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Institut pour une triarticulation sociale
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Autogestion collégiale et triarticulation

Johannes Mosmann (2/2015)
 

Traduction F. G. v2 au 03/11/2015, original allemand
 

Que comprenait exactement Rudolf Steiner, sous une institution « libre »?

Remaniement d’une conférence pour la réunion régionale annuelle des éducateurs Waldorf hambourgeois du 07/02/2015 à l’École Rudolf Steiner Hambourg-Altona.


Très chers participants,

Quand on regarde sans prévention vers les conditions sociales du présent, et reste en cela tout à fait général, sans prendre parti pour aucune des forces se disputant, on peut cependant établir tant : la vie sociale se désagrège actuellement dans un pêle-mêle, dans un chaos de forces se combattant. Avec horreur, nous voyons comment en Ukraine, des groupes de peuples se combattent sur le sol européen. Dans le sud, en Grèce, en Espagne, peut-être bientôt aussi en Italie, nous voyons s'effondrer les conditions économiques, laissant s’appauvrir de larges parties de la population. Dans de larges cercles sera discuté de savoir si ces pays devraient absolument encore appartenir à l’Union européenne. Il y a quelques années encore, on aurait tenu de tels contextes pour impensables. Et on pourrait aligner ainsi exemples après exemples.

Beaucoup d’êtres humains commencent à se douter que c’est juste le début, que ce que nous avons connu au cours des dernières décennies, est d’abord l’éclair de chaleur d’une catastrophe sociale vers laquelle nous allons. De jeunes allemands, anglais et français voyagent jusqu’en Syrie pour combattre là bénévolement « l’ordre démocratique libre » de l’Occident. Et les adeptes de « l’ordre démocratique libre » n’ont encore pas du tout réalisés ce qui se passe. Là sera toujours encore discuté sur l’Islam, cela n’a pas la moindre chose à faire avec une religion. Chez Oussama Ben Laden on pouvait encore voir avec un certain droit un rapport à la religion, bien qu’aussi cela ne collait en fait plus, mais ici, parle vraiment quelque chose d’autre, ce pour quoi l’islam n’est qu’un masque. Là est la voix d’êtres humains qui ont absolument été socialisés dans l’Ouest, même s'ils ne sont pas tous spécialement venus de l’ouest, mais qui sont aussi des pensionnaires de la culture du monde occidental. Et ceux qui sont entrés spécialement dans la guerre, peut-être juste par ce qu’ils étaient venus souvent comme des migrants vers l’Europe, ont appris à connaître concrètement le système européen comme maints résidents de longue date. Ils ne pouvaient évidemment rien trouver, qui les satisfasse, au contraire, l’ordre libéral était juste assez bon pour laisser devenir une sombre, mais véritable source de force, la haine de ces jeunes êtres humains pour tout individuel, toute liberté. Ici ne parle justement pas un contenu culturel déterminé, une religion, mais ici parle le rejet de toute culture, le rejet de l’être humain en tant que tel.

C’est un côté. L’autre côté est la question de la réaction, la question de savoir comment nous pouvons nous placer aux exigences de notre temps. Et là, il y a aussi de nouveau les camps les plus différents. La forme la plus grossière, la plus maladroite de la réaction consiste à chercher une tête de Turc, le mauvais qui a à répondre de tout cela, et dont on a par conséquent seulement besoin de se débarrasser. Là nous voyons, par exemple, en Grèce et en Espagne, comment là sera fabriqué une unité nationale en particulier sur la base de la haine contre l’Allemagne. Peut être avez-vous suivi cela, là sera donc entre temps polémiqué contre l’«empire Merkel » tout à fait ouvertement dans la lutte électorale. La même chose aussi naturellement en Allemagne, en finir avec les Grecs en faillite, sortir de l’euro. Ou pensez à Pegida. Donc, d’un côté seront éveillés de vieux fantômes qu'on a cru surmontés depuis longtemps. Mais alors, il y a aussi de plus en plus d’êtres humains qui pensent plus avant et se disent : il n’y a pas du tout de personne coupable ou de peuple coupable. Chacun de nous est coupable, je suis aussi coupable parce que nous sommes tous insérés dans les conditions et les co-façonnons. Mais il nous manque une idée de la façon dont nous pouvons façonner notre vivre ensemble de façon humaine et digne. Et on cherche après des idées, qui ne comportent pas seulement l’intérêt personnel ou ce qui est à la mesure du peuple, mais peuvent embrasser l’être humain en tant que tel. C’est aussi un phénomène du temps. De plus en plus d’êtres humains ne pensent même pas de manière raciste ou nationaliste, mais sont de plus en plus à la recherche de quelque chose de généralement humain, quelque chose de social que vraiment tout le monde pense. Et je voudrais maintenant conduire votre attention là-dessus, parce qu’on reconnaît souvent mieux l’erreur lorsqu’on l’observe là où est aussi une vérité, là où quelque chose de beau et de bon veut œuvrer. Quand tout de suite on examine plus exactement ce courant social vraiment du présent, on découvre qu’il partage, certes non dans la pensée, mais dans la pratique, quelque chose avec le nationalisme qu’il coïncide même au point décisif avec l’essence du nationalisme.

Nous pouvons remarquer cela quand, nous regardons à nouveau tout à fait extérieurement vers les initiatives sociales du présent les décrivant seulement. Cela ne joue aucun rôle si vous pensez là au revenu de base inconditionnel, ou à Attac, ou à quoi que ce soit d’autre, car tout activisme social du présent a une chose en commun. Comment procédons-nous aujourd’hui en tant qu’être humain pensant socialement ? Eh bien, tout d’abord l’idéalisme rassemble un groupe de personnes qui ont justement le même idéalisme. On se rencontre, fonde peut-être une association, et alors on pense ensemble. On se pense quelque chose sur la vie en commun de l’être humain, une idée sociale. Comme je l’ai dit, cela m’est égal à quoi vous pensez, vous pouvez prendre le revenu de base, la taxe sur les transactions financières, ou la tri-articulation sociale. Il ne s’agit maintenant pas du contenu, mais du processus. Donc, on pense quelque chose, et alors on a pour résultat une idée qu’on tient pour une idée sociale. Mais de cela on n’a donc pas encore beaucoup, cela n’existe donc que dans la tête. Alors maintenant, ce qu’on a là dans la tête, en outre que c’est dans la tête, doit aussi être une réalité. Mais qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie que l’idée doit sortir de la tête et en quelque sorte être ici entre nous dans l’espace, et d'ailleurs ainsi que l’action de l’individu, aussi loin qu’il agit socialement, nous pouvons la penser mise en mouvement par l’idée. L’idée se poursuit alors, dans une certaine mesure, dans l’action de l’individu, de sorte que nous pouvons dire aussi que l’action a été l’effet de l’idée. Et comment fait-on cela? On doit « introduire » l’idée. Mais qu’est-ce que cela signifie vraiment « introduire » une idée ? Cela signifie que l’on porte l’idée à celui qui a le monopole du pouvoir, donc à l’Etat. Ce dernier doit représenter cette idée. Alors peut en effet être récompensé celui qui agit dans le sens de cette idée, et être punis celui qui agit contre. Pour cela, l’État doit aussi naturellement interpréter l’idée. Alors il y va et récompense celui qui agit dans le sens de l’idée, et punit celui qui agit dans un autre sens. Cela signifie que le membre/l'élément de liaison d’être humain à être humain, ce qui socialise, c’est la contrainte, la violence physique. C'est alors la « réalité » de ce qu’on avait en tête comme idéalisme social. L’idée devient réalité sociale en ce qu’elle se transforme en son contraire, qu’elle nie l’individu. Je ne veux pas théoriser là-dessus maintenant, si la contrainte a aussi parfois du bon, mais je voulais vous rendre attentif que toute pensée sociale à l’instant où elle devient réalité, se transforme en son contraire. Et contre cela, l’être humain doit se défendre, contre cela, il doit se révolter. Les Verts l’ont en effet vécu quand ils ont voulu introduire leur journée végétarienne. Ce fut un désastre de relations publiques, non pas parce que le végétarisme est une mauvaise chose, mais parce que les gens aimeraient ne pas avoir à accepter les idées lorsqu’elles se lient au monopole du pouvoir. C’est un exemple inoffensif pour ce qui se passe fondamentalement en ce moment. Le plus souvent, cela ne se passe pas du tout encore consciemment. Aussi, là où les êtres humains semblent apparemment faire avec les idées, se développe quelque chose qui résiste à la coercition, qui ensuite s’oriente inconsciemment contre la bonne idée, jusqu’à ce que ça éclate n'importe quand. Qui a un œil pour cela peut maintenant percevoir cela partout, dans les nuances, dans la coloration des pensées. Réfléchissez une fois à ce que cela signifie. Cela signifie qu'immédiatement qu'on apporte parmi le peuple les idéaux les plus élevés de l’humanité, d’une manière telle que ces idéaux doivent tirer la haine sur eux, alors on commet le plus terrible à ces idéaux de l’humanité.

Nous devons examiner ces rapports si nous voulons parler sur ce que Rudolf Steiner ambitionnait comme « autogestion », ce qu’il considérait comme formant communauté pour les écoles, les jardins d’enfants, oui pour chaque institution de la vie de culture et de formation, de sorte que cela devait se décliner vraiment aussi dans la structure administrative entièrement extérieure. Il ne s’agit en fait pas d’introduire n'importe où quelque chose, ni dans l’État, ni dans l’entreprise, ni ailleurs. La tri-articulation sociale n’est pas une idée en ce sens qu’on pourrait en quelque sorte « appliquer » ou « introduire ». On peut même prétendre : elle n’est absolument pas une idée. Bien plus, l’impulsion sociale de Rudolf Steiner se place exactement au point que je viens de caractériser, à savoir le rapport entre idée et réalité. Et il dit : on ne peut aujourd’hui plus partir d’idées, quand on veut vraiment atteindre quelque chose. On ne peut absolument pas agir socialement par des idées. Il dit cela à diverses reprises, et il dit cela même dans les premières phrases de son œuvre principale en science sociale, dans les Points germinatifsde la question sociale. Ainsi, commence le livre. Je lis :

« Les tâches, que fixe la vie sociale du présent, doit méconnaître celui qui les aborde avec la pensée d'une quelque utopie. De certaines façons de voir et sentiments on peut avoir la foi que telle ou telle institution que l’on s’est préparée dans ses idées, devrait rendre les êtres humains heureux ; cette croyance peut se charger d’un grandiose pouvoir de persuasion; on peut donc pleinement passer à côté de ce que signifie actuellement la « question sociale » quand on veut faire valoir une telle croyance. On peut aujourd’hui pousser cette affirmation de la façon suivante jusque dans l'apparemment absurde, et on atteindra quand même le correct. On peut supposer que n’importe qui serait en possession d’une «  solution » théorique parfaite de la question sociale, et il pourrait cependant croire quelque chose d’assez peu pratique quand il voudrait offrir à l’humanité cette « solution » pensée par lui. Car nous ne vivons plus dans le temps dans lequel on devrait croire pouvoir agir de cette manière dans la vie publique. La constitution d’âme de l’être humain n’est pas ainsi que vous pourriez dire une fois quelque peu pour la vie publique : là se tient un qui comprend quelles institutions sociales sont nécessaires ; ainsi nous voulons le faire comme il le pense. Les êtres humains ne veulent pas du tout laisser venir à eux des idées sur la vie sociale de cette manière ».

« Les êtres humains ne veulent plus du tout laisser venir à eux des idées sur la vie sociale de cette manière ». - Mais maintenant, ce sont là les premières phrases d’un livre. Alors vient encore tout le livre dans lequel Rudolf Steiner développe, décrit exactement, l’idée de la tri-articulation sociale, quoi et comment devrait être institué, cela sonne même en partie tout à fait utopique, quand il écrit par ex.au futur, quand il explique ce qui de quelle manière changera à l’avenir, dès que ceci ou cela serait institué, ainsi et ainsi. N’est-ce pas une contradiction vis-à-vis de soi-même ? Cela est encore un paradoxe, il contredit donc avec le livre, les premières phrases de ce livre, ne trouvez-vous pas ? Donc, soit Rudolf Steiner a écrit ces premières phrases dans un accès d’idiotie, ou bien tout le reste du livre n’est pas du tout idée dans le sens où nous nous représentons cela. Je vois là ces deux options.

Je voulais placer ce paradoxe devant vous pour commencer, et nous voulons voir ensemble, s’il se résout au cours de la conférence. Quoi qu’il en soit, si nous ne prenons que la déclaration que les idées, même si elles sont la solution parfaite, seront quand même rejetées par les êtres humains, alors nous devons admettre : cette déclaration devient toujours plus vraie, plus nous allons au-devant de l’avenir. Mais elle devient aussi toujours plus non-vraie, plus nous regardons en arrière dans le passé. Retournons à des sociétés anciennes, aux anciennes civilisations évoluées, là nous trouvons un tout autre rapport de l’individu à l’idée. Souvenons-nous brièvement de l’Égypte ancienne pour avoir une comparaison. Comment étaient les conditions ? Là, le Pharaon se tenait devant. Je dis « devant », parce qu’il ne se tenait pas seulement en haut, mais parce que derrière lui se tenaient aussi les prêtres. Le pharaon était déjà plus terrestre, il était déjà la transmission à la vie extérieure pour ce qui se tenait derrière lui de sagesse du temple. Derrière lui se tenaient les initiés du temple. Et maintenant on peut donc demander, sous le point de vue entièrement extérieur de la science ordinaire : dans l’Égypte ancienne qu’était alors la vie de l’esprit, qu’était la vie de droit, et qu’était la vie de l’économie?

Eh bien, la vie de l'esprit, et tout ce qui va avec, et notamment aussi la formation, cela se façonnait de sorte que le Pharaon envoyait ses fonctionnaires, ils allaient dans les maisons et déterminaient certains enfants qui étaient destinés à une formation supérieure. Le système de formation était dans la main du Pharaon; le temple décidait qui devait devenir quoi dans la vie. Ce n’était pas comme aujourd’hui, que là l'un voudrait être ceci, les autres cela, et chacun aspire à la réalisation de soi. Et la vie de droit ? Qu’était le droit dans l’Égypte ancienne? Eh bien, le droit était juste ce que le Pharaon fixait. Le droit était la parole du Pharaon. La vie de droit a coïncidé avec l’esprit d’un être humain ; le Pharaon, un être humain était lui-même le droit. Et la vie de l’économie, qu’était la vie de l’économie dans l’Égypte ancienne? Cela est maintenant, extraordinairement intéressant. Naturellement, les êtres humains travaillaient aussi à l’époque. Mais les bénéfices de leur travail, ils n’étaient pas quelque peu échangés, mais le pharaon les recueillait, et les redistribuait de nouveau. Et parce que le Pharaon les distribuait de nouveau, le Pharaon définissait où se formait un revenu, dans quelle mesure pouvait donc être produit dans une branche, dans quelle mesure dans une autre. Il y avait aussi dans leur début des affaires de troc, plus tard même un début d'argent, mais tout de suite ici se prouve ce que je disais justement. Le rapport dans lequel une marchandise était échangée contre une autre, le prix donc, ce prix n’apparaissait pas en effet entre les êtres humains, mais le temple le définissait. Le Pharaon définissait les rapports mutuels des marchandises. Cela signifie que la vie de l’économie reposait en tout cas complètement dans la main du Pharaon.

La vie de l’esprit, la vie de droit et la vie de l’économie, étaient dans une certaine mesure jointes l’une dans l’autre dans les anciennes civilisations évoluées, coïncidaient en une seule. L’esprit de Pharaon était vie de l’esprit, vie de droit et vie de l’économie en même temps. Cela signifie que la forme de société des anciennes civilisations évoluées, c’était l’État unitaire. Tout cela était un. Maintenant, vous direz peut-être : Un tel État unitaire est une terrible oppression. Là, les gens doivent avoir terriblement souffert sous le Pharaon, ont dû se sentir terriblement opprimés. C’est cependant, un jugement fallacieux. On ne peut tout simplement pas prendre l’être humain d’aujourd’hui et se le penser replacé dans les temps anciens, mais on doit prendre l’être humain comme il était alors. Et pour les êtres humains de cette époque l’État unitaire n’a pas été une contrainte. En effet pour pouvoir vivre l’État unitaire comme contrainte, doit être là quelque chose qui s’oppose à ce qui vient des temples.


 Là, la voix doit parler à partir de l’être humain individuel : je ne peux pas du tout reconnaître comme esprit ce qui vient à moi du dehors, car l’Esprit parle en moi-même. Je veux me former moi-même, comme il me convient, je suis mon propre maître.

Mais cette voix n'était autrefois pas disponible, au moins pour la large masse. L’individu était organisé tout autrement qu’aujourd’hui. Ce qu’il vivait dans son intérieur, ce qu’il avait là-dedans comme sa propre vie de l’âme, cela n’était pas du tout séparé de ce qui dehors formait la vie sociale. Intérieurement l’individu vivait avec ce qui se passait dans la communauté. Et, en ce qu’il se savait relié avec le Pharaon, avec les temples, il se savait en même temps lié à l’esprit qui, donnait sens, oui, justification, à sa propre vie. Il n’y avait pas encore cette cloison de séparation entre le vécu individuel et le processus social. Là, les idées œuvraient absolument encore extérieurement.

Aujourd’hui cela s'est radicalement modifié. Pris exactement, les conditions se sont même retournées, ce qui était dedans, est venu vers dehors, et ce qui avant a été dehors est devenu monde intérieur. Là a vraiment eu lieu un retournement dans le cours du développement humain. Si nous voulons fixer la date de ce retournement historiquement, alors nous devons regarder dans les 15ᵉ, 16ᵉ siècles. Du moins c’est la date à laquelle cette inversion se produit pour la plus grande partie de la population. De manière grandiose, avec le tournant copernicien, l’histoire a placé devant nos yeux ce retournement de l’organisation spirituelle de l’être humain. Jusque-là, les êtres humains regardaient la terre ainsi et se disaient : la Terre est le centre de l’univers. Le soleil, les planètes, ce qui se montre au ciel, cela tourne autour de la terre. La terre est insérée dans le devenir cosmique, elle est la scène de ce qui agit à partir du cosmos. L’être humain est inséré dans l’ordre divin, il vit dans une certaine mesure en Dieu. Alors vient Copernic, et retourne cela. Il dit : Non, le soleil est le centre, et la terre seulement une planète qui orbite autour du soleil. Que cela nous apparaît autrement, repose seulement dans la perspective. Cela devient maintenant en perspective, l’espace devient en perspective, et construit à partir de l’observateur. Chacun a un rapport au soleil, mais de son propre point de vue. L’être humain ne repose pas en Dieu, mais Dieu repose dans l’être humain. L’être humain comme être humain dispose d’une étincelle divine, et nous voyons donc comment cela se jette alors dans le siècle des Lumières : en chaque être humain vit le divin, chaque être humain est doté de raison par nature, non pas en vertu de son être-lié à une autorité, mais simplement comme être humain.

L’être humain se retrouve maintenant dans un conflit avec les institutions de la vie sociale. Et Rudolf Steiner oriente l’attention sur ce conflit. Pourquoi dans une époque plus récente, l’être humain se retrouve-t-il en effet de plus en plus en conflit avec les institutions de la vie sociale, pourquoi plus nous arrivons dans le temps présent, s’alignent révolutions après révolutions ? Parce que les institutions sociales, qui aujourd’hui régissent nos relations mutuelles sont les vestiges de ces anciennes civilisations évoluées. Elles ne comptent pas avec le retournement, elles ne sont pas du tout venues de l’être humain d’aujourd’hui, mais elles construisent sur un type d’être humain qui n’existe plus. Si nous voulons comprendre ce qu’est notre droit de propriété, alors nous devons retourner à la Rome antique, si nous voulons comprendre ce qu’est l’appareil des fonctionnaires, ce qu’est l’UE (NDT :union économique européenne), nous devons même voyager encore plus loin, en fin de compte, même en l’ ancienne Égypte.

Je pourrais vous montrer cela très facilement à de nombreux phénomènes de la vie sociale, mais je veux de nouveau prendre quelque chose à quoi on ne pense pas tout de suite, qui nous est peut-être même sympathique, parce que je pense justement qu’on comprend mieux le faux là où est aussi ce qui est correct. Je pense donc à la personne juridique, la SàRL, l’association, etc. L’association est donc une personne juridique et tout ce qui concerne l’associatif est très sympathique à beaucoup d’êtres humains. Si nous voulons comprendre le droit d’association, nous devons d’abord revenir aux 17ᵉ, 18ᵉ siècles. Là se forme l’idée d’une réunion des personnes au sens d’une communauté libre. Cela sonne encore dans le droit naturel, mais vit en fait plus dans un courant, qui était situé avant le droit allemand et le droit naturel, qui remonte jusqu'à la mystique allemande du Moyen Âge. On se représentait en effet, sous une association de personnes, quelque chose qu’on trouverait aujourd’hui complètement fou. On était en effet de l’avis qu’entre des êtres humains qui s'assemblaient librement en chose commune, se formait, ce qui n’était maintenant pas une idée abstraite, mais un véritable être spirituel. Dans la libre interaction des êtres humains s'abaissait quelque chose dans la communauté, qui n’était pas seulement la somme des individualités, mais était une troisième chose, un véritable être spirituel, une « Persona Mystica ». Mais cet être coulait de la libre volonté de êtres humains rassemblés, et disparaissait dès que ces êtres humains se séparaient. Il n’était pas neutre vis-à-vis des individualités concrètes, et ne pouvait donc de ce fait pas être conservé.

Comment les membres formaient leurs relations mutuelles, comment ils s’administraient, cela était tout à fait libre, et se donnait justement de la nature de cet être. Cela se modifie alors fondamentalement. Au 19e siècle se constitua la « science pandectiste » ainsi nommée, qui était l’étude des livres de droit romain de 533 ap. J. C., qui rassemblait à nouveau un droit plus ancien pour partie pré-chrétien. Et cette science pandectiste s’attelait à interpréter la loi romaine comme elle s'était développée, et offrit alors le Code civil au peuple allemand, sur commande des propriétaires fonciers. Ici, les chercheurs pandectistes se tournèrent aussi vers la « personne mystique ». Et ils ont dit, oui, cela existe bien, ce plus élevé, mais c’est une personne juridique que nous créons par l’État. Et alors cette personne continue à vivre aussi indépendamment des personnes concrètes. Mais elle doit alors avoir telles et telles propriétés, là il doit y avoir par ex. un mode d’élection, là devra être élu un conseil d’administration, il a alors telles et telles compétences, etc. Donc, ce qui se donnait librement auparavant de la rencontre des êtres humains, cela a maintenant été prédéfinis de l’extérieur. Cela fait maintenant l’État. Et l’Etat contraint les êtres humains depuis lors à se glisser dans une des rares enveloppes, en association, SàRL, coopérative, etc. Les gens ne sont pas libres de former tel ou tel rapport dans leur coopération, mais l’Etat prédéfini les relations mutuelles, les hiérarchies. Là nous avons donc à faire à un empiètement de la vie de droit sur la vie de l’esprit. Et vous pouvez maintenant sûrement penser, comment Rudolf Steiner se situait face à cela – il revendiquait/promouvait l’abolition de la personne juridique, donc de l’association, de la SàRL, etc.


Vis-à-vis de l’État, seul l’être humain particulier pouvait seulement être un sujet de droit, de sorte que ce qui alors se formait entre les sujets de droit comme communauté spirituelle, puisse façonner parfaitement librement, repose purement sur la libre volonté des membres.

Cela seulement comme exemple pour montrer comment notre vie commune est recouverte/enveloppée des formes anciennes. Et ainsi tout ce qui détermine notre présente vie en commun ne compte pas avec la réalité. Cela rend/fait tout comme si l’être humain était encore inséré dans une idée, dans un « système », comme si quelque part là dehors était encore un temple de la sagesse, comme si cette sagesse pouvait encore venir aux êtres humains de l’extérieur. Toute la vie sociale est organisée comme s’il n’y avait jamais eu ce retournement/retroussement, comme s’il n’y avait pas de séparation entre notre vie intérieure et les processus extérieurs. Mais cela n’est plus une réalité. L’être humain est devenu un autre. Les temples ne sont plus là dehors, mais ils ont migrés dans les êtres humains. C’est un fait. Les temples ont disparus. Mais ce qui était dans les temples, cela a migré dedans. Où donc est ce qui était auparavant une unité dans les temples, qui là était plissé ensemble (NDT :comme les ailes d'un papillon dans la chrysalide en train d’éclore) comme vie de l’esprit, vie de droit, vie de l’économie ? Où est-ce aujourd’hui ?

Cela a migré dehors et est entré entre les êtres humains. Entre nous, dans la rencontre d’être humain à être humain, la vie de l’esprit trouve son origine aujourd’hui, et là trouve son origine aussi la vie de droit, et là trouve son origine aussi la vie de l’économie. Cela est tombé en dépendance de l’individualité humaine particulière, cela reçoit maintenant son empreinte par ce que les êtres humains font les uns avec les autres. Mais par cela, c’est devenu invisible. Naturellement, maints font de la tri-articulation sociale une division du monde extérieur, donc quelque chose comme ceci : l’école = vie de l’esprit, l'État = vie de droit, la banque = vie de l’économie. On peut voir cela. Mais ce n’est justement pas ainsi, mais la vie de l’esprit, la vie de l’économie et la vie de droit œuvrent ainsi ensemble que la banque extérieure se donne de leur mode de coopération. Là apparaissent trois types de processus différents entre nous êtres humains, et de la façon de leurs interactions se donne ce que nous percevons comme des phénomènes sociaux là dehors. Mais c’est invisible. Exactement aussi nécessaire en effet, sous l’influence de la conscience-Je la vie sociale devient tri-articulée, exactement aussi nécessairement ces trois membres sombrent par cela dans l’inconscient. L’éveil de la voix intérieure s’accompagne de ce qu'autour de l’être humain, cela devient muet, que l’être humain ne vit plus ce qui le relie spirituellement avec le monde, mais le monde devient pour lui maintenant un extérieur, matériel, une maya sur laquelle il voit, mais ne voit pas au travers.

C’est peut-être le plus clair dans le domaine de la vie de l’économie. Aussi, l’économie reçoit donc son empreinte par ce que nous faisons les uns avec les autres dans des relations mutuelles. Mais de cela nous ne savons rien, mais nous voyons seulement ce qui repose immédiatement en face de nous, ce que nous voulons avoir et ce que nous voulons donner pour cela. Comment cela court dans le rapport d’ensemble du monde entier, de cela nous ne savons rien, mais cela est invisible. Nous avons même expliqué cela en loi: nous disons que la « main invisible » règle le grand tout de l’économie. Vous savez peut-être que cela vient d’Adam Smith, et vous savez peut-être aussi qu’Adam Smith n’était pas quelque peu économiste, mais théologien. Il a fondé l’économie par cela qu’il a établi un dogme théologique qui a déterminé nos rapports jusqu’à aujourd’hui. D’après la lettre nous aimerions être chrétiens. Mais apparemment nous pouvons seulement penser l’Ancien Testament, le Dieu qui nous a formé à partir de l’extérieur. Nous ne savons encore rien du tout du Dieu qui est devenu être humain, mais dans la vie sociale, dans nos actions réelles, nous adorons Dieu le Père, là, dans l’Ouest, nous sommes de vrais fondamentalistes.

C’est la tâche de l’être humain moderne de renforcer ainsi sa voix intérieure, son activité spirituelle indépendante, que cet esprit dans l’homme peut de nouveau trouver un rattachement à ce qui est spirituellement actif autour de l’être humain. C'est le sens de l’idée de la tri-articulation sociale. Cette idée ne peut être introduite, mais, sur celui qui la pense, elle peut avoir un effet tel que dans l’être humain apparaissent des sensations/sentiments pour le spirituel dans le monde, dans la mesure où il provoque la vie sociale. Ces sensations, selon Rudolf Steiner, chaque éducateur devrait les éduquer au moins « instinctivement ». Car seulement quand de plus en plus de gens ressentent les trois membres de la vie sociale, ils peuvent saisir ceux-ci et les laissez coopérer ainsi qu’en résultat, l’être humain vivant d’aujourd’hui peut vraiment se manifester dans la société extérieure.

Vous connaissez quelque chose de similaire à partir de votre travail, là vous vous occupez en effet avec l’organisme naturel tri-articulé, avec le système métabolique, avec le système rythmique, avec le système neuro-sensoriel. Mais parce que vous vous mouvez à l’intérieur de ce concept d’être humain tri-articulé, vous n’allez quand même pas au jardin d’enfant, et là voulez introduire le système métabolique chez l’enfant, ou le système rythmique, ou le système nerveux! Vous ne pouvez pas introduire cela, c’est simplement là. En remuant le concept, vous formez juste l’organe pour ce qui est là. Aussi vrai que le concept a besoin de la perception, aussi vrai est aussi l’inverse – ce que vous pouvez voir dépend de vos concepts. Le concept de l’être humain tri-articulé vous rend possible une perspective de perception, et sur la base de cette perception, vous pouvez alors être actif pratiquement. Exactement comme cela est pensé l’idée de tri-articulation sociale. Elle doit rendre attentif aux trois membres de la vie sociale, comme ils sont vraiment là entre nous.

Il m’était très important d’envoyer au préalable ces pensées sur le caractère de l’idée de tri-articulation avant que je parle sur la tri-articulation elle-même. Si maintenant en effet ce qui suit, ce que je vais dire sur le tri-articulation dans le détail, vous le comprenez ainsi, comme si on pouvait sortir et diviser la société ou même le jardin d’enfant en quelque sorte selon vie de l’esprit, vie de droit et vie de l’économle, alors vous avez compris tout le contraire de ce que j’aimerais dire. Prenez donc s’il vous plaît ce que je m’apprête à dire assez radicalement, comme des suggestions pour certaines sensations - ce qui doit alors être fait dans le détail, peut être très différent du dit/de l'énoncé.

La vie de l'esprit, la vie de droit et la vie de l'économie sont ici entre nous comme une véritable formation spirituelle et de leur interaction, se montre aussi ce moment concret, le fait que nous sommes assis ici ensemble et pouvons parler entre nous. Je veux maintenant essayer de vous rendre attentif aux qualités opposées des trois processus qui se déroulent entre nous. Tout d’abord, peut-être la vie de droit. La vie de droit a en effet la particularité qu’elle dort la plupart du temps. Elle n'est la plupart du temps pas active, mais elle devient tout d’abord active quand elle sera blessée, quand je viole le droit. Pour l’amener à la conscience, je dois donc utiliser un truc en ce que maintenant je viole la loi. Pendant que je fais cela, faites s’il vous plaît attention si vous pouvez remarquer ce qui nous relie.

(Johannes Mosmann cherche un bâton et fait semblant de le lever contre un participant).

Maintenant, je ne peux donc malheureusement pas vraiment effectuer cela. Mais peut-être l’avez-vous donc malgré tout ressenti? Là nous relie quelque chose. Là vous sentez en effet quelque chose, là quelque chose monte de votre vie affective, mais de sorte que maintenant ce n’est pas très individuel, mais vous sentez tous cela de la même manière. À cet égard, vous êtes alors tous égaux. Et quand nous voulons penser cela, ce que nous sentons là, quand nous amenons cela sous forme conceptuelle, alors peut-être nous pouvons dire que « l’être humain a le droit à l’intégrité de son corps ». Car l’être humain déterminé ici devant ne pense pas cela, mais tout être humain qui serait à sa place. Cela ne dépend pas tout de suite de notre compréhension pour cet être humain, mais cela l’être humain le pense en général. Mais nous sentons cela ! Cela ne vient pas de la pensée ! (NDT : par contre d'une certaine pensée vient qu'éventuellement l'autre n'éprouverait pas cela parce qu'il ne réagit pas comme je l'attendrais de lui, ce qui n'est plus pensée « phénoménologique »)

En ce que je pense maintenant cela, j’apporte seulement sous forme conceptuelle à ce qui me donne le sentir. Aujourd’hui on a placé cela sur la tête. Aujourd’hui on croit donc pouvoir construire le droit de la tête. Mais une science du droit qui se comprend elle-même ne construit aucun droit, mais elle étudie ce qui se donne quotidiennement du sentiment de l’être humain pour l’autre dans la vie en commun, ce que dit ce sentiment à propos de la valeur générale de l’être humain. Et cela se différencie donc d’époque en époque. Vous pouvez encore avoir des têtes particulières si géniales qui s’élaborent des lois, si cela ne découle pas de la réalité actuelle de la vie affective des êtres humains, ce n'est pas la réalité, alors ce n'est pas un droit, mais un non droit. Et que là nous avons aujourd’hui de telles contrariétés, dépend essentiellement de ce qu’aujourd’hui les lois, en de nombreux cas, ne procèdent pas de la vie de droit, mais de la vie de l’esprit. On construit cela dans la tête. Mais en vérité, la base de ce qu’on construit là dans la tête, est aussi de nouveau la vie de sentiment, mais justement la vie de sentiment des Romains. C’est pourquoi on ne remarque pas qu’on n’est pas si astucieux quand on invente des lois. Et le sentiment des êtres humains est justement, que ce qui est loi aujourd’hui ne correspond pas à ce que l’être humain peut déjà sentir aujourd’hui pour l’être humain, mais que c'est quelque chose de transmis conservé, que c’est loin en arrière de l’être humain moderne, et pour cela est en réalité non-droit.

Afin que ce que nous pouvons déjà ressentir aujourd’hui de la valeur générale de l’être humain puisse devenir efficace extérieurement, afin que cela puisse se déposer dans les lois, dans les institutions qui régissent notre vie commune, pour cela il est déjà absolument nécessaire de comprendre la vie de droit. Pour ce faire, on doit par exemple, pouvoir voir au travers pourquoi la vie de droit ne peut être en aucune façon mise en relation avec le concept de liberté. Représentez-vous une fois, que vous seriez libres dans le domaine de la vie de droit. Représentez-vous que dans le moment où j’agite ici le bâton, n’aurait pas remonté avec nécessité dans tous ou au moins dans une majorité, la même impulsion, mais que vous feriez de cela une question de connaissances, vous discuteriez d’abord de ce qu'il y aurait à retenir de ce que le monsieur Mosmann à battu le monsieur ici devant. Chacun serait venu avec son avis tout personnel, mais le monsieur ici devant ne serait plus en vie. Non, là vous n’êtes pas libres, mais la monte en chacun, qu’il le veuille ou non, le même sentiment qui vous fait tous égaux, cela n'a rien à faire avec la sphère de la liberté, avec ce en quoi vous êtes différents, où vous avez vos forces individuelles.

Et ce sentiment, il conduit alors dans le fait, en effet dans la violence, de votre côté maintenant. Car vous interviendrez sûrement espérons-le, vous ne laisserez pas mourir le monsieur ici devant, espérons-le ! Oui, et moi, je suis alors pas libre un maximum, alors je suis hors de votre communauté, alors je suis très clairement en minorité. Là vous avez un véritable concept de la démocratie. De la vie des sentiments ressort quelque chose qui est commun à nous tous, qui nous fait égaux. Là la violence est aussi au bon endroit, là le monopole du pouvoir doit reposer. Le concept de liberté n’a ici rien à chercher, mais ici, seul le concept d’égalité fait sens. Et les contextes injustes du présent dépendent tout de suite du fait que nous, dans ce domaine, où la liberté ne peut pas être, devenons toujours plus libre, que là entrent opinions et jugements de connaissance au lieu du sentiment sain de justice. Mais c’est simplement un dommage organique, si nous devenons libres ici.

Le juger n’est pas une chose de la vie de droit, mais c’est une chose de la vie de l’esprit. Mais avec le juger est suspendu ensemble le critère de la vérité. Cela signifie : non seulement le concept de liberté, mais aussi le concept de la vérité n’a rien à voir avec la vie de droit. Car seulement où je juge, où je relie le sujet et l’objet, le critère de la vérité est applicable. Réfléchissez à nouveau : est-ce donc une vérité que l’homme a un droit à l’intégrité de son corps ?  C’est tout simplement hors de propos, ici, de demander après la vérité, là ce principe ne juge donc pas sur quoi que ce soit dans le monde. Ce n’est pas un jugement, mais l’expression de ce qui vit subjectivement en nous êtres humains. Cela vit dans tous, ou au moins beaucoup, de la même manière. Et quand nous prêtons cette expression subjective, quand nous faisons cela comme loi, alors c’est par là simplement devenu un fait. Mais cela ne signifie pas quoi que ce soit d’objectif là-dehors, mais nous prenons cela de (NDT à partir de) nous-mêmes. C’est pourquoi la vérité n’est absolument pas un critère à cet endroit. Mais c’est aussi pour cela seulement que le vote, la démocratie, le parlementarisme est le mode correct dans la vie de droit. Parce que ce n’est pas une vérité, nous pouvons voter dessus.

Mais maintenant, prenez une fois ce principe en comparaison et faites s’il vous plaît attention à ce qui est abordé là, en vous : « La Lisa de trois ans est perturbée dans son développement. Elle a besoin, pour se développer sainement, d’exercices selon la méthode de Monsieur Schmidt  ». Remarquez-vous, comment quelque chose de tout autre est interpellé en vous ? Comment là, vous devenez immédiatement un peu plus éveillés, parce que là votre responsabilité individuelle est interpellée ? Là nous ne coulons plus ensemble, nous allons dans la distance, là vous allez aussi dans la distance à moi. Là vous devez aller dans la distance, car là, conformément à la nature veut monter une question, à savoir la question: alors qui donc dit cela ? Qui est cet être humain, le Johannes Mosmann, qu’il peut exprimer ce jugement ? Sur quoi cela se fonde dans sa personne, dans ses facultés, dans ses expériences ? Et comment exactement s’établit le jugement, rentre-t-il par ex. une quelconque chose de personnel en jeu, une quelque chose d’émotionnel ? Qu’est-ce qui porte le jugement ?

Là nous n’avons pas à faire avec quelque chose de subjectif, qui vit dans tous de la même manière, mais là entre un sujet déterminé dans un rapport avec le monde extérieur, à un objet de connaissance, là nous avons affaire à une relation entre le sujet et l’objet. C’est maintenant un jugement. C’est un jugement de connaissance, pas un droit. Et là apparaît premièrement la possibilité de la vérité, mais aussi de l’erreur, et dans ce contexte la responsabilité vis-à-vis de l’enfant. Là nous ne pouvons plus accepter, ce qui se dépose comme commun à tous dans les pensées, mais là nous devons amener l’idée en rapport à l’individualité particulière dont cette pensée jaillit. Là nous devons poursuivre comment la pensée s’enracine dans un être humain déterminé. Là nous avons à faire avec l’être humain particulier, avec ce qui nous rend différents les uns des autres !

Et c’est pourquoi la démocratie n’est plus ici le mode correct. Nous ne pouvons pas attendre que des connaissances se hissent en nous tous de la même manière, simplement instinctivement, et nous font égaux, de sorte que c’est égal si le concierge, ou un autre, enseigne Lisa. Pour le droit c’est égal, là nous acceptons évidemment que le policier est un représentant du droit général, là il ne s ’agit pas de l’individualité du policier, mais de ce qui se tient en tant que général derrière lui. Mais aussi si nous ne disposons que d’une étincelle du sens de la vérité, nous ne reconnaîtrons jamais un quelconque être humain comme représentant d’une vérité d’autre nature, mais là nous nous formerons d’abord une opinion sur cet être humain concret, et mesurerons à cela le jugement qu’il prononce. Cela dépend entièrement de l’être humain individuel.

Par conséquent Rudolf Steiner aimerait exclure le vote, le parlementarisme, toute forme de démocratie de l’administration de l’école. Où, en effet, la vie de l’esprit sera liée à la démocratie, là l’enseignant est fait représentant. Le résultat est le mensonge, le mensonge vécu réellement, et il agit alors aussi éducatif. En cela c’est entièrement la même chose si le pédagogue suit maintenant une loi sur l’école ou une décision de la conférence (NDT ou du collège des professeur), en tout cas, il éduque l’enfant à la non-véracité, quand dans la rencontre avec l’enfant n’agit pas seulement ce qui est fondé dans le jugement libre du pédagogue, quand là une puissance se tient derrière le pédagogue, quand le pédagogue est seulement un représentant. La représentativité est la négation de l’essence de la vérité, et alors cela forme. Alors cela éduque au mensonge.

Je veux vous parler d’une expérience personnelle où ce point a brûlé en moi, ainsi que je n’oublierais jamais. J'ai une écolière, Anna *. Une fois elle est venue vers moi et a dit : « J’ai une nouvelle enseignante d’allemand qui est vraiment géniale. Elle dirige la conversation toujours de sorte qu’à la fin sort ce qu’elle veut entendre de moi ». J’ai dit un peu perplexe : « Oui, mais ne t’est-il pas important de dire ce que tu juges toi-même pour vrai » Je pense qu'on peut tranquillement demander quelque chose comme cela à une fille de 16 ans. Mais Anna s’est moqué de moi. Elle m’a trouvé vraiment mignon. Elle a dit – s’il vous plaît écoutez exactement -, elle l’a vraiment dit ainsi: « Johannes, à l’école il ne s’agit pas de vérité. Là il s’agit de comprendre comment l’enseignant pense. Quand en effet tu sais comment l’enseignant pense, alors tu obtiens de bonnes notes, et alors tu avances dans la vie ».

Qu’est-ce qui s’est formé par l’intervention de la démocratie en Anna, la fille de 16 ans ? Qu’est ce qui s’est formé dans cette fille par ce que l’enseignant a de son côté l’État, le droit? L’exact opposé de l’amour de la vérité, de l’aspiration à la connaissance, de la scientificité. Anna a vu au travers qu’il ne s’agit pas de l’autorité de l’enseignant, parce que celui-ci s’est seulement emprunté l’autorité de l’État, parce qu’il est un dépendant du droit. Et Anna a besoin du droit de celui-ci, elle est donc également une dépendante du droit. C’est pourquoi la chose ici n’intéresse absolument pas, l’enseignant n’intéresse pas, mais les enseignants et les contenus d’enseignement sont maintenant des agents de l’égoïsme personnel pour s’amener soi-même en position. « Formation » est quelque chose qu’on amène derrière soi, à quoi on se détravaille pour aller de l’avant. Ce que l’enseignant décrit, et ce qu’il apporte à l’enfant, cela ne vient donc pas du tout en contact réel avec la vie de l’âme de l’enfant, cela conduit à un être-là fictif dans la tête. C’est purement une formation de simulacre. Cela court alors comme formule, alors qu’en réalité tout autre social devient actif, pendant que là, dans la réalité, quelque chose à l’intérieur fait opposition qui, tout de suite, est dirigé directement contre le contenu des meilleures idées quand elles seront portées ainsi à l’enfant. Et cela retire alors plus tard le terrain au véritable État de droit démocratique.

Nous pourrions aussi bien former cela entre nous. Non pas, nous pouvons dire : le Johannes Mosmann a d’une quelque autorité de certification le droit de parler sur la vie sociale. Il est un tri-articuleur reconnu d’État, comme vous êtes en effet éducateurs agréés par l’État. J’ai une autorisation d’enseigner. Et si vous voulez aussi parler sur la vie sociale, alors vous devez obtenir ce droit de moi. Donc après nous écrivons un test. Et si ce que vous écrivez dans le test correspond à ce que j’ai dans la tête, alors vous aurez également le droit de parler sur la tri-articulation. Je ne veux pas du tout dire quelque chose de curieux. C’est notre système d’éducation actuel. Cependant qu’est-ce qui nous relie alors ? C’est maintenant la question cruciale : qu’est-ce qui agit formant unité ?  Avoir ou ne pas avoir le droit – qu’est-ce donc alors ? C’est violence tout à fait physique, externe. C’est de la violence maladroite, corporelle, qui devrait créer une unité ici. Ainsi, aujourd’hui, l’idée est partout de seulement masquer la violence. La violence est seulement masquée, elle porte l’idée devant soi.

Mais qu’est-ce que j’aurais alors de cela ? Que sais-je alors qui se relie vraiment quand vous écrivez ce que vous avez à écrire parce que vous voulez aussi en avoir le droit? Quelle est alors cette chose qui ne se relie pas en même temps avec votre libre volonté, parce qu'elle n’a pas besoin de cela ?

Ainsi, nous ne pouvons pas vraiment rassembler. Mais alors comment? Je veux maintenant décrire simplement ce que Rudolf Steiner a effectivement entrepris en 1919. Je le décris dans la radicalité, comme Rudolf Steiner le tenta, et pensa, alors nous verrons ce qui peut nous unir dans le domaine de la vie de l’esprit, et alors aussi le concept concret d'« autogestion » pour école et jardin d’enfant. J'énumère simplement une fois quelques points :

  • Aucune sorte de Ministre ou lois en ce qui concerne le système éducatif - Rudolf Steiner revendiquait l’abolition de tout chevauchement entre la vie de droit et la vie de l’esprit, cela signifie, il ne devrait y avoir ni ministères de la formation, ministre des cultes, administration scolaires, etc., ni lois sur la formation, règlements sur l’école ou semblable.
  • Abolition de l'obligation scolaire - Rudolf Steiner revendiquait la suppression de l’obligation scolaire. Le pédagogue doit être contraint de gagner la volonté de l’enfant d’aller à l’école par ses propres forces, sur la base de ses facultés particulières – si l’enseignant n’y parvient pas, il n’est pas un enseignant, et alors il ne peut aussi pas contraindre l’enfant à venir à l’école. C’est « management de la qualité », au sens steinérien.
  • Aucune reconnaissance étatique pour les enseignants et les éducateurs - il ne devrait y avoir aucune définition d’Etat de ce qu’est exactement un « pédagogue », et donc plus aucun moyen de donner ou de ne pas donner un « droit », donc pas de licences d’enseignement ou de reconnaissances étatiques. Sur les 12 enseignants que Rudolf Steiner a rassemblé autour de lui à la fondation de la première école Waldorf, seulement 4 disposaient d’une reconnaissance de l’État. Et Rudolf Steiner a toujours souligné à nouveau que c’est le critère décisif pour le terme « libre école Waldorf ». Il a dit une fois à peu près, alors qu'une école supplémentaire devait être fondée, qu'on devrait d’abord faire un « test » s’il était possible de faire passer dans les cases tels professeurs qui ne sont pas enseignants aux yeux de l’État. Si la définition de qui est un pédagogue et qui ne l'est pas, peut se montrer uniquement de la pratique pédagogique sur le terrain, alors une école libre est possible.
  • Aucun financement par l’impôt pour le domaine de la formation - Rudolf Steiner a revendiqué l’abolition du financement fiscal pour enseignants et éducateurs. Personne ne devrait être obligé de contribuer financièrement pour quelque chose dont il ne pourrait avoir la perception, qu’il ne pourrait pas du tout vouloir personnellement. Cela dépend aussi logiquement avec ce qui a justement été dit - quand personne ne peut définir en général ce qu’est un enseignant ou ce qu’est une école, alors ne peut pas être décidé ce qui devrait être financé ou non par moyens de l’impôt. Alors le financement de l’école est l’affaire des êtres humains qui connaissent l’école concrète, et peuvent aussi la penser.

Maintenant, représentez-vous une fois, que le mouvement de tri-articulation de 1919 ait été un succès et aurait atteint cela. Représentez-vous, tout cela se serait présenté. Il n’y aurait donc pas de point de contact entre le système de droit et le système de formation, aucun organisme d’accréditation, pas de conseil scientifique, pas de programme d’enseignement, pas de réglementation externe. Représentez-vous, il n’y a pas de définition de ce qu’est un enseignant ou un professeur, ou d’une qualification d’entrée à l’université, qui justifie le droit de fréquenter une université ou d'achever l’école avec un diplôme. Alors bien sûr il ne peut aussi y avoir aucun financement par l’impôt pour la formation, parce que personne ne peut forcer la collectivité à financer quelque chose que personne ne peut définir. Qu’avons-nous alors?

Alors, nous avons les conditions réelles. Alors, nous avons par exemple un enfant qui veut se développer. Mais pour se former, il a besoin d’un adulte, duquel il peut aspirer, duquel il peut apprendre. Toutefois, il n’a pas besoin de n'importe quel adulte, mais exactement celui-là qui est approprié à attirer les dispositions de cet enfant. Nous devons reconnaître celui-ci. Je dis « nous » - qui exactement doit reconnaître cet être humain ?  Eh bien, seulement ceux, percevant, liés à lui, qui peuvent le connaître, les parents et les collègues. Et si nous voulons que celui-ci éduque l’enfant, et ne se tienne pas quelque peu à la caisse de Lidl, que devons-nous faire? Alors, nous devons lui donner le revenu qui lui permet justement qu’il éduque l’enfant, et ne doit pas travailler à quelque chose d’autre. C'est le concept de l’argent-cadeau chez Rudolf Steiner. Représentez-vous, vous gardez ce que vous donnez aujourd’hui à l’état, de sorte que l’État le donne à la formation et pour cela définit la formation, et le donnez vous-même vers là où vous expérimentez une formation, où vous avez de la compréhension pour un être humain concret parce que vous pouvez le percevoir dans les faits. Le payer sera attaché à votre libre, jugement individuel. Qu’advient-il par là?

Maintenant, alors l’enseignant est libre. Il est libre dans la méthode, dans le choix de ses moyens, il retire tout ce qu’il a à faire, de sa raison propre, libre. Mais - mais pour cela il n’est maintenant plus indépendant. Beaucoup plus, il est maintenant pour la première fois vraiment dépendant du jugement de ceux à qui il veut accorder son art. Si vous cherchez une formule pour la vie libre de l’esprit, alors c’est l’expression de « dépendance objective ». Rudolf Steiner veut mettre à la place des actuelles « dépendances juridiques », dans lesquelles vous aussi vous vous tenez en tant que professeur Waldorf, ces dépendances qui sont dans la nature des choses, les « dépendances factuelles » comme il appelle cela. Pendant que vous êtes maintenant dépendant d’une puissance quelconque qui plane dans l’abstrait sur ​​vous, et de sa « pédagogie » que vous pouvez donc faire passer vis-à-vis de l’enfant parce que l’enfant n’est avec cela que le consommateur final, ainsi parce qu’il doit par cela consommer tout simplement la chose inventée, l’enseignant devrait maintenant inversement devenir dépendant de l’enfant, sera continuellement testé par l’enfant lui-même. Pas une norme, pas un certificat définit un adulte comme « éducateur », mais le fait de son succès, car il peut se maintenir dans ce domaine seulement par ce que le développement réel de l’enfant témoigne de la fécondité de la méthode pédagogique.

C’est donc plus que parlé imagé, quand je dis : on devient éducateur par ce qui vous rayonne en retour de l’enfant. Aussi aujourd’hui, c’est la vérité, cela se passe donc aussi en vérité, seulement le système de formation ne construit justement pas sur quoi, en fait, est fondée la vraie réussite éducative. Rudolf Steiner veut construire le système éducatif sur la réalité du processus éducatif. Mais par cela les rapports s’inversent, dit plus exactement, ils se retournent. L’esprit ne s’approche plus de l’extérieur aux êtres humains, mais tout le spirituel a besoin de la libre volonté de l’individu afin de s’étendre. Tout bien culturel peut se propager uniquement d’être humain à être humain en ce qu’il conquiert vraiment chaque être humain particulier, en ce que la libre volonté vient de la périphérie à sa rencontre, en ce que chez chaque être humain il doit passer et retourner par l'infini, à partir des forces individuelles - le Je devient chat de l’aiguille de toute croissance spirituelle. Dans le sens steinerien absolument toute vie de l’esprit est seulement là. Par contre, tout ce qui ne nécessite pas la volonté libre pour l’être-là propre, qui se répand par-dessus la tête des êtres humains, par exemple, parce que cela peut se maintenir par des subventions fiscales, est seulement simulacre d’esprit, c’est « formule/phrase » aux yeux de Rudolf Steiner, c’est mensonge.

Rudolf Steiner applique ce principe aux grandes questions, et il l’applique aux petites questions. Sur les grandes questions, il l’utilise quand il parle, par exemple, sur la question de race ou de nationalité : la culture du peuple, et avec cela aussi la langue n’aurait pas le droit d’être protégée juridiquement. Un état véritablement démocratique est neutre par rapport à la race ou la nationalité. Il protégerait la liberté de chaque être humain, et, à cause de cela, ne prendrait de son côté, parti pour aucun bien spirituel. A cause de cela, l’État n’aurait le droit de rien faire pour préserver la langue allemande, mais la langue allemande pourrait se propager seulement par ce que des individus la saisissent si profondément, la forme si belle, qu’avec cela ils peuvent enthousiasmer un autre individu, et ainsi conquérir être humain après être humain pour cette langue. L’État lui-même n’a ni culture ni religion, ni langue, car quand il a cela, il ne représente plus le droit égal (NDT ou : le même droit), mais un parti, et oppresse la liberté individuelle avec cela. La culture doit être détachée/dissoute du sang, mais aussi du droit. Alors la langue vit vraiment. Et maintenant, regardez ce qui est advenu de la langue allemande, parce qu’on la maintien par l’État, parce qu’on croit devoir se protéger devant la « déculturation », et est donc soi-même devenu tout à fait dépourvu d’esprit ! « Obligation à l’allemand dans la cour de récréation », c’est notre culture aujourd’hui ! Le résultat nous pouvons donc l’entendre et le lire partout, cet Allemand sans conviction, purement imposé, qui n’a plus d’âme, mais avec lequel on peut merveilleusement mentir, avec lequel on peut vivre dans un pur verbiage.

Rudolf Steiner applique le même principe sur les petits rapports spirituels, à l’école, la crèche, le jardin d’enfant. Là, c’est toujours encore la même vie libre de l’esprit. La vie libre de l’esprit ne se transforme pas subitement en une « auto-administration collégiale » quand nous rentrons dans l’institution, mais là c'est toujours la même vie libre de l’esprit. C'est cela qui est pensé avec « autogestion » – il n’y a pas dans l’œuvre de Steiner une quelconque saucisse extra pour les institutions Waldorf, afin qu'on puisse alors quand même encore manier la vie libre de l’esprit. Cela signifie : l’administration, l'institution toute extérieure d’une école, un jardin d’enfants ou une autre institution coïncide avec ce que j’ai justement décrit. C’est identique. Il ne sera pas prédéfini de l'extérieur quelque chose à partir du côté juridique, qui détermine alors les rapports, mais tous les rapports mutuels se donnent de la rencontre concrète. Là l’individu ne peut pas avoir un droit, mais là tous ont le même droit, ou mieux dit, là personne n’a un droit. Mais c’est pourquoi aussi personne ne peut avoir une prétention. Mais grâce à cela, chacun peut maintenant exercer l'approbation. Et grâce à cette approbation vécue se donnent tous les rapports réciproques, les postes et positions, la forme concrète de la communauté. En cela apparaît alors la « communauté libre », ce en quoi Rudolf Steiner nomme cela une « commune », une « commune scolaire », et non communauté scolaire.

Cela signifie que le propre espace d’action, la position individuelle n’apparaît pas de la contraction, pas de l'aboutissement de mes intérêts, mais de la périphérie. Je porte l’autre, en ce que je le reconnais, en ce que je fais naître l’espace libre de la connaissance de l'autre, dont celui-ci à besoin et lui me porte en ce qu’il me reconnaît. Dans le centre de la vie libre de l’esprit, se tient à cause de cela le concept de hiérarchie, mais de nouveau retourné/retroussé. Toute structure se donne de cette hiérarchie-là, comme elle repose dans le processus de la connaissance lui-même. Comme lui sera demandé comment se formerait alors la direction, quand il y aurait ni décisions démocratiques, ni un chef, Rudolf Steiner dit, lapidaire : Les gens sont quand même différents. Chacun est donc une autorité pour les autres par ce que l'un peut toujours quelque chose mieux que l’autre, parce que tous les êtres humains sont différents. Quelqu’un qui est une autorité pour les autres à bien des égards, peut toujours trouver quelqu’un qui lui est supérieur. Cela signifie, quand nous, qui sommes assis ici, voulons maintenant entreprendre quelque chose, alors nous devons aussi vraiment faire cela. Mais le « nous » général n’est jamais actif, mais toujours seulement l’individu. Quand donc nous voulons entreprendre quelque chose, par exemple la formation d’enfants, alors nous devons reconnaître qui de nous est approprié pour quelle activité. Il y aura toujours parmi nous un ou deux ou trois qui bientôt auront la capacité de remplir le domaine de tâche correspondant. Nous devons reconnaître cela, parce que les enfants ont le droit d’attendre cela, ils ont le droit d’attendre le meilleur, à quoi chacun est en mesure en raison de ses compétences individuelles, et non pas simplement la moyenne des opinions !

Dans le centre du concept d’autogestion de Rudolf Steiner se tient la récupération de la formation d’autorité. Cela se retourne. Aujourd’hui, nous allons à la clinique et nous nous laissons traiter par ce qui porte une blouse blanche, qui « est » médecin. Rudolf Steiner aurait aimé qu’inversement, celui-là qui peut porter une blouse blanche, soit celui par lequel nous nous laissons traiter parce que nous devenons effectivement en bonne santé chez lui. Certes chacun ne peut pas juger sur la spécialité de l’autre, mais chacun doit aujourd’hui pouvoir décider pour lui-mêmes qui il veut reconnaître comme « expert ». Ce serait le commandement de l’être humain moderne de se faire une image de son prochain, et agirait d’après elle, à la place de compter sur le tampon étatique, ainsi dit Steiner. C'est donc l’opposé de la « cogestion » qui est pensé. Je ne juge pas l’autre dans ce domaine-là, mais reconnaît où je dois retenir mon jugement, parce que la chose commune est mieux servie quand dans cette question, l’autre juge. Le pouvoir n’est donc pas en haut, mais en bas, il repose chez celui qui retient son avis, et ainsi crée un espace pour l’autre. Par ça apparaît une structure qui est en mouvement constant, où justement les positions ne peuvent être fixées de façon rigide, où on ne peut pas cocher : celui-ci est cela, celle-ci est cela, mais où on se développe avec les autres et aux autres, et reconnaît dans ce développement qui a à saisir quoi et où.

Comment arrivons-nous donc à une institution auto-administrée au sens steinérien? En ce que nous regardons les collègues à côté de nous. Nous devons nous regarder les uns les autres. Nous devons reconnaître l’autre, nous n’avons pas le droit d’avoir l’anthropologie seulement comme une idée dans la tête, mais devons aussi la vivre, et cette connaissance de l’être humain vécue, elle est alors identique à la structure de gestion externe d’une « école libre Waldorf » ou un « libre jardin d’enfant Waldorf »au sens steinérien.

C’est banal. Et pourtant, c’est terriblement difficile. Là il n’y a pas de tour, pas de truc, pas de mécanisme qui pourrait nous aider, mais c’est déjà le tout de l'autogestion : que je regarde vraiment mes collègues. Mais cela, nous le pouvons à peine. De cela, nous avons même la plus grande peur. Je veux de nouveau vous montrer le mauvais à quelque chose de bien, parce qu’on voit toujours mieux l’ombre à la lumière. Dans les écoles Waldorf s’est en effet maintenu un reste de la vie libre de l’esprit, à savoir le principe de délégation ainsi nommé. Dans le principe de délégation est en effet fiché, ce que j’ai justement exposé, mais c’est aujourd’hui plus un add-on, cela est placé, à partir de tous autres soubassements, sur ce qui est l’administration réelle. A beaucoup d'endroits, on fait confiance au principe qui selon Steiner est pensé par le petit mot « libre » dans l’expression, « libre école Waldorf », oui tout de suite une fois encore pour l’organisation d’un bazar pendant que la vie de l’école sera déterminée par de toutes autres forces. Mais tout de suite à ce dernier vestige de la liberté on voit quelle peur domine aujourd’hui devant l’esprit libre. Là vous pouvez vraiment vivre comment aujourd’hui on recule de peur devant l’esprit libre. Comment délègue-t-on le plus souvent ? Cela ne vient souvent pas de la périphérie, de l’intérêt pour l’autre, mais tout de suite du désintérêt. Non celui qui sera reconnu par tous comme le plus approprié fait la chose , mais celui qui tout de suite a du temps, ou qui reste parce que d’autres se retirent. Ce n'est pas toujours ainsi, mais très souvent. Souvent est à peine disponible l’approche de vouloir évaluer soi-même et l’autre correctement et d’aller à la connaissance. Devant la connaissance on est gêné, certes. Quand là vous dites à la ronde : Eh bien, écoutez une fois, cela ne va pas ainsi, notre responsabilité envers l’enfant impose quand même, que maintenant nous regardions et disions honnêtement qui de nous devrait faire cela – qu’est-ce qui se passe alors ? Alors ça devient très inconfortable sur les chaises. Même le positif, on ne veut pas exprimer. Parce que si vous dites par exemple : je trouve que nous devrions demander à Mme Untel de diriger cela, qu’est-ce qui se passe alors ? Alors, vous devez avoir peur que là trois autres sont assis à côté de vous qui se demandent: pourquoi ne trouve-t-il pas que je peux le faire? Je suis au moins aussi qualifié. Donc, cela seulement comme exemple. De cette façon, on pourrait décrire beaucoup plus de ce qui veut se mettre sur la voie de la connaissance, qui nous pousse alors soudainement à la non-véracité. Vous connaissez donc cela dans votre quotidien. Nous sommes encore souvent très loin de nous regarder honnêtement. Et en conséquence loin de la réalisation d’une école autogérée ou jardin d’enfant autogéré.

Alors naturellement ne reste rien d’autre qu’on parte quand même d’idées. Alors l’un jette justement une idée dans la ronde, et on lève la main, est pour ou contre.Alors le commun se réduit au minimum maximum possible, à savoir sur le point abstrait du « oui » ou « non ». L’idée le fait, à la place de l’esprit. Mais une communauté libre ne peut jamais se fonder sur une idée commune. Elle se fonde sur l’esprit. Je ne veux pas dire que l’idée ne joue absolument aucun rôle. Seulement tout dépend justement de quel rôle elle joue, comment nous procédons avec l’idée. L’idée peut cacher l’esprit, ou le dévoiler, selon la façon dont nous l’utilisons. Prenez l’idée de la tri-articulation de l’ordre social, comme je l’ai maintenant placé devant vous. Elle se tient donc maintenant entre nous, elle nous sépare. Vous devez certes vous placer vis-à-vis de l’idée, devez amener votre propre pensée en mouvement, vous faire votre propre concept de cela, au moins, si vous voulez rester libre. Ce que j’ai exposé, c’est pour vous d’abord une perception, l’idée me vient alors premièrement de nouveau au-devant qu'en ce que vous vous empariez en pensant de cette perception. Mais ce sont alors de pures idées différentes. Chacun regarde cette idée de son côté, à sa façon, ainsi de sorte que nous avons maintenant en vérité exactement autant d’idées de la tri-articulation sociale que sont de têtes dans la salle. Là nous sommes pleinement isolés, là vit l’idée dans les limites de la personnalité, dans les limites de la perspective chaque fois possible.

Quand maintenant simplement je généralise mon côté, et cherchent à gagner une majorité pour ma perspective, je fais de la politique, mais alors nous ne venons toujours pas encore à la communauté spirituelle. Nous arrivons seulement sur le sol de la vie de l'esprit, quand nous poursuivons pourquoi une idée gagne une couleur différente dans chacun, comment l’idée s’enracine donc exactement dans l’autre, ce qui flue de l’âme individuelle dans l’idée, ce qui là vibre psychiquement. Nous devons ramener l’idée dans une relation avec l’être humain. Alors, nous pouvons vivre comment un seul et même esprit parle là où des êtres humains suivent leur libre jugement, mais aussi comment il parle différemment, comment donc l’idée est purement le masque, le voile de l’esprit vivant. Cela ne va pas avec chaque idée, mais cela va seulement avec des idées telles, qu'elles ont elles-mêmes quelque chose, contre être une idée. Cela va avec une idée qui chaque fois que je la saisis, trahi qu’elle ne veut pas rester dans cette forme, que sa propre essence ne coïncide pas avec cette forme, parce que, comme idée, veut seulement faire remarquer quelque chose qui vit vraiment. Une telle idée est l’idée de la tri-articulation sociale. Mais la nature humaine (NDT l'anthropologie de R. Steiner) est aussi une telle idée. La nature humaine n’est pas seulement une idée sur quelque chose d’objectif là-dehors, mais elle comprend le devenir, l’être humain d’avenir. Elle interpelle quelque chose qui repose comme objectif à la base de la volonté humaine qui vit comme une nostalgie commune derrière tous les penchants et désirs apparemment si différents, parce que l’être humain juste comme individu ne veut absolument pas quelque chose de personnel, mais quelque chose d’humanité, parce que l’objectif de la nature humaine universelle veut encore se réaliser d’abord. C'est seulement obscurci dans la vie quotidienne par nos idées raccourcies, mais une idée pensée jusqu’au bout comme la nature humaine s’adresse à ce qui unit, maintenant pas seulement à la mesure de l’entendement, mais dans la volonté. Rudolf Steiner dit cela ainsi : l’être humain ne saurait pas encore du tout ce qu’est la liberté, il croit que là où il se rendrait libre, il serait tout à fait isolé, mais ce serait exactement l’inverse, là où l’être humain rencontre l’autre dans la liberté, se réalise quelque chose d’objectif dans la nature humaine, parce que l’esprit libre est lui-même quelque chose, quelque chose d’entièrement concret. Et là-dessus se fondent une école Waldorf libre ou un jardin d’enfants Waldorf libre. Ils se fondent sur l’esprit, et pas sur l’idée.

Le commun dans la vie de l’esprit libre se trouve ici devant nous. Cela ne repose pas derrière nous, derrière nous dans le dos, mais cela repose devant nous. Mais pour que ce qui repose ici devant nous devienne agissant dans la rencontre, nous devons nous libérer de ce qui se tient derrière notre dos, des idées communes, des programmes, des prescriptions étatiques, mais aussi de ce qui dans les rapports particuliers veut singer l’État, qui reconstitue le principe de l’État à l’intérieur. Nous devons pour venir sur le sol de la vie de l’esprit, entrer dans un rapport dynamique à la vie de droit et à la vie de l’économie. La question économique, nous ne l’avons donc pas du tout abordée. Elle conduit dans un tout autre domaine où la question d’autogestion se pose tout à fait différemment. Si vous aimeriez, je peux volontiers expliquer cela une fois. Pour aujourd’hui je ne peux dire davantage qu’à l’intérieur de l’école évidemment, il n’y a pas de vie de l’économie, parce que la vie de l’économie n'interviendra en premier que dans le rapport des branches opposés en regard de la situation d’ensemble des besoins humains. Il y avait déjà du temps de Steiner ces gens qui voulaient tri-articuler l’exploitation particulière, qui voulait réaliser une vie de l'économie fraternelle dans leur propre association, etc. Rudolf Steiner s’est terriblement énervé là-dessus, nomma cela une « lubie », et pour illustrer son concept de la vie de l’économie, il a expliqué : donc, si vous voulez avoir la vie de l’économie, alors vous devez déjà condescendre à traire des vaches, et si cela devrait apporter quelque chose, vous auriez déjà besoin d’un grand nombre de vaches. Aussi longtemps que vous percevez certes encore quelque chose de dehors, le lait, par exemple, vous n’êtes pas encore dans la vie de l’économie. Vous devez vous occuper avec les besoins des êtres humains dans leur ensemble, avec le problème de sur et sous production.

La vie de l’économie sera aussi de nouveau touchée par l’école seulement aussi loin que naturellement on ne peut pas vivre dans l’air, et à cause de cela entrer dans un rapport avec cela. Cependant en cela aussi, il s’agit de nouveau que l’élément économique ne se reporte pas tout de suite sur l’école, que donc n'apparaisse pas une vie économique présumée au sein de l’école. On doit apprendre ici à distinguer exactement. On doit distinguer ce qu’on fait l’un avec l’autre dans l’école de ce qui porte corporellement. Rudolf Steiner nommait cela « séparation de travail et revenu ». Mon travail n’a rien du tout à faire avec mon revenu. Mon travail sert l’enfant, et l’administration de l’école a à faire seulement avec cela. Le résultat de ce travail est de promouvoir le développement de l’enfant. Ce que je mange, ce que je mets, n’est pas le résultat de mon travail, mais le résultat du travail d’autres êtres humains. Je n’ai pas le droit de confondre les deux. Ce qui sera formé de revenu, sert à maintenir mon corps, mais pas au « paiement » de mon travail en tant que professeur, cela ne pourra pas du tout être payé, cela n’a pas du tout valeur de marchandise. Mais de cela aussi les écoles Waldorf sont encore très éloignées, elles n'ont pas encore pu se rendre libre de la vie de l’économie. Vous voyez cela, par exemple, à ce que dans de nombreux endroits, le professeur de classe gagne plus que l’éducateur, et le professeur de second cycle à nouveau plus que le professeur de classe. Quand alors vous allez là et voulez séparer travail et revenu, quand vous dites : chacun a donc des besoins de la même façon, le revenu doit tout simplement s’orienter d’après les besoins physiques, et non d’après la « valeur de marchandise » supposée du travail, alors là vous pouvez vivre quelque chose. On ne peut pas encore penser qu'on ne peut manger le fruit du propre travail, tout aussi peu qu’on peut manger les enfants. Alors les professeurs disent : oui, mais la « plus haute qualification », la « capacité » doit venir à l’expression dans le paiement. Mais tout de suite la capacité, la qualification doit être placée sur le sol de la vie de l’esprit, comme je l’ai expliqué ici. Il s'agit de cela. Alors une école s’administre « elle-même ». Mais cela on ne le peut justement pas encore, là on se laisse encore dire qui on est par la vie de l’économie.

Autant de mon côté. Sur les questions de détail, nous pouvons en parler dans les groupes de travail. Et comme je l’ai dit : ces détails pratiques, ils sont peut-être très différents de ce que j'ai exposé ici. Vous me comprendriez mal si par ex. vous tiriez de mes dernières observations que je suis pour un autre modèle de salaire, ou que je revendique que les enseignants et les éducateurs soient payés à même hauteur. Je voulais montrer la direction dans laquelle Steiner regarde. Comment on se rend dans cette direction est une tout autre question. Cela dépend des êtres humains qui sont là. Et c’est justement ainsi que là aussi nous devons être pédagogues pour les adultes. C’est, par exemple, simplement un fait qu’il y a encore beaucoup d’âmes enfantines parmi nous adultes, que beaucoup d’êtres humains ne parviennent pas à marcher droit aujourd’hui, si on ne leur remplit pas les poches correctement. Alors, ils perdent l'équilibre. Comment les adultes peuvent arriver là, qu’ils peuvent aussi se tenir n’importe quand debout aussi par eux-mêmes, ce serait tout de suite la question des pas concrets, mais là je construis sur vous comme éducateurs que là vous voyez aussi l’enfant dans l’adulte, et que vous comptiez là aussi exactement conséquent avec ce qui rayonne vers vous de l’autre, mais ne voulez pas forcer. On ne vient pas à une vie libre de l’esprit, quand est compris en premier qu’on veut raccourcir le salaire de l’autre, mais on vient seulement à une vie libre de l’esprit quand on commence à appliquer à soi-même les principes de base d’une vie libre de l’esprit, cela signifie avant tout de construire sur la liberté de l’autre.

 

Johannes Mosmann, février 2015

Lectures complémentaires :

  1. Udo Herrmannstorfer, la délégation et direction collégiale, consultable sur la page Web de la Fondation Chemins vers la qualité :
    Fichier : Déléguation dynamique format Pdf, en français, en allemand :
    http://www.wegezurqualitaet.info/dms/wegezurqualitaet/schweiz/public/dokumente/publikationen/Dynamische_Delegation.pdf
  2. Rudolf Steiner, Qu’est-ce qu’une école « libre »? Sources sur le concept de libre auto-gouvernement chez Rudolf Steiner, 140 pages, publiées par l’Institut pour une tri-articulation sociale. À commander à partir d’avril 2015 (version allemande) sous :
    http://www.dreigliederung.de/mail/bestellung/

    La version française en préparation sera téléchargeable sur ce site dans quelques mois. Merci de nous suivre.