La question foncière au regard de la triarticulation

Institut pour une triarticulation sociale
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Soirées de questions et d’études de l’Union pour la triarticulation de l’organisme social

Stuttgart, 16. Juin 1920 {195}

 

La question foncière au regard de la triarticulation
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Page complètée par les notes de l'éditeur et le n° de page de l'édition allemande, le 02/11/2014
 
GA 337a, 4è conférence, p. 195 à 229, 1ère éd. 1999
Traducteur: F. Germani, relecture C. Godon
....................................................................... version au 04/11/2014
Editeur: site

 

 [195]page de l'édition d'origine
001 - Rudolf Steiner : Mes très chers présents ! Je voudrais aujourd’hui parler de la triarticulation de l’organisme social de manière à ce que puissent tomber quelques lumières issues des points de vue dont vont traiter mes développements sur ce qu’on a appelé récemment, à partir des faits politico-économiques : la question foncière. C’est donc une particularité de l’idée de triarticulation, que par elle on apprenne à comprendre, que doivent cesser certaines discussions et agitations vieux-style, si nous voulons absolument aller plus loin de manière fructueuse – car ces discussions et agitations se sont bien développées à partir des conditions, qui nous ont conduites au déclin.

002 – La question foncière est quelque chose, qui intéresse de larges cercles, car le prix, aussi l’acquisition et la valorisation de « fond et sol » sont en rapport étroit avec le destin humain, avec les conditions de la vie humaine.
N’est-ce pas, ce que sont les prix du sol, si on doit se les laisser intégrer dans le calcul de ce qu’on doit payer pour son logement, se les laisser intégrer dans le calcul du prix des denrées alimentaires – c’est donc quelque chose que chacun ressent. On n’a besoin que de réfléchir un peu, et on trouvera, ce qui a son action venant de « fond et sol »( 1 ) , », sur toutes les autres conditions, par influence économique. Selon de quels prix du sol on doit payer ses denrées, selon cela on doit être rémunéré pour quelque profession où on se tient, et ainsi de suite.Mais les questions vitales qui agitent les humains ont à voir non seulement avec le rapport de l’humanité à « fond et sol », mais aussi de nombreux rapports plus poussés de culture et de civilisation. [196]Nous n’avons qu’à penser, comment le rapport de la campagne à la ville est lié avec « fond et sol », comment ce qui est aisance ou difficulté des conditions de vie dans les villes est lié aux conditions dans les campagnes. De celles-ci dépendra justement, ce qui peut se développer en ville même. Ce que nous nommons notre vie spirituelle publique – au moins dans nos conditions culturelles modernes - se développe aussi de préférence en ville ; selon ce qui dans une ville donnée, s’offre comme conditions de richesse ou de prospérité grâce à la particularité de la campagne environnante.
On peut toutefois devenir un mystique isolé à la campagne ; mais on ne peut au fond se tenir dans tous les rapports entre activités scientifiques, techniques, culturelles, artistiques modernes que lorsqu’on a un rapport à la vie urbaine. C’est quelque chose qui se présente immédiatement à partir d’une observation aussi seulement superficielle de la vie. Et on pourrait encore ajouter mainte autre chose, qui pourrait déjà montrer, comment la question foncière – et avec cela la question du rapport de la ville à la campagne – interfère profondément dans toutes nos conditions culturelles. C’est pourquoi la question foncière doit aussi être de quelque manière en rapport avec ce qu’a entrainé comme non-sens le déclin de ces conditions culturelles.

003 – De nos jours, les récents traitements de la question foncière dépendent en particulier de ce que l’injustice de l’augmentation de la valeur ou prix du sol a été remarqué par un grand nombre d’humains. Il a simplement été remarqué combien peu est en rapport avec le travail humain si l’un ou l’autre morceau de sol voit sa valeur grimper dans un espace de temps donné. Je sais, quelle impression a toujours de nouveau faite un réformateur foncier très connu{196a}, lorsqu’il a exposé la chose suivante aux yeux de son public lors de conférences fondamentales {196b} :
Qu’on se représente, quelqu’un possédant un quelconque bout de sol, qu’il a acheté eu égard de ce qu’à proximité de ce sol, son usine sera bâtie ou que la ville s’y développera ou qu’une voie ferrée y passera, [197] ou quelque chose de semblable.
Il a acheté ce bout de sol eu égard que ce que sa valeur grimpera considérablement par de telles conditions dans les prochaines années. Il a acheté ce morceau de sol juste au moment où il devait vivre avec la perspective de passer les trois prochaines années en prison. Après avoir acheté ce fond, il va en prison, y reste trois ans, et lorsqu’il sort de prison, son morceau de sol est de valeur quintuple à autrefois.
Le monsieur n’a donc rien apporté d’autre à l’augmentation quintuple du prix de sa propriété que d’être resté assis trois ans en prison. –
Ce sont des choses, mes très chers présents, qui bien sûr agissent extraordinairement fort, lorsque l’on veut par cela rendre quelque chose visible. Et l’on ne peut pas dire là une fois que ces choses agissent de mauvais droit. Ici agit tout à fait avec droit, quelque chose  qui est éclairant de manière commode, car cela peut absolument être ainsi. Et alors – on peut  faire beaucoup de suppositions, aimerais-je dire – il ressort aussi de telles connaissances, que toute l’insertion [la manière d’insérer] de la valeur du sol dans notre processus économique est quelque chose, qui ne peut rester ainsi plus longtemps, qui d’une manière ou d’une autre doit être soumis à une réforme.

004 – Et maintenant des hommes les plus divers ont commencé des réformes, mais allant toujours dans le même sens : Henry George {197a}, Adolf Damaschke{197b}, et entre les deux encore beaucoup d’autres. Cela a mis en place, et à vrai dire tout découle de là, que « fond et sol » – la forme ne rentre là pas tant en considération — devrait plus ou moins être quelque chose qui appartiendrait dans une certaine mesure à la collectivité. Non pas comme si tous les réformateurs fonciers voulaient quelque peu une étatisation immédiate de « fond et sol » {197c}, ,  mais, qu’un pourcentage bien significatif de l’augmentation particulièrement forte de valeur soit délivré à la communauté comme « impôt sur la prise de valeur » — un pourcentage peut-être, qui ramènerait le sol à sa valeur antérieure, lorsqu’elle y a grimpé sans les services de son propriétaire. On peut aussi penser à d’autres formes, en vertu desquelles [198]  le sol pourrait être transféré dans une certaine mesure dans une sorte de propriété commune. Mais il est sans doute éclairant que celui qui a tant nui à ses semblables, qu’ils se sentaient contraints de l’enfermer en prison, puisse maintenant, quand il revient après trois ans, être obligé légitimement, de livrer à cette communauté, ce en quoi son sol a pris en valeur.

005 – Mais maintenant, mes très chers présents, Damaschke souligne donc tout de suite qu’il ne pensait pas à ce que le destin même qu’il conçoit pour « fond et sol » se prolonge sur n’importe quel autre moyen de production. Il montre, comment les autres moyens de production augmentent leur valeur d’une tout autre manière à l’intérieur de la possession humaine ; il prouve que l’accroissement de valeur des moyens de production a lieu dans de tout autres conditions, qui ne sont pas à comparer avec celles se montrant souvent de l’accroissement de valeur de « fond et sol ».
On peut maintenant dire que quelque chose comme cela est particulièrement éclairant et ne peut en fait pas être traité autrement, qu’on l’acquiesce dans un certain sens.

006 – Mais, mes très chers présents, vous avez facilement vu qu’il y a aujourd’hui des étatisations. Cela signifie transfert dans l’administration d’une certaine globalité de ce qui sinon est fabriqué de manière économique purement privée et pour quoi la contrevaleur est encaissée de manière économique privée. Mais on ne peut pas dire que l’expérience qu’a faite l’humanité en de telles choses dans les dernières années serait déjà satisfaisante de tous côtés. Car je crois – au moins, quelques-uns d’entre vous l’auront remarqué -  qu’il n’en est pas allé aussi bien pour tous les humains, que cela aurait du aller dans le sens d’un rationnement, donc dans un certain sens de la communisation, des denrées alimentaires par exemple et autres choses. Quelques humains ont donc, je le crois, dans ces années où beaucoup a été communisé, fait l’expérience d’une certaine mise en réserve (NDT : comme le hamster qui remplit ses bajoues) ( 2 ) .

007 - Et cette impulsion sociale qui devrait être donnée avec la triarticulation, n’est absolument pas la volonté, [199]  de se représenter quelque chose et de l’insuffler aux autres, mais la volonté, d’offrir des suggestions telles qu’elles ne restent pas sur le papier et servent une certaine sorte d’humains, pendant que d’autres sont dans la situation de contourner les choses concernées et d’ailleurs contourner dans une copieuse mesure. L’impulsion, qui doit être donnée par la triarticulation de l’organisme social, doit être une impulsion de vérité, qui de fait réalise ce qu’elle envisage. Qui connaît la vie -  et en fait seulement celui qui connaît la vie – peut vraiment comprendre, ce que l’impulsion pour la triarticulation veut en tout sérieux.

Qui s’efforce de comprendre la vie, et qui comprend vraiment la vie, celui-là n’aura pas de doute là-dessus : il y aura aussi une mise en réserve de la hausse de la valeur des sols, si on communise les sols de la manière dont le veulent les réformateurs fonciers pensant à partir de leurs vieilles idées.

Il est justement absolument possible aussi bien dans le système d’état de Lénine comme aussi dans le système d’état de Damaschke, de rendre à nouveau inopérant par toutes sortes de portes arrière ce qui pénètre dans le monde comme loi.
L’impulsion pour la triarticulation de l’organisme social ne peut tout simplement pas, parce qu’elle veut quelque chose de véritable, se fermer devant la connaissance fondamentale : que la réalité sociale ne peut véritablement pas être faite de ces lois-là, qui se forment quand on reconduit les vieux modes de représentation et manières de penser sociales et étatiques. Cela dépend des humains et de chaque organisation sociale, de chaque organisme social, qui opère de manière unique et seul, que les humains ne puissent trouver aucun moyen pour contourner d’une manière injuste ou immorale ce qui repose dans le sens de cet organisme social – on doit au moins arriver aussi près que possible d’une telle exigence de vie.

 008 - On peut donc regarder ce que nous appelons triarticulation de l’organisme social de différents points de vue. On peut conduire [200] cela dans le champ que j’ai exprimé dans une certaine mesure une fois dans mes « Kernpunkten », (NDT : "Points fondamentaux" nous garderons le titre allemand dans la suite de l’article) ( 3 )pour donner un premier élan.  On peut aussi caractériser par d’autres côtés la nécessité de la triarticulation, comme cela a été fait depuis plus d’un an tout de suite ici à Stuttgart par moi et quelques autres {200}.  On peut aussi par exemple faire valoir le point de vue suivant ; on peut dire : nous sommes arrivés dans tout le déroulement de l’évolution humaine récente, tout simplement arrivés à ne plus supporter certaines institutions à cause de la façon dont nous pensons aujourd’hui et à former d’autres institutions en affinité avec tout notre contexte d’âme humain.

Que nous ayons un tel chaos à travers le monde, cela survient justement de ce que certaines conditions se sont avérées ne plus pouvoir être supportées par les humains du présent de par l’évolution humaine des derniers siècles. L’un sent de manière indéterminée : les conditions ne peuvent plus être supportées ; il entend parler le Damaschke et entend que beaucoup d’injustice dépend de ce qu’un prisonnier peut quintupler sans mérite sa propriété foncière.

À un autre sont présentées les théories marxistes et il les adopte et à un troisième il est dit : si nous ne protégeons pas les vieilles institutions et l’ancien, ainsi nommé : « régime des hobereaux », alors le monde entier va entrer dans un chaos, donc nous devons le protéger.

009 – Pris intrinsèquement, c’est tout simplement au plus profond de leur être que résident les fondements pour que les humains soient insatisfaits des conditions actuelles ; et aujourd’hui c’est déjà ainsi : que ce qui est développé comme programme, ce ne sont au fond que des rêves, que des illusions que se racontent les humains. Ils n’arrivent pas du tout à ce qu’ils veulent vraiment. Et ainsi l’un fait de telle ou l’autre de telle habitude de vie jusqu’à présent, une quelconque théorie, qu’il qualifie de logique dans le champ social.

Il en est aujourd’hui déjà ainsi, qu’au fond cela dépende de ce que l’un vit dans le prolétariat, ou qu’il est né comme hobereau prussien, si maintenant à cause de ses vieilles habitudes de vie, il est marxiste ou s’il est conservateur au sens des messieurs von Heydebrand et de Lassa. Ces programmes qui sont faits de gauche et de [201] droite, ils n’ont en fait aujourd’hui plus rien à voir avec la réalité. Et on peut dire : si quelque chose se joue aujourd’hui comme un vote au parlement {201a},c’est ainsi que ce qui est discuté à cette occasion, est à peu près comme si un méchant démon des mondes devait rêver et que ces rêves devaient à peu près passer dans les consciences des humains, des membres et dirigeants de partis ; et que les gens s’entretenaient sur quelque chose, qui au fond n’a rien à voir avec ce qui doit se passer. Car l’humanité tend aujourd’hui vers un but bien précis. Elle n’est seulement pas au clair sur ce but.

010 – Tout d’abord une fois l’humanité sent, que cela ne peut plus continuer avec les affaires spirituelles, avec l’ordonnance des affaires spirituelles, comme c’est allé jusqu’à présent.

Cela vient simplement de ce que, malgré toute la spiritualité – qui est tout, tout à fait là en silence, comme je l’ai aussi expliqué dans la conférence publique hier {201b}– filtrée par le matérialisme qui est disponible dans les abstractions auxquelles s’adonnent aujourd’hui les humains, le prolétariat par exemple le plus souvent. Malgré que cela semble la plupart du temps partir de « réalités », de « moyens de production » et autres concepts semblables,  cela se donne à des abstractions spirituelles et avec cela ne peut jamais aboutir à de quelconques institutions qui saisissent la réalité.
Les humains sentent qu’ils doivent se tenir à quelque chose de spirituel et le spirituel doit aussi être là, pour intervenir dans la vie sociale, pour former la structure sociale de l'organisme social donc vivifié par l’humain. Qu'est-ce qui a donc fait, au fond, jusque de nos jours, la structure de notre organisme social ? L'esprit ? Non, je pense que ce n'est pas l'esprit. Si par exemple, j'hérite de mon père un grand domaine agricole, cela c'est autre chose que l'esprit ; c'est un contexte naturel, c'est le sang.

Et le sang est ce qui, en rapport avec toutes les autres conditions possibles, qui s'y sont rattachées, peut encore aujourd'hui placer un humain dans une position déterminée.

De cette position dépend alors à nouveau comment il se tient dans la vie spirituelle. Il peut s'assimiler certains contenus d'éducation purement [202]  parce qu’à partir de vieilles conditions qui pour la plus grande part proviennent de lignages du sang il est placé dans une position sociale déterminée. L'humanité sent cela au fond vis-à-vis la vie spirituelle tout d’abord comme quelque chose qui, dans l'immédiat, ne peut plus être supporté. L'humanité sent instinctivement : à la place, de ce que venant du passé, tout est déterminé par le sang, l'esprit doit avoir sont mot à dire dans les institutions sociales à l'avenir. N’est-ce pas, pour être en affinité de ce qui s'est développé [de cette manière dans le passé] et qui ne peut aujourd'hui plus être supporté, l'église s'est donc volontiers  conformée à la décision qui fût arrêtée au huitième concile œcuménique de Constantinople en l'an 869, par laquelle : l'esprit fut dans une certaine mesure abrogé {202},  et il fut affirmé, que l'âme humaine avait certes des particularités spirituelles individuelles, mais qu’elle se composait seulement de corps et âme ; pas de corps, d'âme et d'esprit. Sous ce qui là se propageât comme vision du monde sur tout le monde civilisé, pût justement se développer dans toute l'activité de la vie spirituelle -parce que les exigences de l'esprit furent tenues en retrait - ce qui n’est pas dicté par l'esprit.

011 - Et aujourd'hui l'humain veut à partir de sa plus profonde intériorité que l'esprit contribue à la définition des structures sociales. Cela ne peut se produire, que si la vie de l’esprit ne reste pas un appendice de l'État issu de la vieille domination du sang, mais que la vie spirituelle soit fondée en elle-même, quand la vie de l’esprit n'agit plus que par les impulsions qui résident en elle-même.
Alors, on pourra supposer chez des humains dirigeants dans cette vie de l'esprit qu'ils fassent ce qui leur incombe- nous allons tout de suite parler plus amplement de quelques-unes des choses qui leur incombent ; dont beaucoup est cité dans les « Points fondamentaux » -, notamment faire entrer les humains dans la structure sociale d'après les connaissances des dons, de l'application et ainsi de suite, qu'ils fassent cela vraiment sans lois, purement par la connaissance des rapports naturels. Et on devra pouvoir dire : dans le domaine de la vie de l'esprit, qui se tiendra en elle-même et qui agira à partir de ses propres [203] impulsions, là seront les connaissances du réel, de ce qui agit déterminant. Disons donc brièvement : la vie de l'esprit, la partie spirituelle de l'organisme social, exige comme son droit des connaissances [des forces réelles]  mais qui sont des connaissances-dynamismes (NDT ou connaissances-énergies).

012 – Regardons maintenant vers le deuxième membre de l'organisme social, vers le membre du droit ou de l'État. Là nous rentrons déjà dans quelque chose, qui dans une certaine mesure n’est pas soumis autant à l’extra terrestre que la vie de l'esprit. Mes très chers présents, jusque dans ses conditions les plus factuelles tout notre organisme social est donc, aussi loin qu'agit en lui le spirituel, attaché à ce qui apparaît avec chaque nouvelle génération. Oui, ce qui avec chaque nouvel humain introduit de nouvelles forces dans l'organisme social de profondeurs indéterminées. Prenez l’instant présent. Avez-vous le droit d’instituer d'une quelque manière à partir des relations du temps actuel, lorsque vous pensez honnêtement à l'humanité, une quelconque organisation qui fixe d'une certaine manière la vie en commun des humains ? Non, vous n'en avez pas le droit ! Car avec chaque nouvel humain individuel, sont nées de profondeurs inconnues de nouvelles forces ; nous avons à les éduquer, et nous avons à attendre, ce qu'elles introduisent dans la vie.
Nous n'avons pas à tyranniser et dogmatiser par des lois ou une organisation déjà existante ce qui sera apporté dans la vie par les talents spirituels ; nous devons recevoir sans prévention ce qui est introduit par les mondes spirituels, nous n'avons pas le droit de le tyranniser et dogmatiser par ce qui est déjà là.
À cause de cela nous avons besoin d'un tel membre de l'organisme social, qui agit totalement à partir de la liberté, agit entièrement à partir de la liberté naissant toujours nouvelle dans l'humanité grâce aux talents humains.

013 – Le deuxième membre de l'organisme social, la vie étatique-juridique, c’est déjà quelque chose d’un peu moins dépendant, de ce qui vient des mondes spirituels. Car les humains devenus majeurs se manifestent, comme nous le savons, dans le domaine de la vie du droit, de la vie de l'état. Et mes très chers [204] présents, lorsque nous sommes devenus majeurs, nous a déjà en fait saisi une grosse part de médiocrité. (NDT : c’est bien la part de médiocrité qui nous a saisi) Là le nivellement de la « philistrosité » ( 4 ) nous a dans une certaine mesure tapé dans la nuque. Et aussi loin que nous sommes tous pareils comme humains devenus majeurs, nous sommes déjà un peu - ce ne doit pas du tout être dit dans un sens grave - dans un certain sens dans les œillères de la philistrosité. Nous sommes dans ce qui peut  être réglé par des lois.

014 – Mais vous direz : oui, nous ne pouvons quand même pas faire dépendre toute la vie spirituelle des enfants ; le talent spirituel, la faculté spirituelle et le zèle spirituel doivent aller au-delà de l'âge de la maturité. -Aussi paradoxal que cela sonne, pas du tout.
Car lorsque nous sommes arrivés au-delà de la vingtaine, nos facultés dépassant la mesure moyenne, reposent justement sur ce que– la recherche en science spirituelle nous le montre sans arrêt - nous nous sommes préservés, ce que avons eu comme talent et ainsi de suite dans l’enfance.
Et le plus grand génie est l’humain qui le plus souvent importe les forces de l’enfance dans la trentaine, quarantaine ou cinquantaine.

On n’exerce alors que ces forces de l’enfance avec l’organisme mûr, l’âme mûre et la spiritualité mûre, mais ce sont les forces de l’enfance.
Ainsi, notre culture a maintenant malheureusement la particularité, d’abattre autant que possible à mort ces forces de l’enfance, de sorte que chez un nombre autant que possible réduit d’êtres humains les particularités enfantines puissent rester jusqu'à un âge philistin et puissent « déphilistiner »ceux-ci. Car en fait c’est en ce que justement les forces d’enfance conservées nous « déphilistrisent », qu’elles percent au travers de la «philistinité » tardive (NDT : puisqu’il faut inventer des mots…Il n’y a pas de guillemets dans l’allemand.)  que réside tout le non-être-philistin.

 015 – Mais parce que là maintenant surgit quelque chose, qui ne doit pas être renouvelé perpétuellement en regard des actuels besoins de conscience de l’humanité, avec les temps nouveaux les rapports de la vie du droit et de l’état ne peuvent donc être réglés que par des lois sur une base (lit : un sol) démocratique. Les lois ne sont pas des connaissances. [205] Face à des connaissances nous devons toujours nous situer face à la réalité, et de la réalité nous devons recevoir par des connaissances l’impulsion pour arriver à ce que nous devons faire. C’est ainsi pour l’éducation et aussi pour tout le reste, dont j’ai montré dans les « Kernpunkte » que cela doit partir du membre spirituel de l’organisme social. Pour les lois, qu’en est-il ?
Les lois seront données, afin que la vie étatique-politique, la vie juridique, puisse exister. Mais on doit attendre jusqu’à ce que quelqu’un ait besoin d’agir dans le sens d’une loi, alors seulement il doit se soucier de cette loi. Ou l’on doit attendre avec la mise en œuvre de la loi, jusqu'à ce qu’un l’enfreigne.
Bref, la loi est toujours là pour quelque chose,  mais seulement pour le cas, qui peut éventuellement survenir. L’éventualité, le casus eventualis est toujours mis en avant.

C’est quelque chose qui doit toujours être à la base de la loi. On doit attendre jusqu’à ce que l’on puisse faire quelque chose avec la loi. La loi peut être là ; lorsqu’elle n’interfère pas dans ma sphère, alors la loi ne m’intéresse pas. Il y a aujourd’hui beaucoup d’humains qui croient qu’ils s’intéressent à la loi en général, mais c’est quand même comme je l’ai esquissé – si quelqu’un est honnête, il doit le concéder.
Donc, la loi est quelque chose, qui est là, mais qui doit travailler à partir de l’éventualité. C’est ce qui a à reposer maintenant à la base de la partie juridique, étatique, politique de l’organisme triariculé.

016 – On ne s’en sort pas chez le membre économique avec la loi ;il ne suffit pas, d’édicter des lois, pour que l’une ou l’ autre relation soit établie vers l’un ou l’autre d’une certaine manière.
Là on ne peut pas travailler à partir d’éventualités. Là s’introduit un troisième à côté de la connaissance et à côté de la loi, c’est le contrat, le contrat défini, ce qui est conclu entre ceux qui gèrent – les corporations et les associations – qui ne travaillent pas comme la loi à partir d’éventualités, mais qui travaillent sur ce qui est bien précisément accompli. Tout comme la connaissance doit régner dans la vie spirituelle et comme la loi dans la vie [206] étatique-politique-juridique, ainsi doit régner le contrat, le système de contrat dans toutes ses ramifications dans la vie de l’économie.

Le système du contrat,  qui est basé non sur l’éventualité, mais sur l’engagement, est ce qui doit agir dans tout ce que vous trouverez esquissé dans les « Kernpunkte » comme troisième membre de l’organisme social.

017 – Nous pouvons donc dire, nous avons là trois points de vue évocateurs, à partir desquels nous pouvons comprendre, comment doit être l’essence de ces trois membres. Tout ce qui dépend des connaissances dans la vie, cela doit être administré sur la base (le sol) libre du membre spirituel. Tout ce qui dans la vie peut être enserré dans des lois appartient à l’État. Tout ce qui dépend d’un contrat engageant doit être inséré dans la vie de l’économie.

018 – Mes très chers présents, quand les gens croient, que ce qui a été développé dans les « Kernpunkte » est un lot d’idées déjantées, ils se trompent vraiment beaucoup. On peut parler éloquemment de toutes sortes de points de vue sur ce qui est exposé dans les « Kernpunkte » parce que c’est puisé à la vie. Et la vie, vous pouvez l’esquisser ainsi, comme c’est le cas pour un arbre que l’on photographie : d’un côté, on a cet aspect, d’un autre deuxième côté un autre, d’un troisième, quatrième côté il y a de nouveau une autre image, et ainsi de suite.

C’est ce qu’il y a de particulier : quand quelque chose est de la vie, quand ce n’est pas une utopie confuse ou une idée confuse (NDT : « vertrackt » prisé, mais faux), mais vraiment de la vie, ainsi peut-on toujours trouver de nouveaux points de vue, car la vie est richement diversifiée dans ses contenus. [La triarticulation compte avec cette diversité de la vie]. On ne peut pas, en tout état de cause, finir d’apprendre [partout dans cette diversité] des nécessités de la triarticulation de l’organisme social. Elle n’est pourtant pas n’importe quoi d’indéterminé, de nébuleux, mais quelque chose qui peut être saisi par les concepts les plus pointus, comme je vous le montrais de nouveau aujourd’hui en rapport avec connaissance, loi et contrat.
[207]
019 – Maintenant tout dépend de ce qu’on se dise : on doit travailler en direction de la triarticulation, et on peut aujourd'hui travailler à partir des conditions réelles dans la direction donnée par ce qu’on peut décomposer enfin cet organisme social en trois sous-organismes administratifs se tenant ensemble en des influences changeantes. Et on doit enfin voir, que toutes les réponses, qu’on se donne à partir des vieilles relations ne concourt finalement qu’à une restructuration des vieux rapports aujourd’hui dépassées.

Dans ces conditions, quand les réformateurs fonciers disent que celui qui a accru la valeur de sa possession foncière sans son service sans son travail devrait livrer à l’État telle ou telle grande part sous forme d’impôt, ils comptent avec la vieille forme de l’État. On ne pense pas du tout que cet État doit aussi  être réformé. On ne pense pas à ce qu’il puise n’être simplement qu’un membre de l’organisme social ; c’est la particularité que même réformateurs du présent les plus radicaux ne peuvent se représenter, qu’à partir des profondeurs des rapports sociaux de l’humanité quelque chose de nouveau doive être formé.
Et ils ne peuvent pas se représenter, qu’on ne peut pas du tout atteindre ce qui doit aujourd’hui être atteint, quand on doit faire entrer de force à nouveau dans les vieilles formes ce dont il s’agirait.
L’état reste donc aussi, lorsqu’il fourre dans son sac ce qu’il retire aux spéculateurs fonciers et le laisse éventuellement couler aux uns et aux autres par des voies qui sont malgré tout possibles. Vérifiez donc ce qui découle de l’idée de la triarticulation pour l’institution de l’organisme social : si vous prenez au sérieux les pensées de la triarticulation, si vous mettez sérieusement en œuvre ce qui se tient à la base de la triarticulation, alors vous trouverez qu’il devient absolument impossible de continuer justement dans la direction, de verser seulement la vieille bêtise dans une autre forme.

020 – Car, qu’est finalement « fond et sol » ? Voyez-vous, « fond et sol » est donc tout à fait évidemment un moyen de production. Avec « fond et sol », nous produisons. Mais c’est un moyen de production différent des  autres moyens de production. Les autres moyens [208] de production nous devons nous les préparer par du travail humain, alors que « fond et sol » est là, au moins en principe, sans avoir à être tout d’abord préparé par des humains. À partir de cela on peut dire : les moyens de production vont d’abord le même chemin que les marchandises ; par contre, lorsqu’ils sont finis, lorsqu’ils sont affectés à leur fonction, alors ils ne sont plus des marchandises. Cela nous l’avons ainsi mis en avant de manière renouvelée – je l’ai moi-même souvent affirmé de cette place - : les moyens de production ne peuvent être des marchandises dans le processus de circulation économique que jusqu'à ce qu’ils seront terminés et transférés à la vie économico-politique. Que sont-ils donc après ? Alors, ils sont quelque chose qui dépend de la vie politique ou étatique, de la démocratie, et d’ailleurs en rapport avec le travail que les humains ont à fournir par ces moyens de production, en ce qu’ils doivent s’en accommoder ensemble comme humains majeurs. Les moyens de production sont quelque chose qui dépend de la vie de l’État, en ce qu’ils passent de l’un à l’autre, de manière à ce que celui qui a besoin du moyen de production l’ai aussi vraiment. Mais ils sont aussi quelque chose qui dépend des institutions du travail spirituel. Qui non à partir de vieux rapports d’héritage, mais à partir des institutions de la vie de l’esprit [doit à l’avenir] maintenant par connaissance – comme la conscience moderne seule peut le supporter – [être confirmé], comment le moyen de production, lorsque l’un ne l’emploie plus, passe à celui qui d’après ses dons et facultés peut continuer à prendre soin du moyen de production. Ainsi, peut-on dire : si la vie est à la base de la triarticulation, les moyens de production sont des marchandises aussi longtemps qu’ils sont produits. Alors, ils arrêtent d’être des marchandises et dépendent des lois et connaissances. Grâce aux lois et connaissances, ils s’introduisent dans la structure sociale ( 8 ) .

021 -     « Fond et sol » ne peut être produit ; dès le début il n’est donc pas marchandise. Il ne dépend donc jamais du principe de marchandise, sur lequel on conclut des contrats. « Fond et sol » n’entre donc absolument pas en compte là où l’on conclut des contrats. Il doit être supervisé dans la structure sociale, de manière à ce que la répartition de « fond et sol » en vue de  son travail par les humains soit une affaire démocratique pour l’état politique et que le transfert de l’un à l’autre soit une affaire pour le membre spirituel de l’organisme social. Le contexte vivant dans l’état démocratique décide de qui travaille à ce bout de terre au profit des humains. Sol n’est jamais marchandise. Il est dès le départ, quelque chose qu’on ne peut acheter ou vendre.

022 – De ce fait, on a pour le moment à tendre vers que l’on ne puisse ni acheter ni vendre le sol, mais que ce qui transfère le sol dans la sphère de l’utilisation (NDT : Bearbeitung = les différentes transformations par le travail : labour, façonnage, usinage, etc.) par un humain, soit des rapports de droit et d’esprit, des impulsions de droit et d’esprit.
Seul celui qui ne clarifie pas ces pensées peut considérer qu’il réside là quelque chose d’utopique. Car au fond, c’est seulement une modification, de ce qui existe [comme inconvénient] aujourd'hui : que l’on paye « fond et sol » avec de l’argent que l’on reçoit de la recette provenant de marchandises ; ce n’est pas une vérité, c’est un mensonge social.

L’argent qui est utilisé comme équivalent pour « fond et sol » dans le processus d’économie politique est autre chose que l’argent qui sera utilisé comme équivalent pour une marchandise. Et voyez-vous, c’est quelque chose qui n’est que difficilement considéré dans le chaos social actuel. Supposez une fois que vous achetez des cerises, ainsi vous donnez de l’argent pour cela. Vous achetez n’importe quel domaine seigneurial, ainsi vous donnez aussi de l’argent pour cela. Maintenant, si (NDT vous supposez) les deux humains, qui ont reçu de l’argent, l’un pour les cerises – une quantité suffisante d’argent naturellement (il ne dépend pas ici  dans cette direction si aussi la chose est possible) – et l’autre pour le domaine seigneurial, et vous jetez cet argent ensemble ; on ne peut plus différencier quel argent fut payé pour les cerises et lequel pour le domaine seigneurial. Mais justement, par cela qu’on ne peut pas le différencier, on sera conduit dans une terrible illusion corruptrice. Car, voyez-vous, si je dessine ici des petites croix et là des petits cercles et les jette ensemble, je pourrai donc les différencier.

 

023 – Mais si je n’avais pas le sens pour la différence entre petites croix et petits cercles, alors je ne pourrais plus distinguer ce qu’est l’un ou l’autre. En d’autres mots : si je faisais les petites croix et les petits cercles ainsi, que des petites croix je faisais des demi-cercles et des petits cercles je faisais à nouveau des demi-cercles et dessinais les deux, alors je ne pourrais plus les distinguer. Mais comment est-ce dans la réalité ? Voyez, supposez, je reçois l’argent des cerises, et je reçois l’argent du domaine seigneurial.
Si je le jette ensemble, alors je ne peux plus distinguer quel argent vient du domaine seigneurial et quel argent des cerises. On pourrait maintenant croire : de l’argent est de l’argent. Mais c’est justement la terrible illusion. Ce n’est pas vrai. Dans le processus d’économie politique les petits cercles, qui viennent du domaine seigneurial, agissent différemment dans toute la vie humaine que les petites croix, qui viennent des cerises.

Ce n’est pas l’argent, qui définit en réalité, ce qui se passe, mais les répercutions, d’où vient l’argent, c’est cela. Et sur cela sera étendu un voile ; cela n’est plus là pour l’observation humaine. Et ainsi, l’argent forme la vivante abstraction. Tout se mélange sans différenciation. L’humain n’est plus capable [211]d’être à quoi il appartient, à quoi il produit, à quoi il réalise

Tout se mélange par l’argent comme chez les mystiques pas clairs tout coule se mélangeant et devient lot de concepts abstraits. Et comme ces concepts abstraits [des mystiques] ne sont pas à utiliser dans notre processus de connaissance, ainsi n’est pas à utiliser ce que les humains se représentent de l’argent, car c’est aussi purement une abstraction, justement quelque chose à côté de la réalité, et donc pas, ce qu’on peut utiliser dans la vie.

024 — Lorsqu’on réfléchit à quelque chose comme cela, alors on est au clair là-dessus quelle immense signification concrète « fond et sol » a dans la vie de l’humain. On est au clair là-dessus comme cela ne devrait jamais arriver : que je sois propriétaire de « fond et sol » sans intérêt pour « fond et sol »  et tire seulement quelque peu ma rente de « fond et sol », mais que tout le reste m’est indifférent. Qui embrasse du regard convenablement de manière économico-politique sait ce que cela signifie : je vis de « fond et sol », mais au fond cela m’est égal si je vis de « fond et sol » ou des gains, disons maintenant, du jeu de CriCri {211} ou poker ; tout cela m’est au fond tout à fait égal, il ne s’agit pour moi que de gagner une somme d’argent. – Qu’il soit égal à l’un comment on gagne une somme d’argent, cela ne rentre pas si fortement en considération, quand il s’agit que l’on s’élabore vraiment seulement cette somme d’argent. Mais si on l’obtient de quelque chose qui est en rapport avec le bonheur et la  peine, avec le destin des humains, oui avec toute la configuration culturelle, comme le fait « fond et sol » ;  si on réfléchit à  quelque chose de tel, alors il n’est pas possible que l’on transforme « fond et sol » en argent indifférent et abstrait.
Car précisément « fond et sol » rend nécessaire, que celui-là, qui le travaille, qui a quelque chose à faire avec lui, que celui qui dépend de « fond et sol » transfère dans le processus d’économie politique – ce n’est donc pas l’argent qu’il apporte, mais le fruit, qui prospère dessus —, qu’il soit [vraiment entièrement] à cela.
[212]
025 – Mes très chers présents, « fond et sol » dans son domaine, ne doit donc pas être administré d’après les catégories économico-politiques, qui se sont maintenant une fois dégagées dans les temps récents. S’il vous plait, calculez précisément : si quelqu’un sur son domaine fertilise avec des fertilisants, qui se donnent d’eux-mêmes à partir de ses bovins – faites le calcul, comment doit-on arriver maintenant à indiquer une valeur pour ce fumier, comment doit-on fixer la valeur de marché des fumiers, quelque chose, que vaudrait le fumier, s’il empuantissait quelques marchés des villes. Ce n’est là qu’un exemple drastique. Si vous menez le cours des pensées à terme, alors vous trouverez que les façons et manières, dont s’intègre le processus économico-politique dans ce qui se forme sur un domaine, présentent une puissante différence.

Que l’on compare une fois les façons et manières dont agit un domaine qui dépend de ce que l’on nomme le faire-valoir direct, ce qui signifie un domaine petit ou grand, où celui qui le tient regarde essentiellement comme son affaire la mise en valeur du domaine à partir de ses facultés propres ; avec les façons et manières, dont agit et doit agir un domaine, lequel est orienté seulement pour en tirer le plus de rendement d’argent possible, que l’on puisse en extirper. Mais ainsi comme nous nous tenons le plus souvent dans la vie publique, les choses doivent s’équilibrer ; ce qui signifie : celui qui est en faire-valoir direct ne peut faire autrement que s’adapter à celui qui afferme le domaine et en extrait la rente. Ainsi sera adapté par là ce qui provient du concret – et du concret vient, dans un bien, de « fond et sol », comment les produits particuliers doivent se porter mutuellement, comment l’un doit soutenir l’autre ; en faire-valoir direct cela est évalué à partir de tous autres motifs que lorsque les choses sont seulement apportées sur le marché monétaire – ainsi sera, de proche en proche, ce qui provient du concret, le faire-valoir direct, dépendant de ce que sont des rapports monétaires complètement abstraits.

C’est donc aussi déjà arrivé, c’est pourquoi nous avons aujourd’hui les rapports non naturels à « fond et sol », qui ne peut être une marchandise [213], mais est fait marchandise ; en cela est introduit un réel mensonge dans la vie. Ce n’est pas seulement ce qui est dit qui est mensonge, mais aussi ce qui se passe qui est mensonge. Aussitôt qu’on regarde « fond et sol » comme marchandise, cela signifie, aussitôt qu’on peut l’acheter et le vendre, on ment par ses actes ( 5 ) .

026 – Mais si on a la triarticulation de l’organisme social, on ne peut acheter et vendre « fond et sol ». Les rapports [juridiques] par lesquels « fond et sol » passe de l’un vers l’autre, relèvent des lois de l’État, qui n’ont rien à voir avec achat et vente. La détermination de cela : comment [dans le cas particulier] « fond et sol » passe de l’un à l’autre humain, dépend du membre spirituel de l’organisme social qui n’a rien à faire avec l’héritage et les liens de sang, mais avec des choses telles que je les ai décrites dans les « Kernpunkte ».
Ainsi, voyez-vous, on a seulement besoin de comprendre correctement ce qu’est la triarticulation, et lorsqu’on s’achemine dans cette direction, on se dirige sur le chemin de la solution des questions sociales.

027 – Que veut Damaschke ?{213} Il se saisit de la question foncière, la découvre, et la question foncière doit être résolue de la réflexion là-dessus. Mes très chers présents les choses réelles ne sont pas résolues à partir de la réflexion. Je voudrais bien une fois savoir comment à partir de la réflexion vous cassez du sucre, fendez du bois ou voulez quelque chose de  semblable ou même mangez à partir de la réflexion. Aussi peu ne casse-t-on du sucre ou mange-t-on à partir de la réflexion, aussi peu peut-on résoudre la question foncière à partir de la réflexion. On peut seulement dire : aujourd’hui le foncier se tient dans des rapports humains déterminés. Représentons-nous maintenant cela : de ce que les humains font de leur meilleure aptitude dans l’organisme social, en entrant dans l’impulsion de la triarticulation, de ce qu’on se voue à cette triarticulation, à la question foncière pas seulement en pensées, mais [de manière pratique] exactement comme le couteau casse le sucre, la hache le bois, alors se détachent les faits, qui en découlent. [214] La triarticulation résout justement ainsi la question foncière, en ce que le foncier va simplement s’insérer dans l’organisme triarticulé,  de manière telle qu’il ne sera plus traité comme une marchandise – comme aujourd'hui —. Il ne sera plus transmis de manière illégitime par les liens du sang, mais par l’inclination que l’humain sent seule aujourd’hui comme supportable : que le transfert de fond et sol de l’un à l’autre se produise à partir des connaissances spirituelles, donc à partir de l’impulsion du membre spirituel de l’organisme social.

028 – Vous voyez, la question foncière ne doit pas être réglée par des programmes, pas à partir de quelque concept abstrait ou utopique, en tout cas pas de manière semblable à ce que fait Damaschke avec la question foncière, mais de telle manière qu’on dise : aussi épineux que puissent être les rapports fonciers actuels, dévouez-vous à la triarticulation, introduisez les faits de la triarticulation dans la vie sociale [saisissez-vous des choses] qui se trouvent en direction de cette triarticulation ; ce qui se passe alors conduit « fond et sol » dans des rapports bienfaisants à l’humain – aussi loin que de toute façon quelque chose puisse être bienfaisant sur terre. La triarticulation ne veut pas résoudre les questions brûlantes par des pensées, mais par des actes dans lesquels des humains s’engagent : quand ils se dévouent à des pensées telles, qu’elles dépendent d’eux-mêmes, et pas de pensées telles, qu’ils travaillent (à partir) de vieilles traditions.

C’est quelque chose de différent, lorsqu’on dit qu’on essaie de travailler dans le sens de la triarticulation, ou si on dit que  l’État est un brave homme, qui peut tout, qui fait tout bien. Par la triarticulation la question du foncier se résout, en ce que le foncier sera dévêtu de son caractère de marchandise dans lequel il est enfilé ; l’état n’empêche pas [l’injuste répartition du sol], rationne seulement ; il est celui qui instaure les administrations pour occuper les logements, il est celui qui fixe, combien chacun à le droit d’avoir, il est celui, qui empêche l’accumulation (NDT « Hamstern : » serait « hamstérisé », ce que fait le hamster en remplissant ses bajoues ) – cela ne doit plus être !

029 – N’est-il pas vrai qu’on pourrait dire : tout est parfaitement en ordre, lorsque les humains pensent, comme Morgenstern {214} l’a esquissé [dans un poème] [215]. Quelqu’un est écrasé par une voiture. Il est transporté blessé à la maison. Palmström – ainsi s’appelle le monsieur – s’enveloppe dans des linges humides, il souffre, mais il ne s’adonne pas à ses souffrances, car il est un bon connaisseur de l’État. Il trouve dans les livres de loi : là, à l’endroit où j’ai été écrasé, aucune voiture n’avait le droit de rouler ; donc,  aucune voiture ne pouvait  rouler là, car cela aurait contredit les lois, et comme cela aurait contredit les lois, alors je n’ai pas été écrasé, car : ce qui ne doit être ne doit pas non plus avoir été. – voyez-vous, c’est à peu près dans ce genre lorsqu’on veut aujourd’hui réformer ce qui s’enracine dans la réalité et on dit : si la valeur du sol s’accroit d’une manière injustifiée, c’est transféré à l’état, il saura bien prévenir que soit accumulé – car l’accumulation n’arrive pas lorsque l’état a parlé. C’est interdit, alors ce n’est pas.

030 – Maintenant, mes chers présents, justement grâce à cet exemple, vous pouvez entrevoir comment toute la méthode, toute la conception de vie, qu’apporte à toute vie sociale la triarticulation, est différente. Il ne s’agit pas – je l’ai déjà dit souvent — que simplement on pense : on transforme les institutions extérieures, on prend l’argent par une institution à celui qui a trop d’argent, et on le donne à l’État, mais il s’agit de ce que les humains apprennent à penser différemment jusqu’en leur intériorité. Cela ils le peuvent difficilement, cela ils ne le veulent absolument pas.

Si vous allez dans le sens de ce qui vient véritablement  d’un sens de la réalité et ce qui est décrit dans « Les points germinatifs de la question sociale », alors vous verrez que ce dont il s’agit c’est que partout les associations soient appuyées sur ceux qui sont intimement liés avec ce qu’ils produisent ou consomment– sur les derniers on aura moins à regarder, mais sur les premiers on aura vraiment beaucoup à regarder.

031 – Maintenant, voyez-vous, avant toutes choses les rapports se voilent donc, se dissimulent donc parce que nous vivons dans l’abstraction de l’économie financière, comme je l’ai souligné aujourd’hui et aussi la dernière fois en pareille soirée. Là on n’observe pas [216]  par exemple de manière correcte comment est le rapport des grands domaines aux petits domaines. On va, parce qu’aujourd’hui on veut tout avoir confortablement, faire de l’agitation contre les gros domaines et pour les petits domaines ou inversement. Mais là tout est introduit dans un certain monisme de la pensée abstraite : ou bien seuls les gros domaines sont bien pour l’économie politique, ou bien seuls les petits. Mais cela ne reflète pas la réalité. Il s’agit justement de ce qu’à partir de rapports précis la collaboration de petits et gros biens,  de grandes économies avec de petites économies, soit ce qui est correct ; seulement ce qui est correct vient d’abord à partir de l’associatif qui est caractérisé comme l’essentiel dans la vie économique dans les « Points germinatifs ». De grandes économies coopèrent avec des petites et œuvrent par là au meilleur pour l’économie politique. Il ne s’agit pas de ce qu’on flanque tout dans une forme, mais que dans des rapports particuliers gros et petits biens travaillent ensemble.

Croyez-vous que cela n’exprime pas des rapports réels déterminés que les seuls domaines des hobereaux prussiens aient apportés 54.8 % de la production en ce qui concerne les betteraves fourragères – donc plus de la moitié de la production – pendant que pour toutes les autres choses ils n’ont apporté que la moitié, au-dessous de 50 % ? Tout cela est fondé sur des conditions réelles.

On peut introduire cela fructueusement dans le processus de l’économie politique réelle quand les humains qui se tiennent dans l’exploitation des domaines fondent des associations à partir de ces conditions réelles. En ressort alors comment l’un doit porter l’autre, car alors on ne travaille pas à partir de l’abstraction, mais à partir de la réalité. Et alors, on peut conforter par des contrats, comment simplement ce qui est un plus à la production d’un côté, équilibre l’autre côté et ainsi de suite.

À cause de cela il était justifié que je dise [au début] : je veux vous parler ainsi des rapports dans la triarticulation afin qu’ils jettent une lumière sur la question du foncier. Je ne voulais pas comme c’est courant, parler sur la question foncière[217], mais je voulais montrer, comment une quelque question de la vie sociale doit être abordée, lorsqu’on se tient sur le sol de la triarticulation. Et vous pouvez déjà aborder cette question très concrètement, alors que vous ne pouvez jamais toucher cette question de manière convenable à partir des vieilles conditions.

032 – On doit presque être comme Planck {217},le pasteur de la ville, lorsqu’on pense : organisme social, triarticulation – ce sont trois triangles les uns à côté des autres et de l’un rien ne rentre dans les autres. Non, l’organisme triarticulé est vraiment un organisme, et l’un des membres joue toujours dans les autres, de sorte que dans chacun des trois membres soit aussi quelque chose des deux autres. Dans l’organisme humain il en est donc bien ainsi : dans la tête n’agit pas seulement le système nerveux et sensoriel, mais là - dedans il y a aussi du rythme et de la digestion. Ainsi joue aussi la vie juridique dans la vie économique, elle a seulement ses propres organes d’administration, et ainsi dans la vie économique joue aussi la vie spirituelle, justement lors du transfert de l’un à l’autre.

033 – Mais nous voyons ce jeu mutuel dans des choses encore plus quotidiennes. Prenons par exemple une situation de fait de la vie publique où coule ensemble du triple en l’un : c’est la circulation. La circulation dépend de fond et sol en ce que d’un côté elle à besoin de la route.
Mais on voit parce que le sol de circulation, les routes et dessertes ne peuvent être propriétés privées, pas non plus des marchandises, qu’on doit les sortir de la marchandise, qu’au moins cette part de « fond et sol » ne peut être vue comme marchandise. Mais toute notre culture est aussi en rapport à la circulation. En fait, toute la circulation se tient sous trois points de vue. [Nous pouvons demander :] Qu'est-ce qui est soumis à la circulation ?

Premièrement biens, marchandises ; deuxièmement humains ; troisièmement informations. Vous pouvez installer tout ce qui est soumis à la circulation sous une des trois catégories : informations, humains, marchandises. Voyez-vous, en ce que des marchandises sont dans la circulation, ce qui a trait à la circulation de marchandises est présent doit être réglé par contrats, par des impulsions de la vie économique. [218]  En ce qui concerne les humains, c’est réglé par la vie de l’État, ce sont les rapports de droit. La circulation des humains doit aussi être réglée par des rapports de droit.
Les informations dépendent de la vie de l’esprit ; elles sont la vie de l’esprit en circulation. Et vous allez bien trouver comment à partir des trois côtés le système de circulation réellement triparti doit être administré – quelque chose que les vieilles institutions ne sont pas arrivées à mettre sur pied.

Calculez comme il est absurde, que biens et informations soient toujours et encore fournis chez nous de la même manière, que soient distribués par la même institution paquets postaux et informations, ce qui n’appartient absolument pas ensemble et pourquoi aucune nécessité n’est disponible dans les institutions extérieures. Mais les vieilles institutions d’État ne pouvaient pas amener les choses à ce que le transport des paquets soit séparé du service des courriers, ainsi que l’un gêne l’autre. Regardez dans le tarif postal et vous verrez ce qu’il y a de non économique dans le fait, que la poste sert autant à la circulation des informations que des paquets.

034 -  Justement là, où la vie doit commencer à nous devenir pratique aujourd’hui, justement là où la vie nous est devenue trop étroite, parce qu’elle n’est plus pratique – à tous les coins et recoins siège le non-pratique – là la triarticulation est appelée à de nouveau instaurer le pratique. Une seule chose appartient à cette triarticulation, un peu de courage. Celui-là ne comprendra jamais et pour l’éternité la triarticulation, celui qui de toute façon n’ose pas retirer les paquets du service de courrier de la poste et les transférer aux services ferroviaires habituels, celui qui  toujours oppose sa réflexion et ne compte pas réellement ce que l’un ou l’autre signifie.

Car la triarticulation ne repose justement pas sur le maintien de vieilles institutions, pas sur le maintien des vieilles idées d’étiquettes humaines, de vieilles étiquettes d’État ( 6 ) et ainsi de suite, mais cette idée de la triarticulation réside justement sur la considération des conditions véritables.

035 – Alors, mes très chers présents, on ne peut pas demander que quelque peu de l’impulsion de triarticulation se confronte ainsi avec la réalité, [219] avec la praxis, qu’elle ne mentionne que comment un conseiller secret de la cour ou un conseiller d’État sera placé dans l’organisme social triarticulé.
Oui, comme cela beaucoup de questions sont à peu près posées. Ce n’est là qu’une des plus grotesques. On ne peut évidemment pas dire comment placer là un conseiller secret de cour ou un conseiller d’État, car ce n’est aussi pas du tout nécessaire qu’on déclare cela. Les conditions spirituelles, juridiques, économiques des humains se régleront d’après la connaissance, d’après la loi, d’après le contrat de manière tout à fait claire ; seulement beaucoup de ce qui autrefois fut très prisé, ne sera plus présent à l’intérieur de ces trois domaines. Mes chers présents, ne doit-on pas concéder, que dans l’ancien régime, on a parfois plus regardé à ce que quelqu’un fut conseiller secret de la cour plutôt qu’à ce qu’il a fourni, ce à quoi il a travaillé pour l’organisme social ? Or, dans la réalité il ne dépend justement pas que quelqu’un soit conseiller secret, mais de ce qu’il fourni pour l’organisme social.
Pour cela l’idée de la triarticulation doit voir par delà ce qui provient encore des temps anciens comme une étiquette, si nous ne voulons pas aller au-devant du constant déclin de l’occident. Elle doit se préoccuper de ce qui peut s’élever dans les temps nouveaux, du fruit du travail qu’un humain réalise sous quelque forme que ce soit au service de l’organisme social triarticulé, mais global.

036 – Après l’allocution de Rudolf Steiner plusieurs personnalités se manifestèrent avec des questions sur le thème :

037 - Walter Johannes Stein : « Fond et sol » est une totalité non multipliable. Il n’y a donc seulement qu’une quantité précise de « fond et sol ». Là-dessus vit un nombre précis de têtes d’humains. On peut donc calculer combien de « fond et sol » revient à chaque humain individuel. Maintenant je voudrais demander si un tel calcul a une valeur réelle, cela signifie-t-il qu’on obtient par là une mesure avec laquelle on peut commencer à faire quelque chose sur le plan de l’économie politique. Ou si c’est une statistique oiseuse ?

038 - Hans Kaltenbach: Dr. Steiner n’a pas redonné l’ensemble des conceptions des réformateurs fonciers allemands ; il n’a extrait dans ses explications [220] que l’impôt sur l’accroissement de valeur du sol. Cela n’avait constitué qu’une toute petite partie des réformes foncières proposées. L’introduction d’un impôt sur la rente foncière est une preuve significative que les réformateurs fonciers ne veulent pas une loi dans le sens de l’ancien État. Ce qui est en suspend devant eux est un développement supportable qui n’a rien à voir avec de vieilles façons de faire des lois. Elle est née de l’idée, que chacun doive payer un impôt de rente foncière pour ce qu’il a le droit d’utiliser le sol, car la rente qui lui revient par l’utilisation du sol, il doit la dispenser à la collectivité. Il s’agit dans cette procédure non de loi parlementaire ou même de loi au sens ancien, mais de beaucoup de contrats unitaires.

039 – Un participant à la discussion : C’est quand même finalement l’état qui encaisse la rente foncière.

040 – Un autre participant à la discussion : On peut tourner la chose comme on veut : sans réforme foncière ça ne va pas plus loin ; cela doit exister pour la poursuite du développement de notre société.

041 - Walter Johannes Stein : La triarticulation nous à de nombreuses fois été décrite par Monsieur le Docteur Steiner comme triarticulation fonctionnelle et non comme triarticulation des secteurs. Mais beaucoup d’humains sont dans l’erreur ; ils pensent chaque secteur pour lui-même et au sommet une corporation. Cela est donc une erreur. Je voudrais demander, à quoi un organisme social ainsi mal articulé ressemblerait.

042 - Hermann Heisler: Comment arrive-t-on à un logement, et comment se déroule un échange de logement? Comment se déroule la construction d’une maison ? Le sol est moyen de production ; il sera mis à disposition par l’organisme spirituel. Quand la maison est finie, n’est-elle plus alors un moyen de production ? La plupart des humains souhaitent posséder un petit jardin. Comment cela doit-il être fait, il n’y a pas tant de sol disponible ? Quel rôle joue la vie de droit dans l’administration de « fond et sol »?

043 - Rudolf Steiner: Mes très chers présents ! C’est juste, « fond et sol » n’est pas de caoutchouc et rien n’est moins facilement extensible, et à cause de cela est aussi justifié, qu’un certain rapport doive exister entre une région de sol délimitée [221] et les hommes vivant dessus.
Maintenant telle est la chose, qui ici joue comme un rapport idéal-réel, que, par le fait simplement, qu’un humain naisse, un morceau de « fond et sol » est vraiment en quelque sorte occupé – cela représente la totalité du sol disponible divisé par le nombre des habitants du sol jusqu’à présent plus un. C’est de fait ainsi, qu’idéalement-réellement chaque humain réclame la part de sol lui revenant à sa naissance et que se forme une réelle relation entre la surface de sol disponible et ce que justement de cette manière revendique l’humain nouvellement né.
C’est une relation réelle. Mais dans les faits, tout ne va pas au cordeau dans cette réalité sociale, n'est-ce pas ? Les lois — je pense maintenant aux lois naturelles, pas aux lois de l’état – sont là, mais elles sont approximatives ; quand par exemple sur une région donnée vivent différentes plantes, et qu’une sorte de plante se développe particulièrement fort, elle supplante l’autre sorte de plantes ; celle-ci ne peut plus pousser. Quand maintenant sur une région de sol il en est principalement ainsi, qu’à cause de ceci un petit morceau, duquel j’ai parlé, devient beaucoup trop petit pour un humain nouvellement né, alors la soupape est en quelque sorte ouverte et se met en place tout à fait de soi-même, l’émigration, la formation de colonies et ainsi de suite.

Quand la population se multiplie dans une certaine mesure, alors on peut aussi expérimenter, si peuvent être soustraits du sol plus de fruits qu’en des temps précédents. Cela fut par exemple le cas pour le sol de l’ancienne Allemagne {221}.

044 – Eh bien cela repose sur ce qu’a indiqué Monsieur Docteur Stein : le rapport des humains à un certain morceau de « fond et sol ». Seulement, nous devons être au clair que ce rapport en est justement un idéal-réel, que lorsqu’alors la triarticulation devient réalité, des contrats décident toujours aussi loin que sont produits des marchandises sur le sol. Le sol est donc administré par les humains, et les humains qui administrent le sol doivent – simplement par le fait que chacun ne produit pas les mêmes [222] produits – entrer en rapport entre eux. Ils doivent donc conclure des contrats, et après qu’ils aient conclu des contrats doit être là, quoi que se soit, quelque chose qui les oblige à les honorer. Donc ce qui surgit dans le trafic changeant des humains, qui exploitent le sol, cela dépend des rapports de droit, rapports politiques, étatiques. Mais ce qui se passe quand une parcelle particulière de sol passe d’un humain à l’autre, cela dépend de la loi spirituelle, c’est une autonomie s’émancipant formée par la vie spirituelle et coulant dans l’administration du foncier.

Les rapports de droit saisissent les interdépendances (NDT relations réciproques) des humains, qui administrent le sol ; ce sont des rapports qui ne peuvent être réglés que juridiquement. Si ainsi maintenant la triarticulation intervient, alors il devient vraiment évident, si le sol suffit encore ou non, ou si d’une façon ou d’une autre –  pas par le pur instinct, mais par un instinct guidé par la raison -  il appelle à des rapports de colonisation (Kolonisationsverhältnis) ( 7 ) .

045 – Mais dans l’ensemble, on verra qu’arrive quelque chose de remarquable. Cela donne quelque chose dans la vie quotidienne tout ordinaire qui se règle remarquablement bien, bien que naturellement aussi : seulement approximativement. Cela se règle très bien, bien que les humains ne puissent y faire quelque chose par des lois étatiques ou encore autre chose : c’est en effet le rapport entre le nombre d’hommes par rapport au nombre de femmes sur Terre. On n’est pas en mesure jusqu'à maintenant – et dans le sens, où les Schencks {222}rêvent, ce ne sera pas non plus – de régler cela par une loi étatique ou autre chose, d’approcher combien d’hommes ou de femmes peuplent la Terre. Pensez seulement ce qui adviendrait là si seulement 1/5 de femmes pour 4/5 d’hommes étaient là ou réciproquement.

 046 - C’est donc bien mieux qu’on laisse cela aux lois qui comme les lois naturelles coopèrent si harmonieusement. Ce qui surviendra – si la triarticulation marche vraiment une fois - s’ajustera aussi harmonieusement en équilibre. Tous les humains ne courront pas après des professions savantes et y verront quelque chose de particulier.  Il se formera alors vraiment des conditions [223] telles que, par exemple, une surface de sol donnée amènera un nombre d’humains appropriés, que l’existence de chacun traduira la fécondité de la région, lui convenant idéalement-réellement. Alors même si on a délégué cinq ou cent de telles surfaces à l’administration d’un seul, qui a des facultés particulières pour cela, alors ce qui sera cultivé sur ces surfaces viendra aussi au bénéfice des autres.

047 – Maintenant, je n’ai pas compris la deuxième question de Monsieur le Docteur Stein. Il me semble, comme s’il avait demandé ce qui arriverait si nous articulions mal les trois domaines de l’organisme social.

048 – J’ai déjà fait état de ce qu’aujourd’hui les gens se font une grande force de cultiver toute sorte de « Traubismes »{223a}. Ils reprochent à la science spirituelle d’orientation anthroposophique que quelque chose a été pris à la gnose, que quelque chose a été pris à l’Indertum (NDT : non trouvé, a à voir avec des temps « antiques »), que quelque chose a été pris aux mystères égyptiens d’Isis. Un écrivain d’articles a même découvert de très vieux livres qui émanent de contrées atlantéennes {223b}, où figure ce que la science de l’esprit décrit et ainsi de suite. Cela devient de proche en proche comme une technique [d’affirmer quelque chose de ce genre], quand bien même ce seraient en somme de grossières contre-vérités, et même dans beaucoup de cas de vrais mensonges. Car c’est évidemment ainsi : si j’écris aujourd’hui un manuel de mathématiques et que dedans survient le théorème de Pythagore et que je compte avec des lecteurs qui ne l’ont pas appris, ainsi j’écris ce qui est nécessaire à sa compréhension. Mais quand alors après le théorème de Pythagore vient encore quelque chose, que Pythagore n’avait pas, alors le lecteur n’a pas le droit de dire que le tout est emprunté, alors que je devais aussi dire ce qui était déjà là. Il s’agit donc toujours de cela qu’on se rattache à quelque chose de connu en ce qui concerne l’inconnu. C’est malhonnête quand les Traubistes viennent alors et disent que quelque chose est emprunté à la gnose et ainsi de suite. On doit savoir ce qui de ce côté est fait présentement comme contrevérité crasse. Voyez-vous, si l’on est [224] le représentant officiel d’une connaissance contemporaine, alors on est déjà très, très poussé à ne pas dire la vérité. Comme professeur on est aussi dans une situation particulière en rapport aux vraies vérités. Mais est-on maintenant alors les deux en même temps et écrit alors un livre – je ne veux pas développer la pensée plus loin.

049 – Mais voyez-vous, la même histoire va aussi démarrer avec la triarticulation. Là je prétends a nouveau avoir découvert le nombre trois, et encore, que le chiffre trois n’a-t-il  pas déjà été utilisé dans de quelconques rapports physiques, par exemple sur l’humain, ainsi peuvent aussi venir des gens qui peuvent dire : oui chez de vieux bouquinistes arabes se trouve aussi une triarticulation de l’humain, là on a aussi partagé l’humain en trois membres. Mais ce dont il s’agit avec notre triarticulation, cela vous le trouvez dans mon livre « Des énigmes de l’âme » {224a}, où je pars de concepts fonctionnels. Je ne dis pas : l’homme se compose de trois quartiers. Je dis : là est un domaine des nerfs et des sens, là est un domaine de l’air et du sang, là est un domaine du digestif. Mais je dis explicitement : la digestion est dans tout l’humain ; les trois secteurs sont dans tout l’humain. Je différencie suivant les fonctions ; là je parle d’une activité neurosensorielle,  pas d’un quelconque secteur, et je distingue de cela la fonction de l’activité rythmique et troisièmement la fonction métabolique. C’est l’humain, structuré par fonctions. Voyez, comment j’ai justement strictement caractérisé cela par fonction dans le livre « Des énigmes de l’âme » .

050 – Maintenant quelqu’un découvre chez un vieux bouquiniste {224b} que l’humain était partagé en trois membres en Arabie, en trois quartiers. Il pourrait aussi dire : là on parle de ma triarticulation de l’organisme humain ; il a donc emprunté le plus important, le nombre trois, aux traditions originelles ; ce n’est pas original. Et plus avant dans ce vieux bouquin c’est aussi réparti par analogies – c’est quelque chose que j’ai tout des suite utilisé à une certaine interprétation ; lisez ce qui se trouve dans les « Points germinatifs » sur les analogies – là dans ce bouquin la chose publique extérieure est justement divisée par analogies ; [225] il est distingué entre secteurs, et à la pointe de chacun des secteurs se tient un prince. Il y a trois princes aux sommets alors dans ce cas aussi, rien d’autre que le nombre trois. Concernant les princes – si ça devait venir une fois, alors vous pouvez vous-même prendre position là-dessus. Cela ne dépend pas de trois princes : mais l’esprit intérieur est quelque chose de tout différent dans la triarticulation sociale [là cela dépend de la fonctionnalité]. Si on ne regarde pas à la fonctionnalité apparaitrait l’erreur qu’on puisse avoir côte à côte deux ou trois parlements comme l’a une fois écrit un professeur de Tübingen dans la « Tribune » {225}.Il s’agit justement dans la triarticulation, que trois parlements ne seraient pas l’un à côté de l’autre, pas non plus trois princes, mais seulement un parlement, dans une forme d’État démocratique. Car dans la vie de l’esprit ne sera pas parlementarisé, mais là une administration conforme à la chose à partir de la chose sera active, tout comme dans le domaine économique. Alors, on peut donc se réjouir du plaisir des gens qui trouvent la triarticulation dans les vieux bouquins. Mais quand il doit s’agir d’un effet fructueux des pensées de la triarticulation, alors on doit bien vraiment arriver à ce qui est décrit dans les « Points germinatifs ».

051 - Maintenant sur les questions du pasteur Heisler : Comment arrive-t-on à un logement — et ainsi de suite ?

052 – Ce genre de questions est justement par trop figé. Je ne veux pas dire qu’elles ne sont pas importantes, elles sont énormément importantes. Il y a un tel besoin de logements dans le monde, que les gens cherchent à arriver à des logements par des moyens tout à fait grotesques. Il est même arrivé que quelqu’un se soit marié pour trouver un logement, pour ne pas être à la rue. Il est extraordinairement important de savoir comment on parvient à un logement, mais on ne doit pas colorer toute sa compréhension de la triarticulation avec quelque chose d’un style qu’on pense trop difficile à surmonter.

053 – Pensez-vous réalisée la triarticulation de l’organisme social — on ne doit donc pas penser abstrait, car quand il s’agit de [226] comment quelque chose doit être pensé, alors on doit voir sur cette réalisation de la triarticulation, quand aussi elle se tient déjà si loin dehors ; il ne peut pas être répondu purement a tout d’après des buts. Dans l’organisme social triarticulé, l’humain n’aura pas simplement à chercher un logement, mais il fera encore autre chose. Il sera quelque chose, directeur de fabrique ou menuisier ou de toute façon quelque chose. De ce fait, qu’on soit directeur de fabrique ou menuisier, on peut vivre ; pour cela vous sera rémunéré (NDT ou remboursé) quelque chose. Mais cette mise en relation de l’humain avec son travail doit passer au fur et à mesure à l’administration du membre spirituel de l’organisme dans l’organisme social triarticulé : obtenir un logement fait alors partie du rémunérer ; cela se conclut avec. Vous n’avez donc pas le droit de vous représenter : je suis un humain et je dois arriver à un logement, mais vous devez partir de : je ne suis pas simplement qu’un humain,  mais j’ai aussi quelque chose à faire quelque part, et parmi les choses qui me viendront comme rémunération, est – si là sont des conditions sociales normales – aussi un logement. Il ne s’agit pas purement qu’on pose abstraitement la question : comment est-ce que je viens à un logement ? — , mais on doit demander : qu'est-ce qui se passe quand la triarticulation est là ? – Là l’humain obtient justement, quand il est humain, à une quelque place – et cela on l’est ordinairement, quand on n’est pas un ange, qui est partout – , là  l’humain reçoit, comme il reçoit son entretient, aussi un logement, et cela dépend justement, de ce qui vient de l’organisation de la vie spirituelle.
Ou bien – quand il s’agit que l’on ne soit pas déplacé dans une nouvelle région, mais travaille sinon dans un autre contexte, ainsi cela dépend de l’État ou du domaine politique.
Mais de telles questions ne peuvent être posées de manière abstraite.

054 – Les conditions qui viendront par la triarticulation doivent vraiment être un peu attendues, ou alors on aura besoin de se faire une image par l’imagination des conditions qui se formeront. Alors pourra vraiment se trouver une réponse à comment on doit négocier, [227] lorsqu’on prend une place quelque part, et accomplit un travail, afin qu’on arrive aussi à un petit jardinet ou autre. Ce sont vraiment des choses qui ne vont pas au nerf de la triarticulation.
On peut être certain, qu’elles se règleront ainsi, que vraiment on puisse d’abord bien avoir son petit jardinet devant la maison, lorsqu’une fois les conditions seront là qui seront provoquées par la triarticulation.

055 – Ainsi se règle aussi la construction d’une maison. Qu’est-elle ? Elle dépend de la question foncière. Mais si la question foncière n’est plus une question de marchandise, mais une question des vies de droit et spirituelles, alors la construction de maison est aussi une question qui est en rapport avec tout le développement culturel de l’humanité. Il est donc évident que des maisons sont construites à partir des mêmes impulsions, à partir desquelles un humain est installé dans son travail. Donc, il s’agit de ce qu’on ne pose pas toutes ces questions abstraitement, qu’on ne les pose pas ainsi que l’humain sera extrait de toute sa concrétude comme un être abstrait.
Dans un organisme social triarticulé vivant ce n’est justement pas ainsi qu’on est placé seul devant la question de comment on arrive à un logement, mais on sera placé avec la question dans toute la concrétude de la vie, et là tout dépend de ce que l’on traite ces choses de manière réaliste.

056 – Là Monsieur Kaltenbach a bien dit quelque chose de juste [lorsqu’il a rendu attentif à la signification de la rente foncière]. Je n’ai bien sûr extrait qu’un exemple, la taxe d’accroissement de valeur. Mais j’aurais dû dire aussi la même chose en rapport avec l’imposition de la rente foncière. Mais, mes très chers présents, je voudrais maintenant savoir si ce qui a été soulevé comme question n’a pas déjà eu sa réponse? Car pour moi il n’importait pas qu’il s’agisse de rente foncière ou d’un accroissement de valeur, mais de ce que fondamentalement soit donné un impôt à l’État ; monsieur Kaltenbach a clairement dit « impôt », et avec cela il pense quelque chose qui sera donné à l’État. Quelle sorte d’impôts c’est, qui devrait être donné à l’État, [228] n’entre pas en jeu. Mais ce dont il s’agit,  c’est que l’État sera limité à un membre particulier de l’organisme social, ne conserve pas  la structure dans laquelle il est aujourd’hui.

On ne peut pas dire que les réformateurs fonciers ne veulent pas de lois dans le sens de l’ancien système d’État. Ils veulent donc cela. Ils veulent mettre quelque chose sur le dos du vieil État dont ils croient qu’il pourrait s’en accommoder. Il ne le peut jamais. Je sais évidemment quel rôle cela joue quand quelqu’un s’est adapté à une idée, il ne peut rien en laisser. Mais je pense qu’en fait tout ce qui a été dit sur l’impôt, sur la rente foncière, a déjà eu sa réponse de l’esprit de ce qui a été dit sur l’accroissement de valeur.

057 – On aimerait tant que derechef l’ancien n’émerge pas à nouveau. On n’aimerait pas que seulement quelqu'un vienne et dise : je ne veux pas du tout que les conseillers de gouvernement secrets soient tout de suite pareils comme les vieux conseillers de gouvernement secrets, mais je veux que l’organisme triarticulé fabrique de nouveaux conseillers de gouvernement. [Cela revient au même], si on dit cela ou si on dit : oui, les réformateurs fonciers ne veulent pas du tout donner à l’état. – Mais ils veulent donc donner des impôts, et des impôts ne peuvent être payés dans la forme actuelle seulement à l’État. Avec cela on est planté dans la question : à qui doit-on donc payer des impôts ? – Et quand il s’agit de contrats – oui, savez-vous, aucun État ne se laisse vraiment conclure jusqu'à présent des contrats au sujet des impôts. Dans ce qui se joue là entre État et humain, quand doivent être payés des impôts, là se passe autre chose ;  il ne s’agit véritablement pas de contrats.

058 – Il s’agit que nous essayons de prendre en compte de manière vivante comment l’idée de la triarticulation de l’organisme social veut un penser différent. Mais à cela s’oppose justement – aussi quand on concède souvent avec bonne volonté, que on devrait et doit penser autrement – que, lorsqu’on tente de penser autrement, on reste collé au mot, par exemple au mot « loi ». Oui, on m’a déjà aussi posé la question : comment l’État devrait-il introduire la triarticulation ? C’est cela : nous devons sortir [229]  des habitudes de pensée, des habitudes de vocabulaire. Nous devons arriver à des pensées esquissées finement, sinon l’impulsion de la triarticulation de l’organisme social ne sera quand même pas comprise.

Notes de l'édition originale :


concernant le passage mentinné à la page:

{195}16 juin 1920 : Le même jour a eu lieu à Dornach en l'absence de Rudolf Steiner - il s’était laissé représenté par Roman Boos - la mise en place définitive de Futurum SA. Lors de la réunion suivante du Conseil d'administration de Futurum, Rudolf Steiner a été élu président.

{196a} un bien connu réformateur foncier : pense Rudolf Steiner pense probablement à Adolf Damaschke. Voir la note sur la page 197

{196b} dans des conférences fondamentales à conduit ce qui suit devant les yeux : Damaschke part de ce que la rente foncière, qui résulte de l'utilisation et de l'usage du sol, se constitue par la vie de toute la population. Plus élevé peut être valorisé l'avantage résultant de l'utilisation du foncier par le développement de la vie économique, d’autant plus haute la rente foncière et avec cela le prix pour le sol. Le propriétaire de foncier obtient de cette manière - par exemple dans le domaine de l'expansion des villes – une croissance de revenu non causée par une prestation personnelle. Damaschke voulait de ce fait écrémer celle-ci (par l'impôt) et la conduire à la collectivité.

{197a}Henry George, 1839-1897, journaliste américain et réformateur social radical. Par métier d’origine imprimeur, il a montré comme auteur anonyme d'articles de journaux un talent journalistique et s'éleva bientôt à rédacteur. Quand son journal est allé à un groupe de capitalistes et qu’il dû être au service de leurs intérêts, il se retira et prit une petite place de fonctionnaire de bureau. En 1887, il a fondé de nouveau son propre hebdomadaire. En 1897, il posa sa candidature pour la fonction de maire de New York avec une grande chance de succès, mais il est mort avant que le vote puisse avoir lieu. Henry George a plaidé pour une réforme radicale de la société, il a également écrit un certain nombre de travaux pour l'élimination de la misère sociale. Il voyait la raison pour cela l'injustice foncière qui prévalait. Dans son « Étude sur la cause de crises industrielles et l'augmentation de la pauvreté par richesse croissante » - comme sous-titre de son livre le plus célèbre, « Progress and Poverty », publié en 1880 à New York - il voyait le caractère monopolistique du foncier. Étant donné que chaque emploi du travail et du capital nécessitait l'utilisation de foncier et que celui-ci n’était pas multipliable, celui-ci confère le pouvoir de s'approprier une partie du bénéfice de ces deux facteurs de production. Ainsi, la pauvreté ne se laisserait jamais surmonter, car avec l'augmentation de la productivité du travail grimperait aussi la rétribution à verser aux propriétaires fonciers et avec cela empêcherait l'augmentation des salaires. Le monopole du sol n’est justifié par rien, le droit de tous les humains sur le sol est aussi clair que le droit de respirer l'air. C'est seulement par un prélèvement fiscal de la rente foncière que serait possible élimination de l'injustice foncière qui prévaut. Dans « Revue pour la littérature » du 6 novembre 1897 (66e année No 44) Rudolf Steiner écrit de l'importance de Henry George (dans GA 31) : « Le 29 octobre à New York, Henry George, le célèbre réformateur foncier, est mort. Je pense que j'ai raison quand je dis que les hommes de mon âge doivent extraordinairement beaucoup aux écrits de cette personnalité dynamique, riche en pensées. Son livre à l’écriture insistante, bien qu’aussi, quelque peu largement conçu <Progès et pauvreté> nous a inspiré pour une réflexion fondamentale sur l'importance du foncier à l’intérieur de l'organisme étatique ».

{197b} Adolf Damaschke, 1865-1935, réformateur social allemand. Damaschke venait d'une famille d'artisans et avait rencontré comme enseignant d'école primaire, les maux sociaux dans les quartiers ouvriers de Berlin. Comme Henry George il a vu les raisons de la misère sociale dans l'injustice régnante du sol. En 1896 Damaschke quitte le service de l’enseignement et se consacre depuis entièrement au mouvement de réforme foncier. En 1898, il a assumé la présidence de la nouvellement fondée et des différents courants composant ensemble « l’union des réformateurs fonciers allemands ».« Celle-ci poursuivit  une politique modérée orientée sur des buts de realpolitik et pu engranger – avant tout dans le domaine de la politique de réserve des sols des communes et de la constitution de coopératives d'épargne pour la construction –quelques succès. Adolf Damaschke a publié plusieurs ouvrages sur la question de la réforme foncière.

{197c} que le foncier doit être plus ou moins quelque chose qui appartiendrait dans une certaine mesure à la communauté. Non pas que tous les réformateurs fonciers voulaient une nationalisation immédiate du foncier : la plupart des réformateurs fonciers ont vu le droit du sol moins dans l'institution de la propriété privée que dans l'appropriation privée de l’ensemble de la rente foncière. Henry George (1839-1897), par exemple, ne vise pas à l'expropriation des anciens propriétaires, mais a exigé que la rente foncière soit totalement écrémée par l'État avec l'aide d'une taxe foncière – un impôt unique qui pourrait remplacer tous les autres impôts -. Le réformateur foncier allemand Michael Flürscheim (1844-1912), soutint par contre la conception que l’État achète le sol au niveau de prix actuel et devrait alors continuer de la manière en le louant de la façon que seule reste au locataire un remboursement pour le travail fourni. Adolf Damaschke (1865-1935) soutenu une conception un peu moins radicale. Bien que fondamentalement partisan d’une municipalisation croissante du sol, il n'a pas réellement voulu abolir la propriété privée. Ce sur quoi il plaçait le poids principal, était l’écrémage fiscal de la rente foncière qui ne repose pas sur une prestation dans des zones urbaines, mais se constitue par la prestation de la communauté. La taxe doit être prélevée sur la base de l’auto-évaluation de la valeur des parcelles de foncier, sur laquelle à chaque instant devait être possible la reprise de cette parcelle de foncier par la commune à la valeur définie par les propriétaires.

{200}, comme donc cela a été fait depuis plus d'un an justement ici à Stuttgart par moi et certains autres : Après avoir travaillé en Suisse depuis février 1919 pour l'idée de tri-articulation (NDT voir http://www.triarticulation.fr/Institut/FG/SamF/328328001006197700001919.html ), Rudolf Steiner arrive le 20 avril 1919 à Stuttgart, où deux jours plus tard, l’«Union pour la triarticulation de l’organisme social » est fondée et une activité de formation intensive a été déployée sous la coparticipation de Rudolf Steiner. Voir les notes sur la page 312

{201a}Si une telle chose se passe aujourd'hui comme une élection du Reichstag : voir note sur p. 169
{201b} comme je l'ai traitée aussi dans une conférence publique hier :
Dans la conférence du 15 juin 1920, que Rudolf Steiner a tenue sous le titre « Questions de l'âme et la vie. Un discours du présent » (prévu pour GA 335), il s’est aussi exprimé sur la question du matérialisme à l'heure actuelle : « Les gens sont matérialistes, parce que sont devenus matériels avec toute leur vie parce qu'ils n’aspiraient pas à obtenir la liberté dans une pensée qui se détache de la corporéité,  qui devient libre de la chair […] Celui qui veut se développer lui-même dans le sens des exigences du temps d'aujourd'hui, celui-là doit obtenir de détacher la pensée de la corporéité ».

{202}Décision du Concile, qui fut prise lors du huitième Concile oecuménique en 869, où dans une certaine mesure l'Esprit a été aboli : dans le « canon contre Photium » sera établi sous CAN. 11 (texte latin) que l'homme de n’a pas deux âmes » (« duas animas »), mais purement une seule âme dotée de raison et d’intellect (« unam animam rationabilem et intellectualem »). Contre cela, le patriarche de l'Église orthodoxe, Photius contre lequel le Concile était organisé, avait représenté le point de vue qu'il faut distinguer entre une âme pensante inférieure et une supérieure. Le 8e Concile œcuménique de Constantinople a été ouvert le 5 octobre 869 ; les « canons » ont finalement été adoptés dans la 10e séance, le 28 février 870. À propos des arrières plans de cette décision, le philosophe catholique Otto Willmann (1839-1920), prisé par Rudolf Steiner, a écrit dans son livre « Histoire de l'idéalisme » (Brunswick 1894), section VIII, § 54: « L'abus que les Gnostiques fesaient avec la distinction paulinienne de l’humain pneumatique et psychique en présentant celui-là (l’humain pneumatique) comme l’expression de la perfection, et en expliquant celui-ci (l’humain psychique) comme le représentant du chrétien enferré dans la loi de l’église, détermina l'église à un rejet explicite de la trichotomie ». (NDT dernière citation traduction U. Becker).

{211}Cri-Cri : en fait description onomatopéique pour le cricket, mais est entendu un jouet en métal qui imite le son aigu du grillon et avec lequel les gens au tournant du siècle, en particulier à Paris, étaient incommodés dans la rue.

{213} Damaschke : Voir la note sur la page 197

{214} Christian Morgenstern, 1871-1914, poète allemand, depuis 1909, membre de la section allemande de la Société Théosophique. Le poème de Morgenstern se trouve dans le volume « Palmstrom, Korf et Kunkel » et s’appelle :

Die unmögliche Tatsache - Le fait impossible (NDT traduction selon le sens seulement)

Palmstrom, voici quelques années, est dans un virage de route et écrasé par un véhicule à moteur.
« Comment » (dit-il en se levant et continuant résolument à vivre) « est possible que cet accident, donc -:
qu’il soit absolument arrivé ?
L’État est-il à poursuivre en ce qui concerne le transport automobile ?
La prescription policière donne t’elle ici, au conducteur pleine vitesse ?
Ou bien était bien plus interdit, de transformer vivant en mort – bref et simple : « le conducteur n’avait-il pas le droit -? »
Enveloppé dans des serviettes mouillées,
Il explore les livres de lois
et il est donc vite clair :
Voitures n'avaient pas le droit de rouler là !
Et il vient au résultat :
L'expérience était juste un rêve.
Parce que, conclut-il perspicace, ne peut pas être ce qui na le droit d’être.

{217}Monsieur le pasteur de la ville Planck : Reinhold Planck, fils du réformateur social Charles Christian Planck (1819-1880), que Rudolf Steiner appréciait beaucoup. Reinhold Planck a été pasteur à Waiblingen et Winnenden et un farouche opposant de Rudolf Steiner.

{221}Cela a été, par exemple, essentiellement le cas pour le sol de l'ancienne Allemagne : en raison de l'intensification des méthodes de culture agricoles - par exemple par l'utilisation ciblée de produits de fertilisation - la productivité des terres agricoles a été considérablement augmentée au19e siècle.

 {222} les Schenck : Peut-être que Rudolf Steiner pense les frères Adolf et Fritz Schenck. Adolf Schenck (1857-1936) était géographe et professeur titulaire de géographie à l'Université de Halle depuis 1899. Fritz Schenck (1862 1916) était un physiologiste et professeur de physiologie à l'Université de Marburg depuis 1899. Les deux frères étaient membres de l'Académie allemande des naturalistes Leopoldina, Adolf depuis 1905, Fritz depuis 1908.

{223a}Traubismus : La même scientificité superficielle comme le professeur Traub la représenta. Friedrich Traub (1860-1939) avait un doctorat en théologie et fut actif ensuite dans le service pratique de l’église et de l’école. Depuis 1910, il oeuvrait comme professeur titulaire en théologie systématique à l'Université de Tübingen ; en 1930, il est devenu professeur émérite. Il était un grand ennemi de Rudolf Steiner et avait publié en 1919 à Tübingen une brochure intitulée « Rudolf Steiner comme philosophe et théosophe » . L’écrit de Traub se trouve dans la bibliothèque de Rudolf Steiner et a été par lui doté de soulignements.

{223b}Un rédacteur d’article a même découvert que d'un très vieux livre, qui devrait provenir des régions de l'Atlantide : plus d’informations n'a pu être trouvée.

{224}dans mon livre, « Des énigmes de l'âme»: En novembre 1917, paraît le livre « Des énigmes de l'âme » (GA 21), où se trouve au chapitre IV / 6, « Les dépendances physiques et spirituelles de l'entité humaine » une description fondamentale de la triarticulation de l'organisation humaine. Partant d'une « analyse des processus psychiques dans leur relation à la vie du corps » Rudolf Steiner souligne la triple corrélation entre la pensée et les processus nerveux, entre le sentiment et les processus rythmiques et entre la volonté et les processus métaboliques. Sur la position de valeur que cette découverte avait dans ses efforts de recherche, il écrit : « Je voudrais aussi représenter maintenant comme esquisse ce qui s’est  montré à moi au sujet de la relation de l'animique au physique-corporel. Je peux bien dire que je décris les résultats d'une trentaine d'années de longue recherche de science de l’esprit. C’est seulement au cours des dernières années qu’il m’est devenu possible, de former ce qui venant ainsi en question en tant que pensées exprimables par des mots ainsi que je puisse amener  l’ambitionné à un genre de conclusion préliminaire ».

{224b}Maintenant, l’un découvre dans un vieux roman de gare : de plus amples détails ne sont pas connus.

{225}comme une fois a écrit un professeur de Tübingen dans la “Tribune” : Le professeur de droit Philippe von Keck, voir la note sur la page 131

 

Notes et remarques du traducteur

 

Le présent document est la traduction complète en français des sténogrammes de la 4 ème soirée de travail rassemblés dans le volume 337a des oeuvres complètes. C'est le principal moment où Rudolf Steiner s'exprime spécifiquement sur la question du foncier dans l'ensemble de son oeuvre socio-économique.
Comme souvent, le propos est plus dense qu"il n'y paraît, et gagne à être repris de temps en temps.

 

Le Dr G. Wachsmuth la mentionne dans la biographie qu'il lui a consacré dans les termes suivant:

"(...) Comme ancien élève de l’école supérieure technique de Vienne et par ses diverses et nombreuses recherches depuis, il pût présenter des résultats de grande valeur en ce domaine de la pratique et donner dans sa soixantième année, des suggestions comme conférencier à l’école supérieure technique de Stuttgart. Lors d’une soirée d’étude le 16 juin il apporta aussi des connaissances importantes dans un autre secteur  de la vie pratique, la véritable ordonnance des tâches de fond et sol dans l’organisme social. Il s’expliqua sur les efforts réformateurs de personnalités comme Damaschke entre autres et donna alors les lignes directrices sur comment pourraient être ordonné de manière organique saine le rapport de fond et sol aux autres facteurs de la communauté sociale .

Pendant que dans ses conférences et soirées d’étude les problèmes d’éducation, de technique, de foncier, étaient éclaircit, il se consacrait le jour durant à de nombreuses conférences et entretiens avec la compagnie des professeurs de l’école Waldorf en construction et son cercle de travail croissant constamment.(...)"

 

 

( 1 ) - Grund und Boden : « fond et sol » . L’expression revient en permanance dans l’exposé et l’entretien. Ailleurs aussi dans l’œuvre complète mais en dehors aussi. C’est une expression de la langue allemande à caractère juridique. Faute de connaître un spécialiste des questions juridiques et historiques (l’expression est utilisée de façon moins soutenue de nos jours), j’ai trouvé deux explications :

-Fond représenterai le sous sol, sol la surface. En France, la propriété du sous sol aurait été retirée du droit de propriété dans la première moitié du 20e siècle.
-Fond représenterait l’ensemble des biens « fond » fixés au sol. La fiscalité aurait joué un rôle dans la naissance de l'expression; L’un et l’autre, quoique liés, auraient été taxés différemment.
Tout au long de la traduction le choix a été fait de taiter l’expression comme un singulier.
Le lecteur pourra la plupart du temps lire "foncier" pour "fond et sol", tout en ne perdant pas de vue qu'en allemand et chez Steiner en particulier, l'expression peut couvrir "un peu plus " que le foncier "français".

Nous restons vigilant sur le sujet et mettrons cette note à jour en cas de plus ample compréhension.

( 2 ) « Hamstern : » serait « hamstérisé », ce que fait le hamster en remplissant ses bajoues. Accumulation ou accaparement ? Cette histoire de hamster devrait être approfondie. A priori je vois le hamster plutôt accumuler qu’accaparer. Les lexiques penchent vers accaparer. Le hamster est cependant un rongeur des champs craintif, Steiner nous indiquerait il par là un des principal moteur de la chose?

( 3 ) Ou « Points, noyaux germinatifs ».
La traduction (fantaisiste) utilisée une fois : « La solution de la question sociale » à des relents d’une époque espéront définitivement passée. R. Steiner dit quelque part qu’une solution déinitive n’existe pas.

( 4 ) Ah…les philistins ! Une tribu ne faisant pas partie d’Israël. Avec lesquelles ces dernières ont dû (plusieurs fois ?) combattre. Il faudrait rechercher plus avant dans l’Ancien testament (ou dans la culture allemande) quelles particularités on leur prêtait. Probablement en rapport avec des préceptes de vie sclérosés. R. Steiner les évoque assez souvent.

( 5 ) L'affirmation est forte et peu succiter arguties. Steiner dit "acheter et vendre", donc ni "acheter pour (re)vendre" ce qui serait la spéculation, ni "acheter ou vendre" qui serait l'un des actes sans l'autre comme chacun qui quand il achète ne pense pas à revendre... mais peut être amener à le faire un jour. Des auteurs ultérieurs prétendent que si nous nous satisfaisons de la situation actuelle, c'est bien que nous savons tous que la vénalité du foncier le pousse toujours à la hausse. Revenant a cette note après deux années d'autres lecture, R. Steiner envisageait bien la possibilité de venir assez rapidement à une société où sol et moyens de production se tranféreraient sans recours ni à l'argent, ni à une administration d'état centralisée. Comment est bien l'objet de la recherche en triarticulation.

( 6 ) En français, arrive t’il qu’on l’utilise au pluriel, cette notion d’étiquette ? Dernier usage en date : « la net-étiquette » ? A l'époque, l'ensemble des règles de comportements liées à la fois au statut social et aux règles de comportement dans une situation donnée non limité aux comportements protocolaires dans certaines institutions comme aujord'hui. Attention, ce qui a peut être disparu, c'est la codification consciente des comportements.

( 7 ) Le mot « Kolonisationsverhältnis » dont la traduction non précisée dans les lexiques peut mener à bien des options (Conditions? Relations? Rapports?) C'est aussi le seul endroit de l'oeuvre complète où le terme est utilisé. L'époque n'avait pas encore le rapport distancié à ce qui se jouait par la colonisation. Quelle signification le terme prenait il à l'époque? Qu'a voulu exactement dire R. Steiner?
De nos jours encore existe la notion de balance migratoire entre pays à politique d'émigration et d'immigration. Vaste sujet pour une humanité qui sait maintenant qu'elle habite une même Terre, et qui commence a percevoir que le fondement économique de l'individu ne peut plus être son accès à une parcelle de celle-ci mais doit se résoudre par la place consentie par tous les autres dans l'économie.

( 8 ) Le passage est délicat, tant il envisage les choses différemment de nos habitudes et fait appel à des aspects globaux de la triarticulation auxquels le lecteur francophone n'a encore qu'un accès limité. Rien de moins qu'une "socialisation" des moyens de production qui pose la question de l'organisation "démocratique" globale ?