait à cela. La rente foncière demeura pourtant. Et progressivement, avec la vie économique moderne, elle entra dans la circulation des denrées ordinaires. Du fait que la relation de dépendance entre rente foncière et biens-fonds perdit son sens, on put faire de la rente foncière un objet de profit. C’est là un pur non-sens qui est devenu ici une réalité. » ( 10 )

Formation de rentes et processus d’économie politique
Là où surgissent des positions de pouvoir, elles sont habituellement exploitées à fond. La personne concernée dispose d’une source de revenu, qui n’est pas liée à la production de quelque chose. Un tel revenu, la doctrine économique le caractérise sous la forme d’une rente. Cela étant, Rudolf Steiner distingue encore d’autres formes de rentes, que le processus d’économie politique engendre lui-même. Car l’agriculture ne peut pas, dans la même mesure, participer à la réduction des prix des productions de produits comme cela est possible au sein des branches industrielles, lesquelles produisent des «produits différenciés ». ( 11 ) Avec cela, il saisit une pensée qu’il avait déjà mise en place à la fin de la 3ème conférence. Là il s'agit que celui qui gagne principalement par cela qu’il est travailleur d’une façon qui est organisée par l’esprit (c’est-à-dire le travailleur de l'industrie, S.E.), … a intérêt à ce que les produits naturels soient dévalorisés. « Alors que celui qui travaille sur la nature, a lui un intérêt « à ce que les autres produits soient dévalorisés ». ( 12 )

La raison pour laquelle l’agriculture ne participe pas on plus à la réduction des prix dans en mesure identique à d’autres branches économiques, repose aussi dans la réflexion à rebours sur une pensée de la 3ème conférence. Là a été montré en effet, qu’à partir d’une vue d’économie du peuple, un tailleur s’en tire à meilleur marché s’il ne confectionne pas lui-même son costume, mais l’acquiert dans le commerce. Or cela ne vaut pas pour l’agriculteur, selon Rudolf Steiner, dans la septième conférence. Celui-ci ne peut pas du tout être autrement que quelqu’un vivant de sa propre production, car dans le « processus d’économie du peuple, l’ensemble de l’agriculture d’un organisme social donné se réunit de lui-même en une unité, quand bien même aussi des propriétaires individuels y sont présents. Et dans toutes les circonstances, celui qui est agriculteur, doit simplement retenir de l’ensemble de ses produits de quoi couvrir ses propres besoins. Quand il le prend d’un autre, il le retient aussi. »

Que donc l'agriculteur doit être autosuffisant/autarcique pour sa propre production, la diminution du prix par de la division du travail entre producteur et commerçant n’est pas possible, les produits agricoles doivent nécessairement monter en prix, vis-à-vis de tous les autres produits industriels. À cela Rudolf Steiner vient opposer peu après un aspect polaire : ainsi comme l’agriculture comme tout — indépendamment des rapports de possession — est soumise au principe d’autarcie, ainsi ce n’est pas possible chez les entreprises industrielles ( 13 ) de s’approvisionner elles-mêmes avec du capital. Qualitativement, il s’agit ici toujours d’un processus de prêt, même alors, quand le propriétaire de capital le place dans ses propres exploitations. Le processus d’économie de peuple du « prêt », comme Rudolf Steiner le saisi, se déroule toujours alors quand du capital sera utilisé pour réorganiser et améliorer les conditions de production. Cela rend en premier possible le dégagement/la réalisation d’un intérêt. C’est pourquoi, il est parfaitement sans importance de savoir si le propriétaire du capital dégage lui-même l’intérêt ou bien si un autre être humain le fait. Le processus d’économie de peuple du prêt a eu lieu, quand bien même il s’agisse, du point de vue du gestionnaire d’entreprise, d’un auto-financement. ( 14 ) L’agriculture, par contre, conserve, comme est encore à montrer, même sous les conditions de la division du travail, la qualité de l'économie de subsistance. L’approvisionnement étranger et la diminution des prix sont les forces qui agissent au pôle de l’esprit organisateur, pendant que l’autarcie et l’augmentation du prix sont actives au pôle de la nature qui est à travailler. Steiner dessine ici une image des forces agissant par principe. Dans le cas isolé, cela n’est pas toujours entièrement compréhensible, pourtant il est évident que des domaines de vie qualitativement différents, provoquent une tendance en sens contraire lors de la formation du prix.

Qu’est-ce qui distingue l’agriculture de tous les autres activités industrielles/professionnelles ? Pourquoi cela agit-il rendant moins cher quand le tailleur achète son costume chez le commerçant, pendant que cela n'agit pas diminuant le prix, lorsque l’agriculteur achète ses produits chez le commerçant ?

Statistiquement considérée, à savoir mesuré quantitativement en prix, l’agriculture joue aujourd’hui dans la création du PIB un rôle négligeable. Sa contribution se montait en 2013, à moins de 1%. Par contre, l’artisanat et l’industrie, le bâtiment, en ont assuré 28%, et l’ensemble du secteur des prestations et services, 55%. ( 15 ) Mais cela étant, chaque être humain est renvoyé quotidiennement, par la consommation, aux produits de l’agriculture. Ceux-ci forment la base pour toutes les autres activités, qui se différencient sans cesse ensuite dans des domaines particuliers, avec la division du travail progressant. L’agriculture n’est avec cela pas une branche de l'économie ; elle a beaucoup plus la fonction d’un tronc, duquel se ramifient les domaines particuliers. À bon droit, elle sera caractérisée comme production primaire de la vie, de l'économie. ( 16 ) Quand les conditions économiques pour la production primaire seront détruites, alors ce tout juste 1% de production de valeur a des répercussions menaçant la vie sur la totalité de la structure économique. Si, par contre, les conditions économiques du secteur financier seront détruites, cela peut certes avoir d’abord des répercussions entraînant des répercussions chaotisantes sur la plupart des branches économiques, toutefois seulement parce que les formes de coordinations habituelles font défaut.

L’agriculture continuera de produire — peut-être en étant moins efficiente. La population agricole — pour autant qu’elle est active dans l’agriculture — aura dans ce cas moins de problèmes que la population citadine ( c ).
Le tailleur, s’il veut assurer ses moyens d’existence avec les nécessités de vie les plus nécessaires, est renvoyé quant à lui à un commerce en bon état de fonctionnement, l’agriculteur, lui, ne l’est pas. Car il peut s’approvisionner lui-même. ( d ) Avec ses productions, le tailleur se tient dans une autre relation au commerce que l’agriculteur. Comme il ne peut travailler, que si le commerce fonctionne raisonnablement, c’est purement et simplement une illusion engendrée par la vision économique isolée et unilatérale, qu’il s’en tirât à un prix meilleur marché en n’achetant pas son costume dans le commerce, mais au contraire en le confectionnant lui-même. ( 17 ) Bien sûr, le fermier a aussi besoin de vêtements, de produits domestiques, d’outils de travail et autres et il les acquiert dans le commerce au moyen d’une économie de partage du travail. La division du travail relève aussi naturellement le standard de vie de l’agriculteur. Seulement il ne réduit pas le prix de ses produits, lorsqu’il achète ses « choux » [Krauthapperl, en autrichien du Sud, ndt] à d’autres agriculteurs. Ce n’est qu’en rapport avec ses propres productions que l'agriculteur n’est pas renvoyé au commerce. Steiner choisit, comme il le dit lui-même, des exemples extrêmes, pour mettre en évidence les tendances contraires de la formation du prix entre la production originaire et les produits dérivés.

L’agriculture a donc une position qualitativement à part dans la vie de l'économie. Sous les conditions de la division du travail, elle conserve aussi la qualité d’économie de subsistance qu’elle a dans sa forme originelle. Oswald Spengler, selon Rudolf Steiner dans le Seminaire d’économie nationale, croyait que dans une vie de l'économie moderne de division du travail, l’économie naturelle des agriculteurs serait surmontée. Il importe pourtant de voir que ce qui est apparemment surmonté, subsiste encore dans l’économie actuelle comme un domaine de l'économie. Il ne s’agirait donc pas simplement d’une succession des formations économiques, mais aussi de coexistence. ( 18 )

La qualité particulière de l’agriculture se révèle aussi dans le fait qu’elle ne pourra pas être industrialisée de la même manière comme cela est possible dans d’autres activités. Autour de 1900, un agriculteur produisait dans l’empire allemand la nourriture de quatre autres personnes supplémentaires. Aujourd’hui, un agriculteur approvisionne 132 personnes en Allemagne. ( 19 ) Une telle évolution ne fut possible que parce que l’intérêt de l’esprit organisateur dans le secteur industriel put s’imposer vis-à-vis des intérêts des agriculteurs — qui eux, doivent en fait prendre en compte ceux de la nature. Certes, l’agriculture fut industrialisée, mais avec cela aussi ses conditions de vie en furent si affaiblies que son rôle, en tant de mise en harmonie des paysages cultivés, a été troqué contre une gigantesque destruction de l’environnement au niveau mondial. L’équilibre correct entre production industrielle et production agricole ne peut pas réussir, aussi longtemps que la formation du prix n’est pas correctement observée et jugée et en conséquence, aussi longtemps qu’aucunes mesures ne sont introduites qui mènent aussi à des prix corrects dans l’agriculture.

D’un côté, Rudolf Steiner insiste sur le fait que dans le processus d'’économie du peuple, est disponible une tendance propre à une rente foncière qui mène à « payer plus cher l’agriculture que l’autre », de l’autre côté, il observe une tendance que les prix dans l'agriculture s'effondrent toujours plus : « La chose est toutefois ainsi, ... qu’au fond, toutes sortes possibles des pressions souterraines ont lieu et par le rapport des prix entre industrie et agriculture est perpétuellement sapé. » ( 20 )

Pourquoi donc Rudolf Steiner parle-t-il une fois qu’existe une tendance à payer l’agriculture plus cher, alors qu’en d’autres endroits, il renvoie au fait que le rapport du prix entre industrie et agriculture serait complétement sapé ? la raison en est qu’une fois, il examine le processus d’économie de peuple, l'autre fois, il en décrit les circonstances extérieures. Le « processus d’économie du peuple» est une conformité aux lois de la vie qui est seulement à appréhender spirituellement. Celle-ci est certes bien agissante dans les phénomènes extérieurs, mais elle y rencontre des résistances de manière permanente, ce qui mène à des récusations d’économie du peuple et des crises. L’être humain peut s’élever dans son penser à l’expérience de cette conformité aux lois du vivant. Et il peut aspirer à créer des conditions par lesquelles, ce processus d’économie du peuple peut être à l'oeuvre le plus possible non perturbé. Ces tendances propres ne peut pas se réaliser dans les conditions actuelles.

Agriculture, industrie et vie de l'esprit
Dans le cours d'économie nationale, Rudolf Steiner développe les bases pour une formation correcte du prix dans l’agriculture. L’agriculture moderne profita d’une manière fortement marquée de l’esprit d’invention des temps modernes. Sans celui-ci, n’aurait pas été possible de fournir la population mondiale en forte croissance. Pourtant l’application de la technique, lorsqu’elle ne peut pas être mise en accord avec les conditions naturelles, menace de tourner aujourd'hui en son contraire. Ce sont là les conséquences d’intérêts de mise à profit unilatérale du capital. Au moyen de l’industrialisation de l’agriculture, il est possible d’imposer des prix toujours plus profitables pour les productions agraires. Des gains seront ciblés sur les masses en jeu. Les prix pour les produits agricoles succombent de manière permanente aux pressions. Pour « l’agriculture paysanne » ( 21 ) , il en résulte une contrainte à la rationalisation ou à arrêter l’exploitation. La conséquence est que de plus en plus de d'agriculteur cherchent une activité dans d’autres domaines ou bien deviennent sans travail. L’être humain est pourtant l’organe de perception pour la nature. A côté des nombreuses répercussions négatives des méthodes de l’agro-industrie sur l’environnement — élevage intensif d’animaux en surnombre [l’entreprise des 1000 vaches dans l’Aines, en France, par exemple, ndt], engrais en quantité surabondante, assèchement des nappes phréatiques, érosion des sols [que les orages d’été ramènent souvent au beau milieu du village, sur un épaisseur de 20 cm, comme à Maing près de Valenciennes, ndt] et autres — c'est un problème central que la faculté de perception pour ce dont la nature a vraiment besoin sera déjà seulement de plus en plus restreinte par là que de moins en moins d’êtres humains sont actifs dans l’agriculture. Evidemment, rien que remettre de plus en plus de gens dans l’agriculture n'entrainera pas seul une perception plus élevée de la nature. La faculté à la perception doit aussi être développée. C’est une tâche de la vie de l’esprit. C'est quand même évident que seule déjà le champ d’expérience manquant a déjà conduit au recul de formation plus important des facultés de culture conquises depuis longtemps par l’être humain.

Il existe une étroite relation entre la vie de l’esprit, qui a à faire avec le développement des facultés de l’être humain, et l’agriculture qui a à faire avec les diverses complexions naturelles. Un pédagogue qui comprend l’essence de l’être humain, ne poursuivra pas, par exemple, l’objectif de verser avec un entonnoir le plus de savoir possible dans le cerveau de l’ adulte. Il cherchera beaucoup plus à agir sur l’élève, de sorte qu’il puisse se développer de manière harmonieuse et qu’il apprenne à s’intéresser aux choses du monde. Pour lui, les contenus pédagogiques sont à l’occasion un moyen et non pas un but en soi. De la même façon, un agriculteur qui comprend l’essence de la nature, travaille de manière telle qu’elle puisse produire le plus harmonieusement possible ce qui est prédisposé en elle. Bien entendu, il faudra savoir faire grand cas d’une manière de s’y prendre efficacement. Pourtant ces critères d’efficience forment tout aussi peu une échelle de mesure de la production, que l’accumulation du savoir forme une échelle de mesure sensée pour la pédagogie. Il est vrai que sous les points de vue de la Dreigliederung, il y a une différence essentielle entre le travail du pédagogue et celui de l'agriculteur. L’agriculteur peut extérioriser sur le marché, en tant que marchandises, un excédent de production de la nature au moyen de sa façon de faire attentionnée (et efficiente) pour les produire. Le pédagogue ne le peut pas. Le fermier doit financer son activité par le montant des ventes de ses produits ; le pédagogue en est réduit à l’afflux de l’argent de don. Là où l'agriculteur cultive et travaille la nature, sur la base de ses facultés individuelles, cela se meut encore dans le domaine de la vie de l’esprit. Ce n’est que dans le moment où il met en marché ses produits, qu’il intervient dans la vie économique comme producteur de marchandises. Le pédagogue est renvoyé à ces marchandises, et n’engendre lui-même aucune marchandise. C’est pourquoi, il s’agit alors aussi d’un don lorsque les parents règlent complètement de leur poche les prestations du professeur.

La circulation en sens contraire et sa limitation
Dans le séminaire d'économie nationale, Rudolf Steiner fait remarquer un jour, comme en passant, que dans l’agriculture « ont lieu de toute façon tant de corrections du cours économique général ». Autrement dit : l’être humain remarque à un moment quelconque, que par sa manière de gérer, il détruit toujours plus ses fondements naturels dont il dispose, et que cela ne peut pas continuer indéfiniment. Pour autant, il est significatif que les services technique de la ville de Munich, pour la protection de leurs réservoirs d’eau, achètent des surfaces et les aient affermés à des exploitation gérant écologiquement. La totalité de la vie de l'économie devra en définitive être reconduite à l’agriculture. De l’agriculture se laisse apprendre ce que signifie la prise en compte des réalités de la Terre pour la gestion économique.

Dans les 5ème, 6ème et 7ème conférences du Cours d'économie nationale, Rudolf Steiner édifie, pas à pas, une image de circulation qui part toujours de la nature et y revient. Dans la 5ème conférence, il montre comment le travail empoigne la nature et la transforme en marchandises consommables, comment l’esprit organise le travail et en provoque la formation de capital, et comment le capital excédentaire revient de manière erronée/fausse à la nature, en ce qu'il stagne dans la nature. ( 22 ) Dans la 6ème conférence, il complète cette image au sujet des facteurs de mouvement « payer », « prêter » et « donner ». Le processus de maladie dans l’organisme social prend naissance, pour ainsi dire, du fait que le prêter est poursuivi en direction de la nature. Prêter, au sens de l’économie de peuple, signifie cependant mettre du capital à la disposition de l’esprit organisant, afin que celui-ci puisse reconfigurer le processus économique.
Mais la vie de l’esprit devient cependant unilatérale, si elle développe simplement l’esprit organisateur. Elle doit, outre celui-ci, former une autre qualité. J’ai caractérisé cela dans ma précédente contribution comme un « esprit formateur/structurant ». Cet esprit plonge activement dans une réalité spirituelle essentielle et reçoit de cette activité relationnelle, des impulsions de structuration pour la vie extérieure. De ce fait il crée une valeur supérieure. Cette valeur sera développée en ce que les valeurs créées au sein du mouvement formateur de valeurs, — le jeu d’interaction de travail sur nature et esprit sur travail — seront de nouveau consommées. Pour la santé de l’organisme social, il est décisif que les processus d’édification et de déconstruction soient amenés à l’équilibre. Cela peut être atteint, en ce que le prêter sera transféré en un donner. ( 23 )
La gestion du capital doit, conformément à la chose, être considérée comme relevant de la tâche de la vie de l’esprit. Ceci est d’abord pensé d’une manière fonctionnelle et non pas institutionnelle. La vie de l’esprit a la fonction de permettre le développement des facultés individuelles de l’être humain et leur mise en œuvre conformément à leur essence propre. Elle vit au moyen de ce qui relève de la nature de la relation de Je à Je, d’être humain à être humain. Si celle-ci réussit, alors s’instaureront aussi des institutions, au moyen desquelles le développement et la gestion des facultés conformes pourront être mises en œuvre. Si elle échoue, par contre, alors tout cadre institutionnel originellement sensé se mutera dans son contraire. Le capital peut être piloté dans le domaine d’une vie de l’esprit à demi libre. Les facultés individuelles seront, alors attachées à la production de fabrications matérielles ou à des prestations de services, qui finalement sont utiles à la production matérielle. Ou bien il peut fluer en tant que don dans la vie spirituelle libre. Une « vie de l’esprit nomade  », qui ne veut pas se confronter aux réalités de la Terre, pilote unilatéralement le capital dans la vie spirituelle à demi libre ou bien le laisse stagner dans la nature. Une « vie de l’esprit du labourage » veillera par contre à ce que le « champ de l’esprit » reste fécond et que se forment suffisamment de facultés de structuration.


Légende(e) :
Geistesleben : vie de l’esprit : frei : libre ; halbfrei : demi-libre
Produktionsmittel : Moyens de production ; Geist :esprit ; vorwiegend gestaltend : configurant de manière prépondérante ; vorwiegend organisierend : organisant de manière prépondérante ; Natur —Rechtsleben — Arbeit : Nature — vie juridique — travail ; Ware, Unternehmer Kapital ; denrées, capital d’entrepreneur ;
Landwirtschaft verteuernde Tendenz : Agriculture – Tendance à faire monter les prix; Wirtschaftsleben: vie de l’économie; Industrie – verbilligende Tendenz: Industrie — Tendance à faire baisser les prix.

Dans la 7ème conférence, Rudolf Steiner élargit cette circulation autour d’un aspect supplémentaire ; si l’esprit qui organise reçoit un capital en prêt, il achète avec cela des marchandises. Mais ces marchandises ne servent pas la consommation, au contraire, dans sa main, elles deviennent des moyens de production. Une chose devient une marchandise, « seulement dans la main du commerçant, du marchand, qui la propose et ne l’utilise pas lui-même. » ( 24 ) Dans la main du consommateur, la marchandise devient un bien de consommation, dans la main de l’esprit elle devient un moyen de production. À ce point, un contre-mouvement au mouvement originellement indiqué prend ainsi naissance qui mène de la marchandise (à savoir, de la nature, qui est rendue consommable par le travail) à l’esprit. L’esprit fait de la marchandise un moyen de production et le met à nouveau à la disposition du travail. Par cela, la production de fabrications différenciées devient possible. Le moyen de production devient un capital d’entrepreneur. Rudolf Steiner détermine donc ici conceptuellement comme capital d’entrepreneur non pas la possession du moyen de production, mais au contraire, l’entreprise produisant réellement qui fabrique des denrées pour des besoins existant concrètement.

Plus la formation de capital d’entrepreneur est possible, d’autant plus fortement s’industrialise la vie économique. Le mouvement contraire, qui débouche dans la formation de capital d’entrepreneur, se poursuit, s’il n’est pas limité, toujours plus loin pour aller s’accumuler jusque dans le pôle nature. Ce mouvement veut industrialiser tous les domaines de vie y compris l’agriculture. Mais c’est ce roulement continuel est purement et simplement un effet de la « vie spirituelle nomade » , laquelle ne veut pas se lier à la Terre. Plus la vie spirituelle insiste unilatéralement sur son pôle organisant, davantage cette tendance s’imposera. Par contre, plus la vie de l’esprit crée de l’espace pour la formation de l’esprit structurant, davantage elle parviendra fortement à maintenir l’agriculture et l’industrie dans un équilibre sain. L’image de Rudolf Steiner de cette circulation se laisse donc amener en relation aux trois membres de l'organisme social et élargir comme suit : la vie de l’esprit est en effet libre là où elle agit de manière prépondérante en structurant. Là elle n’engendre aucune marchandise et dans cette mesure, elle est renvoyée au don. Là où elle agit de manière prépondérante en organisant, elle met les facultés individuelles au service de la production de marchandises. La division du travail s’accélérant cela mène à la formation de capital et cela fait diminuer le coût du processus de production. Plus la production est éloignée des processus de vie immédiats de la nature, davantage il est possible d’industrialiser les processus de fabrication. L’agriculture qui a précisément et immédiatement à faire avec ces processus de vie, doit s’opposer à cette tendance à la modération du coût. Elle le peut seulement quand se développe une vie de l’esprit qui s'entend à amener un équilibre les activités organisantes et formatrices. L’agriculteur est justement pas purement un organisateur de la nature, mais avant tout aussi, un formateur. L’espace pour ce genre d’activité, il ne peut l’obtenir que s’il peut générer une rente d’un manière correcte par la vente de ses productions. Cette rente est ici le pendant au don sur le côté purement spirituel. La viser n’est possible que si a lieu un travail en associations, dans lesquelles les évolutions de prix seront discutées en commun et corrigées par des modifications conscientes des conditions extérieures.
Du côté du droit, par contre, des effets menacent sans cesse de sortir falsifiant les prix. Des encaissement de rentes peuvent en prendre naissance du fait que certains groupes déterminés de personnes sont favorisés par les circonstances du droit. Ceci est même possible lors d’une réorganisation du droit de propriété de la manière pensée ici. Quand bien même les droits de propriété ne sont pas négociables, l'agriculteur qui produit sur un sol particulièrement fertile, est avantagé sur celui qui doit gérer sur un sol ingrat. Une économie associative saine observera de telles circonstances et recherchera des possibilités de ré-équilibrage. Ainsi serait-il pensable que le fournisseur d’eau régional n’achetât plus de terrains, pour les affermer ensuite aux agriculteurs avec des dispositions d’exploitations particulières, mais au contraire que les surfaces d’utilité agricole, qui seront rendues invendables par la vie juridique, soient placées sous la gestion d’une « corporation » [Korporation] ( f ) de la vie de l’esprit, dans laquelle sont réunis ensemble agriculteurs, fournisseurs d’eau et d’autres producteurs primaires de la région. Cette « corporation » transmettrait la propriété des surfaces de terre, contre une redevance annuelle, à l’utilisateur correspondant (agriculteur, forestier, etc.) La hauteur de la redevance s’orienterait selon la capacité de récolte du sol. Mais lorsque des situations défavorables devraient être gérées pour des raisons de soins à apporter aux paysages, cette redevance pourrait même devenir négative, c’est-à-dire, que le l'agriculteur obtient un payement de compensation pour les soins qu’il devra y apporter. L’ensemble pourrait être organisé de manière telle que se compensent complètement recettes et dépenses, jusqu’aux sommes nécessaires aux frais administratifs de ces « corporations ». Dans cette acception, vie de l’esprit et vie économique doivent ici collaborer de la manière la plus étroite.
Les associations [Assoziationen] ( f ) sont les organes de la vie de l'économie, car là il s’agit de juger les processus de marchandises et les formations de revenu qui y sont liés. Elles agissent sur le prix, en ce qu'elles orientent le travail. En ce qu'elles rendent possible que plus d’êtres humains travaillent dans l’agriculture, elles en viendraient nécessairement à faire renchérir les prix des produits agricoles. Mais ces « prix plus chers » seront des prix corrects. ( 25 ) En effet ultime, les prix corrects rendraient cependant l’ensemble de l’économie du peuple moins chère, car les besoins humains seront satisfaits conformément à la chose.
Les « Corporations » [Korporations] ( g ) sont des organes de la vie de l’esprit, car celles-ci ont la tâche de pourvoir les êtres humains en capital et sol de sorte que ceux-ci puissent mettre leurs facultés individuelles au service de la communauté. La vie juridique intervient partout où la collaboration de la vie de l’esprit et de la vie économique ne réussit pas encore. Car alors des besoins de protection prennent naissance qui rendent nécessaire d'établir des limites, lesquelles doivent être protégées le cas échéant par le pouvoir étatique.
Die Drei, n°11/2014.
(Traduction Daniel Kmiecik)

 

Notes de l'auteur :

( 0 ) - Original allemand : http://diedrei.org/tl_files/hefte/2014/Heft10_2014/Eisenhut-DD_1410.pdf
version française en ligne : www.triarticulation.fr/Institut/FG/Articles/SE11.html

( 1 ) - Dans la série « Au sujet du Cours d’économie nationale» les points de vue économiques de Rudolf Steiner ont été développés sur 14 conférences, données en 1922, et mis en relation avec les problèmes économiques actuels. Les diverses contributions peuvent être étudiées indépendamment les unes des autres et au besoin approfondies par les précédentes. Il s’agit ici d’une seconde contribution au sujet de la 7ème conférence tirée du Cours d’économie nationale de Rudolf Steiner (1922 ; GA 340), Dornach 2002 (dans ce qui suit CEN)
( 2 ) - Le service fédéral des statistiques parle même de 191 millions de mètres-cubes pour l’année 2011. On en ferait alors un train dont la longueur ferait deux fois le tour de la Terre.
( 3 ) - Ces lisiers sont en outre aussi chargés d’une haute teneur en médicaments lesquels ont été prescrits dans ces élevages intensifs. Dans cette mesure ils ne sont donc plus à caractériser comme formant une fumure, mais plutôt comme des déchets toxiques. À partir du fumier d’un élevage animal mené en conformité et dans le respect des besoins de son espèce, on peut par contre obtenir, au moyen du compostage [par des préparations bio-dynamiques adéquates et dans un temps minimum de 9 mois, ndtDK], une fumure excellente renfermant les substances encourageront la vie des organismes du sol qui pourra ainsi être parfaitement assimilées par les plantes.
( 4 ) - Toujours est-il que la Commission européenne a introduit une procédure à l’encontre du gouvernement allemand, parce qu’il n’entreprend rien contre l’empoisonnement des sources d’eau potable.
( 5 ) - Toutes ces déclarations ont été reprises jusqu’ici de l’article de Fritz Vorholz : L’eau devient mauvaise, dans : Die Zeit, n°37, 4 septembre 2014, p.24 (économie).
(6 ) - Voir Stephan Eisenhut : Les facteurs de sérénité, travail capital et sol, dans le processus d’économie de peuple dans Die Drei, n°5/2014, pp.21 et suiv. [ lien ]
( 7 ) - Voir à l’endroit cité précédemment aux pp.33 et suiv.
( 8 ) - Hansjörg Küster, dans son ouvrage : Histoire de la forêt : des temps primitifs à maintenant (Munich 2003, p.76), parle dans le même sens de l’opposition entre peuples d’agriculteurs et « peuples des forêts qui vivaient de la chasse ».
( 9 ) - Voir : http://de;wikipedia.org/wiki/Reitervölker, Chapitre : Opposition à la culture agricole (état au 4.9.2014).
( 10 ) - Rudolf Steiner : Comment agit-on pour l’impulsion de la Dreigliederung de l’organisme social ? (1921 ; GA 338), Dornach 1986, pp.172 et suiv.
( 11 ) - CEN : p.101 : «Mais maintenant il existe dans le processus d’économie de peuple… une tendance propre à produire une rente foncière, dans une certaine mesure de tendre soi-même à cela, se soumettre à cette contrainte, de payer plus cher l’agriculture que l'autre. Cette tendance existe lorsque la division du travail est disponible
( 12 )- CEN p.55.
( 13 ) - Rudolf Steiner ne parle pas directement d’entreprises industrielles, mais de telles qui collectionnent beaucoup de capital d’entrepreneur dans lesquelles alors la libre volonté pourrait ensuite jouer. Voir à ce sujet CEN, p.105.

( 14 ) - Voir à ce sujet mes exposés : La circulation de l’argent de payer, prêter et donner et la question de l’équité sociale, dans Die Drei, n°11/2013, pp.51 et suiv. en particulier aux pages 61 et suiv. [ lien ]
( 15 )- Calcul personnel à partir des données du bureau fédéral des statistiques ; communiqué de presse du 1er septembre 2014 — 306/14, p.7 Production brute selon les secteurs économiques.
( 16 ) - En production primaire, sont aussi classifiées la pêche, la chasse et l’exploitation forestière. Dans une acception plus large, l’approvisionnement en eau [potable, en particulier, mais aussi d’arrosage agricole terriblement polluante aussi, ndtDK] fait partie de la production primaire , tout autant l'approvisionnement en matières premières par l'extraction minière.
( 17 ) - Voir Rudolf Steiner : Séminaire d’économie nationale (1922 ; GA 341), Dornach 1973, p.72 (dans ce qui suit SEN).
( 18 ) - Voir Rudolf Steiner : SEN (1922 ; GA 341), Dornach 1973, p.72.
( 19 ) - Voir http://www.bauern-verband.de/12-jahrhundert-vergleich
( 20 ) - SEN, p.45.

( 21 ) – Dans un document de prise de position de l’Alliance Agraire e.V. seront formulés d’une manière pertinente les objectifs d’une agriculture paysanne. Elle y est à comprendre comme un pôle s’opposant directement à la production agro-industrielle , « … ce par quoi l’industrie agraire est plus que, par exemple, un élevage du bétail en masse. c'est un principe économique, politique et culturel, qui appartient à l’extrême division du travail, la réduction des emplois et la rationalisation intensive du capital. « Le but de l’agriculture paysanne est au contraire de protéger, de maintenir et de développer « les bases naturelles de la vie et la fonctionnalité écologique des paysages ». Voir Alliance Agraire : Leitbild Bäuerlicher Landwirtschaft, http://www.kasseler-institut.org/fileadmin/kasins/Pospap_AB_B_uerlich.pdf
( 22 ) - Voir Stephan Eisenhut : « Consommation de capital, création d’argent et formation d’associations économiques, dans : Die Drei, 1/2012, pp.37 et suiv. [ lien ]
( 23 ) - Voir Stephan Eisenhut : La circulation de l’argent de payer, prêter et donner et la question de l’équité sociale, dans Die Drei, n°11/2013, pp.51 et suiv. en particulier aux pages 61 et suiv. [lien ]
( 24 ) – CEN p.108
( 25 ) - Les commentaires suivants, tirés du CEN font allusion à une correction du rapport entre industrie et agriculture  : «Mais quand on procéderait ainsi à un bilan d’ensemble d'un domaine économique, qu'on balancerait mutuellement l’agriculture avec l’industrie, alors il s'en établirait que sous les rapports actuels [1922 !, ndtDK] quelque chose d’essentiel afflue de l’agriculture dans l’industrie, simplement par des voies souterraines. Mais quand, sous le système associatif, exactement autant ainsi beaucoup ou à peut près au moins autant de travailleurs travailleraient dans une branche que les prix le permettent, alors nous aurions un tout autre partage entre ville et campagne. On sous estime ce que cela signifierait quand serait mis en œuvre le système associatif. » SEN, p.45.

 

Notes de Daniel Kmiècik

( a ) - On retrouve des traces de ces conflits dans les romans champêtres de George Sand, en particulier dans Les Maîtres sonneurs.

( b ) - Tout particulièrement le vin, n’oublions pas qu’il servait à se préserver contre les méfaits d’une eau contaminée. Maintenant encore, le vin est une denrée très demandée, spécialement s’il est « bio-dynamique » : il suffit de se rendre aux réunions du groupe d’études anthroposophiques de Valenciennes pour le constater.

( c ) - C’était particulièrement vrai lorsque les frontières existaient avec des droits de douane élevés. Mais actuellement, ce seraient les produits agricoles de l’étranger qui seraient dans ce cas importés à la rescousse pour empêcher la montée des prix des produits agricoles intérieurs.

( d ) - Le jardinier aussi, dans une moindre mesure, car il n’assure pas son approvisionnement annuel, mais une grande part de celui-ci. En temps de guerre conventionnelle, c’est une possibilité de survie non négligeable que d’avoir un jardin et d’assurer une part de sa subsistance et celle de sa famille : celle de ma grand-mère n’a pas souffert de la faim à la dernière guerre pour cette raison.

( e ) - Ce schéma fait immédiatement penser, au biochimiste que j’ai été et que je reste, aux cycles métaboliques des substances qui se localisent dans le foie (par exemple le cycle de Krebs dans les mitochondries) ! C’est là aussi pour moi, une confirmation supplémentaire de l’immense cohérence du penser de Rudolf Steiner, car c’est dans cette région de fonctionnalité de l’organisme humain, celle du métabolisme-membres et échanges que réside le spirituel et surtout celui directement en prise avec l’organisation-Je, dont la localisation ne relève pas d’un penser spatial.

( f ) - Manifestement ici et comme pour le terme allemand « Assoziation », il faut faire très attention à ces structures désignées par des termes que l’on connaît en France depuis longtemps (le Moyen-Âge pour « corporation » et la loi de 1901 pour l’Association du même nom sans but lucratif ou l’ASBL en Belgique) dans de tout autres circonstances que celles de la Dreigliederung, sont à « prendre avec des pincettes ». Chacun dans ce cas, est bien entendu renvoyé à attendre que la Dreigliederung soit mise en place pour se faire une idée de ces types associatif ou corporatif délibératoires qui sont totalement encore inexistants.

( g ) - Bien entendu — et cela l’actualité très immédiate le démontre parfaitement en se samedi 11 octobre — par un État plus fort et plus décidé que l’actuel, en France, où il vient de renoncer à une mesure de taxation des poids lourds qui démolissent et polluent. Bien sûr je ne suis pas dupe, cette taxe, nous aurions tous fini par la payer mais au lieu de cela, c’est bel et bien la santé de nos enfants et petits-enfants qui va la payer ! On dira après cela qu’on n’en arrive pas encore à la Fin des Temps : mais nous sommes au bord du gouffre, de fait, et on peut faire confiance à nos dirigeants, car l’année prochaine ils nous feront faire un « grand bond » en avant !